Cameroun, ces « déchus de la République » qui hantent le palais d’Etoudi

Publié aujourd’hui à 17h57
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Depuis 1982, Paul Biya règne sur le Cameroun. En quarante-quatre ans, le président nonagénaire a fabriqué puis détruit d’innombrables carrières. C’est cette histoire que Jeune Afrique retrace à travers cinq portraits d’anciens hommes forts, aujourd’hui emprisonnés ou exilés, comme le raconte Yves Plumey Bobo au micro de Catherine Potet, dans « La Semaine de Jeune Afrique », sur RFI.

Leurs parcours se ressemblent étrangement. Titus Edzoa, chirurgien devenu secrétaire général de la présidence grâce à sa proximité mystique avec Biya, tous deux membres de l’ordre Rose-Croix, a passé dix-sept ans en prison pour avoir osé se présenter contre lui en 1997.


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Des ascensions fulgurantes, des chutes brutales

Jean-Marie Atangana Mebara, brillant technocrate qui gérait les dossiers les plus sensibles du palais d’Etoudi, croupit depuis dix-huit ans à Kondengui. Marafa Hamidou Yaya, longtemps présenté comme le successeur naturel, purge sa peine à l’isolement au secrétariat d’État à la Défense (SED). Un glaucome lui a fait perdre un œil, faute de soins autorisés.

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Ephraïm Inoni, seul Premier ministre camerounais à avoir connu la prison, vit aujourd’hui en exil en France après avoir écopé de vingt ans de réclusion. Quant à Edgar Alain Mebe Ngo’o, l’ancien patron de la police surnommé « le vice-président », il a été condamné à trente ans en 2023. Ironie : il avait lui-même orchestré l’arrestation de plusieurs de ses codétenus actuels.

Épervier, l’arme politique du régime

L’opération anticorruption Épervier, lancée en 2006 sous pression des bailleurs internationaux, devait assainir la gouvernance camerounaise. Si elle a permis des coups de filet comme dans l’affaire Albatros, elle est devenue l’instrument d’une purge permanente. Tous ces hommes partagent un point commun : ils ont cru que leur proximité avec le président les rendait intouchables. Tous ont oublié que dans ce système, personne n’est indispensable. Sauf un.

Paul Biya, lui, demeure. À 93 ans, il continue de régner tandis que ses anciens fidèles pourrissent derrière les barreaux et que les nouveaux courtisans attendent leur tour, sachant que la roue finit toujours par tourner.


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