Un brin d’herbe dans les fesses : cette étrange mode apparue chez des chimpanzés intrigue les chercheurs
[Article déjà publié le 9 juillet
2025]
Est-ce qu’en plus de la parole et d’être (plus) intelligent, le
sens de la mode est ce qui pourrait nous différencier de nos
cousins simiesques ? Vous connaissez sûrement la réponse, mais
récemment, une étude parue dans la revue Behaviour le 4 juillet
2025 a fait état de l’apparition d’un effet de mode chez les
chimpanzés du Chimfunshi Wildlife Orphanage en
Zambie.
Des brins d’herbe dans les oreilles, mais aussi dans
les fesses
Alors oui, nous sommes encore loin des pièces de grands
créateurs que l’on peut croiser dans les défilés Louis Vuitton,
Dior ou Chanel, mais c’est déjà un début.
En effet, des comportementalistes animaliers ont remarqué que
des chimpanzés d’un sanctuaire en Zambie se sont mis à reprendre
une mode qui avait été observée la première fois au début des
années 2010 et rapportée dans une étude de 2014. Celle-ci voyait
les chimpanzés arborer fièrement un brin d’herbe qui dépassait de
leur oreille.
Cependant, il y a un twist. Plus récemment, si l’herbe dans
l’oreille reste apparemment un classique de la mode simiesque, un
groupe s’est démarqué en apportant une petite variation. Ainsi, ce
n’est plus uniquement dans l’oreille que le brin d’herbe est mis,
mais dans les fesses.
Mais d’où vient cette nouvelle habitude des chimpanzés
?
Si une telle observation peut bien sûr prêter à rire, car il est
vrai qu’il doit être assez étonnant de voir un chimpanzé arborer
fièrement un brin d’herbe dans l’oreille ou encore dans les fesses,
les comportementalistes animaliers se sont interrogés sur l’origine
de cette nouvelle mode.
Ils ont éliminé la transmission d’un groupe à un autre. En
effet, le groupe dont il est question dans l’étude parue dans la
revue Springer Nature en 2014, et
celui qui a été étudié entre 2023 et 2024, n’ont aucun contact.
Chacun chez soi et les brins d’herbes seront bien gardés.
Les chercheurs ont également éliminé la possibilité d’un hasard
pur où les deux groupes se seraient mis à développer une mode en
particulier. Mais alors, comment deux groupes de chimpanzés
différents ont pu lancer une mode aussi tendance dans le monde
animal.
C’est alors qu’une hypothèse a été émise. Ces chimpanzés, bien
qu’ils soient dans une sanctuaire, ont des soigneurs. Et parfois,
un soigneur peut s’occuper de plusieurs groupes de chimpanzés.
Alors non, ce n’est pas un soigneur qui a donné l’idée aux singes
de se mettre des brins d’herbes dans les fesses, en revanche pour
les oreilles c’est possible.
En effet, dans une déclaration diffusée par l’Université
d’Utrecht, Edwin van Leeuwen, auteur principal des études
mentionnées, a émis une hypothèse intéressante.
“Ces soigneurs ont déclaré qu’ils mettaient parfois un brin
d’herbe ou une allumette dans leurs propres oreilles pour les
nettoyer. Les soigneurs des autres groupes ont déclaré ne pas avoir
fait cela. Les chimpanzés du deuxième groupe ont alors compris
qu’ils pouvaient également planter un brin d’herbe à un autre
endroit.”
D’après les chercheurs, la nouvelle mode des chimpanzés serait
née d’un mâle qui a réussi à populariser la tendance en une semaine
à peine. Un coup marketing parfaitement gagnant. Certaines marques
rêveraient de pouvoir en faire autant.
Un comportement que l’on peut
observer à l’état sauvage ?
Au regard des conclusions de l’étude, n’espérez pas voir
prochainement des chimpanzés en pleine nature se balader avec un
brin d’herbe dans les fesses ou dans les oreilles. En effet, les
chercheurs estiment qu’un tel comportement a pu se développer par
le fait que les animaux vivent en captivité.
Moins sur le qui-vive et passant moins de temps à devoir
chercher de la nourriture ou à échapper à des prédateurs, “ils
ont beaucoup plus de temps libre que dans la nature” a estimé
Edwin van Leeuwen. Ainsi, cela laisse le temps aux chimpanzés de
développer des traditions qui permettent une cohésion
sociale.
“En imitant le comportement d’un autre individu, vous
montrez que vous remarquez cet individu et que vous l’appréciez
peut-être même. Cela peut donc contribuer à renforcer les liens
sociaux et à créer un sentiment d’appartenance au groupe, tout
comme chez les humains”, conclut le chercheur sur le site de
l’université néerlandaise.
Source : Utrecht University
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