Farines locales : le gouvernement forme 60 nouveaux boulangers pour réduire la dépendance du Cameroun au blé importé
Le 22 juillet 2026 à Yaoundé, le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, Mounouna Foutsou, a procédé au lancement officiel de la troisième cohorte de jeunes formés aux métiers de la boulangerie-pâtisserie à base de farines locales. Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH) et ambitionne de faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs capables de transformer les productions agricoles nationales en produits de consommation courante. La cérémonie a également été marquée par la signature de conventions de partenariat entre le ministère et plusieurs acteurs des secteurs public et privé afin de renforcer l’insertion socioprofessionnelle de ces jeunes.
Au cœur de cette initiative figure un enjeu économique majeur : réduire la forte dépendance du Cameroun au blé importé. Chaque année, cette céréale représente une part importante des importations alimentaires du pays, alors même que le Cameroun dispose d’un important potentiel agricole pouvant fournir des matières premières alternatives comme le manioc, le maïs, la patate douce, le plantain, le sorgho ou encore le mil. « Cette initiative intervient dans un contexte économique marqué par la hausse persistante des prix des produits de grande consommation, notamment du pain, sous l’effet conjugué des crises internationales, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et des tensions sur les marchés mondiaux des céréales », explique le ministre Mounouna Foutsou.
Le membre du gouvernement rappelle que le président Paul Biya a prescrit, le 31 décembre 2023, la mise en œuvre du PIISAH afin de renforcer la souveraineté alimentaire du pays. Ce plan vise notamment à réduire de 40 %, d’ici à 2026, les importations des principales filières de consommation locale, dans un contexte où « le déficit commercial du seul secteur agroalimentaire est estimé à près de 1 000 milliards de francs CFA par an », a-t-il déclaré.
Renforcer le « Made in Cameroon »
Cette troisième promotion accueille 60 jeunes, issus des dix régions du Cameroun. Ils viennent s’ajouter aux 120 bénéficiaires déjà formés lors des deux premières cohortes, portant à 180 le nombre total de jeunes ayant déjà bénéficié de cette formation depuis le lancement du programme. Mis en œuvre dans le cadre du Plan triennal spécial jeunes à travers le Programme national d’éducation civique par le réarmement moral, civique et entrepreneurial (Pronec-Reamorce), le projet dépasse l’apprentissage des techniques de fabrication du pain ou des pâtisseries.
Selon le ministère, les bénéficiaires suivent un parcours intégrant des compétences professionnelles, des modules d’entrepreneuriat ainsi qu’une formation en éducation civique destinée à favoriser leur insertion durable dans le tissu économique. L’objectif est de former des jeunes capables de créer leur propre activité tout en contribuant à la transformation locale des produits agricoles.
Le lancement de cette nouvelle cohorte a également été marqué par la remise officielle des équipements d’installation aux bénéficiaires des précédents promotions Cette dotation, selon le ministre Mounouna Foutsou, doit permettre aux jeunes formés de démarrer rapidement leurs activités grâce à un accompagnement assuré dans le cadre du CMPJ Incubator, le dispositif national d’incubation des centres multifonctionnels de promotion des jeunes. Au-delà de la formation, le gouvernement entend ainsi lever l’un des principaux obstacles rencontrés par les jeunes entrepreneurs : l’accès aux équipements et au capital de démarrage.
Le programme est mis en œuvre en partenariat avec le GIC BA Vert-Rouge-Jaune, avec lequel le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique a signé une convention le 14 avril 2023 à Yaoundé. Au total, 348 jeunes, répartis dans les 58 départements du Cameroun, doivent être formés sur une période de trois ans. Le autorités affirment que cette initiative poursuit plusieurs objectifs : promouvoir « Made in Cameroon », valoriser des productions agricoles nationales, stimuler la création d’emplois et renforcer la résilience de l’économie face aux fluctuations des marchés internationaux. Le gouvernement entend ainsi favoriser « l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs capables de transformer les ressources locales en richesse et en emplois durables », tout en faisant de la jeunesse un acteur clé de la politique nationale d’import-substitution.
Patricia Ngo Ngouem
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