« Je croyais le mode de vie plus fort que mes gènes, l’étude sur les jumeaux m’a vraiment bousculée »

Dans le monde de la recherche sur le vieillissement, la Dr Elena Voss avance une idée qui surprend même les aidants les plus avertis : notre longévité serait à moitié écrite dans nos gènes, loin des clichés sur l’effet unique du mode de vie. Nous l’avons rencontrée pour lever le voile sur la vraie part de la biologie et du quotidien dans la quête d’une vie longue et autonome.

Interview exclusive de la Dr Elena Voss

interview bureau longevite biologie chromosomes
Image d’illustration

Quel a été l’élément déclencheur de votre travail sur la longévité humaine ?

Tout est parti d’un sentiment d’inachevé. Dans les familles avec lesquelles j’ai travaillé, je voyais des centenaires actifs et d’autres fragilisés dès 75 ans, parfois dans des environnements similaires. Cela ne collait pas à l’idée reçue selon laquelle seule l’hygiène de vie décide de tout. J’ai voulu comprendre ce que la génétique pèse vraiment dans la balance, surtout en distinguant les morts accidentelles de ce qui relève du vieillissement naturel.

Que montrent vos dernières découvertes sur la part réelle de la génétique ?

Notre équipe a réanalysé des bases de données sur plusieurs milliers de jumeaux nordiques, nés avant la guerre. En filtrant tout ce qui relève d’aléas extérieurs (accidents, infections), on observe que les gènes pèsent environ 50 à 55 % dans la longévité. C’est le double de ce qu’on pensait avant ! L’environnement garde de l’importance, mais la biologie familiale reprend une vraie place.

“On sous-estime encore à quel point l’hérédité façonne notre potentiel de longévité. Mieux comprendre ses racines permet aux familles de mieux agir sur ce qui dépend d’elles.”

D’où venaient les erreurs de calcul dans le passé ?

Les anciennes études additionnaient tout, alors que les époques passées regorgeaient de décès accidentels. Deux jumeaux pouvaient avoir des parcours biologiques proches, mais l’un mourait jeune d’une épidémie, l’autre vieillissait paisiblement… ce « bruit » biaisait les résultats. Aujourd’hui, on affine l’analyse et la génétique prend logiquement plus de poids.

Certains gènes jouent-ils un rôle clé ?

Oui, certains noms reviennent souvent : FOXO3, APOE, SIRT6. Ces gènes interviennent dans la réparation cellulaire, la protection contre les maladies cardiovasculaires, la gestion du cholestérol ou du vieillissement cérébral. Mais ils n’offrent pas de garantie à eux seuls : leur effet dépend beaucoup du mode de vie, de l’alimentation, du stress, etc.

Peut-on alors tout miser sur la biologie ?

Surtout pas. Les gènes dessinent un potentiel, pas un destin. Par exemple, deux frères avec un « bon » patrimoine génétique pourront voir leur santé diverger si l’un accumule le stress et l’autre s’entoure de relations positives. L’alimentation, l’activité physique, le lien social et la gestion du stress agissent comme de véritables “modulateurs” de la génétique.

Concrètement, comment agir face à cette nouvelle donne ?

Même avec un bagage génétique fort, nos choix quotidiens font la différence. Une alimentation méditerranéenne, des exercices doux, du lien avec les autres et des stratégies anti-stress ont des effets prouvés. Certains seniors hésitent, croyant que le poids de la génétique est une fatalité. Pourtant, de nombreux progrès comme l’évaluation des prédispositions génétiques ou l’accompagnement personnalisé renversent cette croyance.

Est-ce un bouleversement pour la prévention du vieillissement ?

Oui, car tout l’enjeu est d’intégrer ce double levier. En anticipant les risques liés à son profil génétique, on adapte les conseils sans standardiser. On responsabilise sans culpabiliser, et on donne envie de prendre soin de soi même face à l’incertitude. On voit aussi émerger des « médecines préventives » alliant biologie, psychologie et accompagnement au quotidien.

Y a-t-il encore des mystères à résoudre autour de la longévité ?

Énormément ! Par exemple, pourquoi des personnes avec une génétique “favorable” ne vivent pas forcément plus vieilles ? Ou comment les événements de la vie, le stress, les émotions ou même la composition du microbiote influent sur nos gènes ? La façon de communiquer cette complexité reste un vrai défi : il faut vulgariser sans infantiliser, impliquer tout le monde, des aidants familiaux aux seniors, dans la compréhension de leur santé.

Cette nouvelle vision de la longévité invite chacun à réconcilier optimisme et lucidité. Ce n’est ni tout génétique, ni tout à la main de l’individu. C’est un équilibre subtil, à actualiser tout au long de la vie, en s’entourant et en s’informant. Qu’en pensez-vous ? Vos expériences ou questions sont les bienvenues : témoignez, partagez, faites avancer la discussion autour du bien vieillir ! Vous trouvez ce sujet utile ? N’hésitez pas à partager autour de vous, à vos proches concernés, aidants comme seniors. Peut-être que la prochaine grande découverte viendra d’une histoire de famille !


Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.