Tourné sur l’Île de Cayenne, Débrouya met en scène Tyler un jeune homme issu d’une famille modeste et monoparentale. A la suite d’une mauvaise rencontre, il se retrouve alors face à un dilemme qui l’amène à flirter avec les limites de la légalité.
« Malgré la dureté du sujet, j’ai beaucoup aimé la tendresse de la caméra, souligne Ingrid, qui tient la page Instagram Cinégridine. Les réalisateurs filment cette chronique sociale avec délicatesse. L’acteur principal dégage une aura très sympathique. Et dans la mesure où Thaïzen Ringuet vient du cinéma comique, on sent qu’il ponctue ce drame de quelques petites soupapes humoristiques, ce qui apporte de la respiration à un sujet relativement lourd. »
Une précarité omniprésente
Sorti en juillet 2024, le film a été une belle surprise. « Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu de long métrage guyanais, souligne la critique ciné. Je salue l’audace des réalisateurs d’avoir voulu se lancer dans ce format. Cela manque cruellement chez nous. »
Le film met en lumière une précarité omniprésente : il suffit du moindre grain de sable pour enrayer tout un mécanisme. « Scénaristiquement, c’est bien amené, même si l’on peut reconnaître quelques défauts au film, peut-être liés au manque de moyens financiers. » Les réalisateurs ont en effet dû faire appel à des donateurs privés pour boucler leur budget.
Kouté vwa: du fait-divers à la fiction
Autre belle surprise : Kouté vwa. « J’ai beaucoup aimé ce film. C’est vraiment une très belle découverte. On y suit Melrick, qui revient en Guyane et, à travers les récits de sa grand-mère, fait le deuil d’un oncle disparu qu’il n’a jamais connu. »
Cette histoire fait écho à un drame bien réel : celui de Lucas Diomar, tué en marge d’une fête d’anniversaire à la cité Mortin, à Cayenne, en 2012, à l’âge de 18 ans. Le film a des allures de réflexion introspective: le réalisateur, Maxime Jean-Baptiste étant lui aussi membre de la famille de Lucas Diomar.
« J’ai aimé cette forme de retour aux sources, cette plongée dans un traumatisme familial pour tenter de panser les plaies. Le film part à la recherche du passé à travers un personnage qui, justement, n’a pas connu directement cette histoire. Cela donne une dimension plus originale, plus authentique. »
Le mélange entre fiction et réalité fonctionne pleinement. « Cela ne m’a pas du tout gênée. Je ne l’ai pas vécu comme un docu-fiction, mais comme une fiction à part entière. Ce que le film dit de la Guyane est particulièrement fort : il évoque les ravages d’une violence endémique, qui frappe d’abord les plus jeunes, tout en laissant entrevoir que la résilience et la reconstruction peuvent aussi venir de cette jeunesse. »
Crédit: Lien source