À Anéfis, dans le nord du Mali, une bataille militaire autant que de communication

Il y a désormais deux batailles d’Anéfis. La première s’est déroulée du 4 au 9 juillet sur l’axe Gao-Kidal, dans la poussière de Tabrichat, de Tabankort et de Tin Araban [communautés rurales du nord du Mali]. La seconde se déroule depuis dans les communiqués, et elle est à sa manière plus instructive que la première, car chaque camp y proclame une victoire totale sur le même terrain, aux mêmes dates, contre le même adversaire.

Le communiqué no 016 du Front de libération de l’Azawad [FLA, indépendantistes touareg qui souhaitent l’indépendance de la région du nord du Mali, nommée « Azawad »], daté de Kidal le 11 juillet, annonce une « grande bataille militaire des ‘six jours' » conclue par la « mise en échec » du convoi ennemi.

Les canaux de l’Africa Corps [le groupe paramilitaire russe est l’allié de l’armée malienne] et de Bamako célèbrent au même moment l’anéantissement d’une coalition terroriste et l’arrivée triomphale du ravitaillement. L’un des deux récits ment, nécessairement. En réalité, les deux mentent, chacun sur le point précis qui l’inquiète, et c’est ce mensonge ciblé qui livre la vérité de la bataille.

Les indépendantistes touareg à la peine

Commençons par ce que les sources indépendantes permettent d’établir. Le 4 juillet à l’aube, la coalition formée par le FLA et le Jnim [Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaida] s’empare de la ville d’Anéfis, verrou stratégique entre Gao et Kidal [Anéfis est à l’intersection des routes du sud par Gao, de l’est par Kidal et du nord par Aguelhok, d’où son importance pour le contrôle du nord du Mali], tandis que des attaques de diversion frappent [les villes de] Gao, Sévaré et le sud du pays. Les forces maliennes et les mercenaires russes de l’Africa Corps se retranchent dans le camp militaire, qui tient.

Le 5 juillet, un premier convoi de secours d’une quarantaine de véhicules sorti de Gao tombe dans une embuscade à Tabrichat et bat en retraite, abandonnant sept véhicules capturés et cinq à huit détruits, tandis qu’un hélicoptère Mi-24 russe est abattu et que quatre autres renoncent à se poser sous le feu. Dans la nuit du 7 au 8 juillet, un second convoi quitte Gao : environ 200 hommes de l’Africa Corps, 100 militaires maliens et une soixantaine de véhicules, appuyés par les supplétifs touareg loyalistes du Gatia [Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés, opposés à l’indépendance du Nord-Mali ou Azawad] et du MSA [Mouvement pour le salut de l’Azawad, allié des forces armées maliennes]. Le 8, les assiégés reprennent pied dans la ville et se filment drapeau au poing. Le 9 au matin, le convoi est attaqué près de Tabankort, se bat une dizaine d’heures, force le passage et entre dans Anéfis vers 20 heures. Voilà le socle factuel. Tout le reste est construction.

[…] Lire la suite sur Courrier international

Sur le même sujet :

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.