Affaire ODDH International : le Cameroun interdit aux ONG les uniformes assimilables à ceux des forces de sécurité

Le gouvernement camerounais durcit l’encadrement des organisations à but non lucratif. Par un arrêté signé le 21 juillet 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, interdit désormais aux membres des associations, ONG et autres organisations à but non lucratif de porter ou de détenir des uniformes, insignes, galons, badges ou tout autre signe distinctif susceptible d’être confondu avec ceux des forces de défense et de sécurité ou du Système des Nations unies.

Applicable sur l’ensemble du territoire national, cette mesure impose aux organisations concernées de remettre ces équipements aux autorités administratives dans un délai de quinze jours. À défaut, leurs détenteurs s’exposent à des poursuites judiciaires. Gouverneurs, préfets et sous-préfets sont chargés d’assurer l’application de cette décision.

L’arrêté ne cite aucune organisation en particulier. Il intervient toutefois quelques jours après le démantèlement de l’Organisation pour la défense des droits de l’Homme (ODDH International), accusée d’avoir usurpé les prérogatives des forces de sécurité et utilisé les emblèmes des Nations unies.

L’affaire ODDH à l’origine du durcissement

Le 16 juillet, le Poste de commandement opérationnel de la Gendarmerie nationale (PCOPS) annonçait le démantèlement de cette organisation, après une enquête ouverte à la suite d’une alerte du ministère des Relations extérieures.

Selon les enquêteurs, l’association utilisait les emblèmes des Nations unies et avait obtenu la désignation de représentants auprès de l’Union européenne et de l’Union africaine.

Les investigations ont conduit à l’interpellation du président, de la secrétaire générale et de plusieurs membres. Les perquisitions ont permis de saisir des armes, des uniformes militaires, des tenues du GPIGN, des galons, des cachets administratifs, des laissez-passer, des cartes professionnelles ainsi que des convocations et procès-verbaux portant le sceau de la Délégation générale à la Sûreté nationale.

D’après le lieutenant-colonel Georges Parfait Nana II, chef du PCOPS, l’organisation procédait à des interpellations, des auditions et des convocations de citoyens tout en se présentant comme une structure paramilitaire implantée dans une centaine d’arrondissements.

Les enquêteurs affirment également que ses membres se faisaient passer pour des policiers ou des gendarmes afin d’extorquer des fonds, utilisaient les symboles des Nations unies pour faciliter leurs déplacements et revendiquaient de fausses immunités. Le principal suspect aurait déclaré exercer ces activités depuis 2009 et recruter ses membres via les réseaux sociaux.

Éviter toute confusion avec les missions régaliennes

Au-delà de cette affaire, l’arrêté marque un renforcement du contrôle exercé par l’État sur l’usage des symboles officiels.

En interdisant aux organisations privées de porter des effets pouvant être assimilés à ceux des forces armées, de la gendarmerie, de la police ou des agences onusiennes, le gouvernement cherche à limiter les risques d’usurpation d’identité, d’escroquerie et d’abus d’autorité.

Cette mesure vise également à préserver la crédibilité des forces de défense et de sécurité ainsi que celle des organisations internationales, en empêchant que des structures légalement constituées ne créent une confusion avec les institutions investies de missions régaliennes.

P.N.N


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