Foyers de soins spéciaux: une «érosion» de la force de travail, selon une association 

Les salaires jugés trop bas et d’autres facteurs mènent à une érosion de la force de travail dans les foyers de soins spéciaux, selon des intervenantes du secteur. Le gouvernement Holt a financé une augmentation de salaire jugée insuffisante.

Le gouvernement Holt a réservé 9,3 millions $, cette année, pour augmenter le salaire de certains emplois de soutien qui offrent des soins à domicile, dans des foyers de soins spéciaux ou dans d’autres milieux communautaires.

Il s’agit par exemple des préposées aux services de soutien à la personne dans les établissements résidentiels pour adultes, et de celles des services de soutien à domicile.

Ces augmentations de salaire d’entre 40 et 48 cents l’heure sont toutefois insuffisantes, selon Jan Seely, la PDG de l’Association des foyers de soins spéciaux du N.-B.

Elle avait plutôt demandé une augmentation de 2$ l’heure pour ce secteur d’emploi.

Selon elle, la disparité de salaire entre les emplois offerts dans les foyers de soins spéciaux et ceux offerts dans d’autres milieux, comme les foyers de soins et le secteur de la santé, poussent les travailleurs à aller voir ailleurs.

«Nous sommes en train d’éroder le secteur avec ce flot constant de gens qui quittent les foyers de soins spéciaux pour aller dans un foyer de soins, un hôpital ou à l’extra-mural. Ils peuvent tous offrir de meilleurs salaires», dit-elle.

Même si les foyers de soins spéciaux parviennent à trouver des employés, notamment en raison d’une immigration accrue, le roulement de la force de travail dans ces établissements s’est accéléré depuis la signature d’un contrat entre le gouvernement Holt et le Syndicat canadien de la fonction publique dans les foyers de soins l’an dernier, selon Jan Seely.

La situation affecte aussi la qualité des soins, selon elle, puisque des employés des foyers de soins spéciaux qui gardent un poste plus longtemps deviennent en quelque sorte la «famille» de certains résidents. Ces liens sont brisés par le roulement de la force de travail.

«On ne construit pas des autos. Nous donnons des bains, habillons et prenons soin de gens vulnérables qui méritent mieux dans les dernières années de leur vie.»

Selon elle, divers facteurs, dont ce roulement de personnel, ont mené à la fermeture de 36 foyers de soins spéciaux entre mars 2022 et mars 2026, ce qui représente 203 lits.

Burnout, conditions de travail

Amanda Betts, fondatrice de l’Association des préposés en soutien de la personne du N.-B., est aussi propriétaire de deux foyers de soins spéciaux à Moncton et Sackville.

Elle dit que d’autres facteurs que le salaire contribuent à la «mobilité» de ces employées entre différents milieux de travail.

«Il y a le salaire, mais aussi les conditions de travail, l’horaire de travail, la flexibilité, le burnout. Quand on prend du recul, on réalise que ce n’est pas seulement un secteur qui tire de l’arrière, c’est la façon dont tout le système est structuré.»

Somme toute, des préposés aux soins à la personne dans des foyers de soins spéciaux prennent des décisions «rationnelles» et choisissent parfois d’aller travailler dans des foyers de soins ou en santé pour des raisons de prévisibilité et de sécurité financière, selon elle.

Loin de l’équité salariale

Le ministère du Développement social n’a pas précisé, par courriel, pourquoi le gouvernement n’a pas financé une plus grosse augmentation de salaire pour les divers emplois du secteur des soins.

En présentant ses prévisions budgétaires cette semaine, la ministre du Développement social, Cindy Miles, a reconnu que les augmentations de salaire ne permettent pas d’atteindre l’équité salariale pour le personnel des soins communautaires.

«La réponse courte est non», a dit la ministre, en affirmant qu’elle travaille avec la Coalition pour l’équité salariale à ce sujet.

«Nous savons que nous avons du travail à faire là-dessus. Ce n’est pas l’équité salariale, et nous travaillons dans ce but», a-t-elle dit sans préciser d’échéancier exact pour cette promesse contenue dans la plateforme libérale.

Johanne Perron, DG de la Coalition pour l’équité salariale, dit que des travailleuses ont rapidement réagi avec déception lorsqu’elles ont appris que leur augmentation ne permettrait pas d’atteindre le seuil de l’équité salariale.

«On entend des employées qui sont déçues que le gouvernement n’a pas avancé davantage que ça vers l’équité salariale. Elles ont trouvé ça frustrant, parce qu’elles s’attendent à l’équité salariale pour ce groupe-là.»

Comme l’augmentation accordée par le gouvernement est semblable à l’augmentation du coût de la vie, il n’y a eu aucun réel progrès vers l’équité salariale, selon Johanne Perron.

D’après la Coalition, il faudrait une augmentation d’entre 5,30$ à 6,87$ de plus que le salaire actuel pour atteindre un salaire équitable selon le type d’emploi. Cela a été calculé en comparant des emplois du secteur des soins à des postes à prédominance masculine dont la valeur est jugée équivalente.

Opposition

Des députées des partis d’opposition auraient aimé voir des investissements plus importants du gouvernement Holt dans les salaires de ces emplois.

«Cette augmentation, c’est juste une fraction de ce qui est nécessaire pour faire le recrutement, la rétention et respecter le travail important qu’elles font», dit Megan Mitton, députée du Parti vert.

«C’est un domaine où travaillent principalement des femmes, donc nous devons nous assurer qu’elles soient compensées équitablement. On ne peut pas appeler ça une augmentation de salaire si ça compense seulement l’augmentation du coût de la vie», dit Margaret Johnson, du Parti progressiste-conservateur. Elle dit que le gouvernement Holt aurait dû augmenter davantage les salaires malgré le déficit budgétaire déjà important du gouvernement.

Des types de foyers

Les foyers de soins offrent des soins infirmiers à temps plein aux résidents qui ont besoin d’une surveillance 24 heures sur 24.
Les foyers de soins spéciaux sont souvent plus petits et offrent des soins résidentiels aux clients, adultes ou aînés, qui n’ont pas besoin de soins infirmiers 24 heures sur 24.
Les résidences communautaires, quant à elles, aident les adultes qui ont besoin d’un niveau de soins élevé, sans services infirmiers.

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