Transport fluvial en Guyane : les professionnels réclament des règles adaptées aux réalités des fleuves
En Guyane, les pirogues ne transportent pas seulement des passagers ou des marchandises. Elles assurent aussi une forme de continuité territoriale indispensable à la vie quotidienne des communes des fleuves. Pourtant, les professionnels du secteur estiment que leur activité reste mal comprise et insuffisamment encadrée.
Réunis lundi 1er juin à Saint-Laurent-du-Maroni, plusieurs transporteurs fluviaux ont rencontré l’avocate Hélène Sirder afin d’échanger sur les conséquences du décret du 15 janvier 2025 qui encadre l’accès à la profession et renforce certaines obligations pour les opérateurs.
Un paradoxe juridique dénoncé
Pour Maître Hélène Sirder, la situation actuelle est marquée par une contradiction.
« D’un côté, vous avez le Maroni qui est considéré et classé administrativement comme un espace naturel où la navigation est libre, aux risques et périls de celui qui navigue. Et paradoxalement, il existe toute une réglementation qui vient encadrer cette navigation » »
Maitre Hélène Sirder
Selon elle, le fleuve ne peut plus être considéré comme un simple espace naturel.
« Aujourd’hui, il faut considérer le fleuve Maroni comme une infrastructure importante qui participe à l’aménagement du territoire », affirme-t-elle.
Une évolution qui, selon elle, impliquerait davantage d’investissements publics, des équipements adaptés et une meilleure prise en compte des risques liés à la navigation sur les fleuves guyanais.
« Il faut poser le problème de la responsabilité, le problème des risques fluviaux et faire cesser certaines pratiques qui pénalisent les opérateurs locaux », estime-t-elle.
Un savoir-faire transmis par l’expérience
Pour les transporteurs, l’une des principales difficultés réside dans le manque de reconnaissance de compétences acquises sur le terrain depuis parfois plusieurs générations.
Présidente du collectif des transporteurs fluviaux, Madeleine Akatia rappelle que la navigation sur les fleuves guyanais ne s’improvise pas.
« Il faut savoir manœuvrer les pirogues en période de hautes eaux comme en période sèche. Il y a des barrières de rochers, des bancs de sable. Il faut vivre sur le Maroni pour faire la lecture du fleuve »
Madeleine Akatia
Selon elle, cette connaissance du terrain est essentielle pour assurer la sécurité des passagers et du fret.
« C’est en vivant sur le Maroni qu’on arrive à connaître toutes les spécificités du fleuve », insiste la représentante du collectif.
Une activité essentielle pour les territoires de l’intérieur
Même constat pour Mickle Papayo, transporteur fluvial spécialisé dans le fret.
Chaque semaine, son activité contribue à acheminer les matériaux nécessaires aux chantiers des communes isolées.
« Nous transportons principalement du ciment, de la ferraille et du matériel pour la construction des communes du fleuve », explique-t-il.
Certaines opérations nécessitent même des techniques particulières.
« Quand on parle de pirogues jumelées pour transporter des engins de plus de vingt tonnes, ce n’est pas le même métier. C’est un autre savoir-faire que nous avons développé depuis des générations », précise-t-il. »
Mickle Papayo
Pour le professionnel, le développement des communes de l’intérieur dépend directement de cette activité.
« Il faut adapter l’organisation du transport à la réalité du Maroni parce qu’il s’agit du développement des communes du fleuve », estime-t-il.
Vers une structuration de la filière
Face aux contrôles qui se multiplient et à une réglementation encore jugée incomplète, les transporteurs souhaitent désormais parler d’une seule voix.
Le collectif travaille actuellement à l’élaboration d’une charte destinée à mieux encadrer la profession, définir les bonnes pratiques et ouvrir le dialogue avec les collectivités et les services de l’État.
« Nous allons travailler sur une charte concernant le transport et la circulation sur le fleuve Maroni », annonce Mickle Papayo.
De son côté, Madeleine Akatia reconnaît que les démarches engagées depuis plusieurs mois n’ont pas permis d’obtenir les avancées espérées.
« Nous avons rencontré plusieurs institutions, mais les choses n’ont pas beaucoup avancé. D’où la nécessité aujourd’hui de nous faire accompagner pour mieux nous faire entendre »
Madeleine Akatia
Au-delà de la réglementation, les transporteurs espèrent désormais ouvrir un débat plus large sur la place des fleuves dans l’aménagement du territoire guyanais.
Pour eux, les fleuves de Guyane ne sont pas seulement des voies de circulation : ce sont des infrastructures vitales dont dépend une partie de la vie économique et sociale du territoire.
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