S’installer au N.-B pour apprendre et enseigner le wolastoqey

En déménageant à Fredericton au Nouveau-Brunswick, l’artiste Kahtolin a vécu une expérience identitaire percutante. L’artiste multidisciplinaire originaire de la région de Cacouna au Québec renoue au quotidien avec une partie de sa culture et se réapproprie la langue wolastoqey.

En grandissant à Cacouna au Québec, Kahtolin (Catherine Desjardins) n’avait aucune connaissance de la langue de ses ancêtres.

Je m’étais fait dire […] qu’on n’avait plus de langue, que la langue avait disparue.

Mais en 2018, une amie de sa communauté lui raconte qu’elle a passé six semaines avec un aîné pour apprendre la langue wolastoqey. Kahtolin a alors un déclic.

Elle entreprend de visiter diverses communautés autochtones dans le Grand Nord et au Québec. Ces voyages lui ont permis d’observer différentes initiatives de revitalisation des langues, d’où lui est venu le désir d’aller vers ses racines et de participer aux efforts de revitalisation du wolastoqey.

Une langue pas facile à apprendre

C’est en parlant avec des amis de sa communauté à Cacouna que Kahtolin a découvert l’existence du programme de langue wolastoqey à l’Université Saint-Thomas à Fredericton.

À Montréal, j’aurais pu continuer à apprendre puis à écrire en regardant le dictionnaire en ligne. Mais la langue ne peut pas vivre s’il n’y a pas de communauté pour la parler.

Elle a donc décidé de déménager à Fredericton pour suivre ce programme universitaire.

Pour moi, ça a été vraiment de reconnecter avec plein de choses qui sont en moi, par rapport à comment je vois le monde, tout ça est vraiment connecté avec la langue, le territoire est connecté avec la langue, mon art aussi est connecté avec la langue, dit-elle.

L’apprentissage n’a toutefois pas été facile.

Les langues autochtones sont complexes, c’est des concepts, pas nécessairement des mots, un mot pour dire une chose, c’est plein de petits mots mis ensemble pour expliquer un concept. Des concepts qui sont beaucoup liés à ce qu’on voit, ce qu’on observe ou à ce qu’on ressent aussi.

Une immersion linguistique… avec les enfants

Par la suite, Kahtolin a travaillé à l’école d’immersion wolastoqey de Lisa Perley-Dutcher à Fredericton. Il s’agit d’un programme préscolaire pour les enfants de 3 à 5 ans. Elle a pu mettre en application tout ce qu’elle a appris en deux ans à l’Université Saint-Thomas.

Y’en a pas d’autres d’espace comme ça où on peut être toute la journée en wolastoqey.

Elle a dû faire preuve de créativité et d’adaptation.

Si on sait pas comment le dire, on essaie de ne pas le dire en anglais, puis on va aller le chercher comment on pourrait dire ça demain.

Elle raconte que les enfants apprennent rapidement, et qu’ils sont pour elle une source de motivation.

Les enfants, ils apprennent plus vite que nous, de septembre à juin, les enfants savaient tout ce que nous on avait appris en deux ans et plus. Donc, il fallait être plus proactif pour apprendre de nouvelles choses et pouvoir les transmettre.

Revitaliser la langue

Ce désir de revitalisation de la langue auprès de la communauté est très important pour elle.

Je me dis toujours que la dernière personne qui a entendu la langue, c’est probablement mon arrière grand-mère qui elle l’a entendue de sa grand-mère à elle et de son père et après, ça s’est éteint.

Raison de plus pour continuer à apprendre et à partager la culture.

J’essaie de m’imaginer ce qu’elle penserait de [moi] en ce moment en train d’apprendre la langue et de la parler.

Un projet musical

Cette immersion a aussi mené Kahtolin vers un projet musical. Elle écrit et chante en wolastoqey.

Kahtolin sur scène.

Kahtolin, c’est Catherine en Wolastoqey, explique-t-elle. « C’est un vieux nom parmi les premiers occupants européens venus dans l’est. Il y avait des Catherine et la façon de le dire c’était gathline. »

Photo : Facebook/Kahtolin/Mckenzie Power

C’est vraiment intéressant, parce que oui la langue sonne comme une chanson pour moi. Tous les mots, le flow, c’est vraiment très musical.

Elle ajoute que la langue est déjà très poétique et aime chanter sur ce qu’elle observe. Il faut revenir à une base plus rationnelle.

Avec les informations de l’émission L’heure de pointe – Acadie.

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