Une nouvelle centenaire en Guyane : Marie-Thérèse Darcissac

Marie-Thérèse Darcissac est née à Guissény, dans le Finistère en 1926. Issue d’un milieu modeste, Marie-Thérèse grandit dans une ferme bretonne marquée par les années de guerre. Aînée d’une fratrie nombreuse, elle s’occupe très tôt de ses frères et sœurs. Cette enfance forge chez elle une valeur qui ne la quittera jamais : la volonté.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle travaille notamment à la chaîne pour les Américains et apprend à faire face, coûte que coûte.

Désireuse de s’extraire de sa condition et de découvrir le monde, elle quitte la Bretagne pour Paris. C’est là qu’elle rencontre celui qui deviendra l’homme de sa vie : un architecte guyanais, Émile Darcissac.

Leur histoire commence dans un cercle fréquenté par la communauté guyanaise. Le couple se forme, fonde une famille, puis fait un choix décisif : partir s’installer en Guyane.

Lorsqu’elle arrive à Cayenne, Marie-Thérèse n’est pas seule. Elle a déjà deux enfants en bas âge et en attend un troisième. L’intégration n’est pas immédiate. Le climat, la culture, la distance avec la Bretagne : tout est à apprivoiser.

Mais fidèle à elle-même, elle s’adapte, persévère, et finit par trouver sa place. Aujourd’hui, elle est profondément guyanaise, sans jamais renier ses racines bretonnes.

« Maman a toujours été attachée à ses racines. Ce n’était pas une grande cuisinière, mais c’était important à ses yeux de nous transmettre ses recettes : les crêpes, le far breton. De nous montrer comment faire, ce sont des instants qui sont gravés dans ma mémoire »

Sylvie Darcissac

Une vie consacrée à sa famille

Mère de six enfants, elle consacre l’essentiel de sa vie à sa famille. Femme au foyer, elle n’a jamais eu de fiche de paie, mais son engagement est total. Elle travaille également aux côtés de son mari, Emile Darcissac, dans son cabinet, tout en assurant l’éducation de ses enfants. Une tâche exigeante, entre soins, rigueur et affection. Elle accompagne notamment sa fille Sylvie dans son combat contre la scoliose et veille avec fermeté sur un fils au tempérament turbulent.

« J’étais un fils turbulent. Un jour, après avoir fait l’école buissonnière, j’avais peur de rentrer. Elle m’a cherché dans tout Cayenne, vers Bata, la place des Palmistes. Elle ne lâchait rien. C’est une femme forte, persévérante. C’est mon Viking. »

Stéphane Darcissac

Malgré son attachement à la Guyane, Marie-Thérèse a tenu à transmettre ses origines…

Tous les trois ans, elle emmenait ses enfants en Bretagne pour qu’ils n’oublient pas d’où ils viennent.  » Nous sommes guyanais, mais aussi de Brest, de Tréglonou, de Lannilis « , rappelle son fils, évoquant la ferme familiale et leur grand-mère bigoudène.

Au-delà de la rigueur, ses proches évoquent une femme joyeuse, aimant chanter et danser. Sa fille Sylvie garde en mémoire ces réveils en musique : « Maman avait une très belle voix, elle nous réveillait en chantant. »

Sa petite-fille évoque elle aussi ces instants : « Elle m’a fait découvrir des chansons, m’a parlé d’Édith Piaf qu’elle avait vue sur scène. »

La famille Darcissac compte aujourd’hui six enfants, quatorze petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants. Tous s’accordent sur le trait qui définit le mieux leur mère et grand-mère : une volonté de fer. Une force qui s’est encore illustrée récemment, lorsqu’elle s’est remise d’une fracture du col du fémur avec une détermination qui a surpris jusqu’au corps médical.

« Mamie, tient par-dessus tout à ses petites habitudes. Mettre le couvert, faire son lit tous les matins, faire la vaisselle. Cela lui fait plaisir, elle aime être utile et se fâche à la limite si on lui enlève ses petits instants. Elle aime bien également jouer aux dominos. »

L’une des petites-filles de Marie-Thérèse Darcissac

Une mère aimante, heureuse auprès des siens

Veuve depuis une dizaine d’années, elle n’a jamais caché l’amour profond qu’elle portait à son mari, malgré les hauts et les bas d’une vie à deux. Aujourd’hui encore, à l’âge de cent ans, elle tient à conserver ses habitudes : faire son lit, mettre la table, se rendre utile. Elle se déplace avec une canne et nécessite de l’aide au quotidien, mais son esprit reste marqué par cette même discipline et ce besoin d’agir.

De la ferme bretonne à la chaleur guyanaise, de la guerre à la transmission familiale, Marie-Thérèse Darcissac a traversé un siècle d’histoire avec une constance rare. Une vie discrète en apparence, mais profondément marquée par l’endurance, l’amour des siens et un attachement indéfectible à ses racines multiples.

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