Sa vie bascule en 1961. Il l’explique dans son premier livre :
« Un jour, j’ai eu le besoin impérieux de partir, de tout quitter afin de m’évader sous d’autres cieux. » »
André Cognat · ©J’ai choisi d’être indien – Vivre Là-bas, l’Harmattan, 1967
Il abandonne son emploi d’ajusteur tourneur en France hexagonale et embarque à bord d’un paquebot à destination de la Guyane. Il remonte en pirogue le fleuve Maroni. Fleuve frontière avec le Surinam, le cours d’eau, long de 520 km, s’enfonce au cœur de l’Amazonie. Le peuple Wayana vit sur les berges du Haut Maroni.
Regardez « Antecume Pata, le village d’André« , un documentaire signé Pierre Lane.
Un choix de vie en rupture avec le monde occidental
L’aventurier fait naufrage lors du passage d’un saut, endroit périlleux pour la navigation, où les rochers affleurent la surface et forment des rapides. Il est recueilli par Malavate, chef de village.
André fait des efforts pour apprendre la langue wayana. Il se forme à la chasse et la pêche, vit comme ceux qui l’ont recueilli en interaction avec la forêt amazonienne et le fleuve. Contrairement aux préjugés occidentaux, ce milieu n’est pas hostile. Les peuples millénaires savent en tirer tout ce dont ils ont besoin : viandes et poissons grâce à la chasse et la pêche, tubercules et légumes cultivés dans les abattis, herbes pour la vannerie, terre pour confectionner des poteries, etc.
Les Amérindiens tissent une réciprocité profitable avec le milieu naturel. C’est ce mode de vie qu’André choisit définitivement. André est adopté par le chef Malavate. Il devient son fils et reçoit le prénom wayana : Antecume.
Création d’un nouveau village pour préserver le peuple wayana
Les Wayana installés sur le Haut Maroni vivent au début des années 60, lorsqu’André les rencontre dans un monde retranché sans trop de contacts avec le monde extérieur. Petit à petit ce dernier se rapproche, les fusils et cartouches remplacent les arcs et lances, le moteur les pagaies. Un club de vacances organise un tourisme irrespectueux du mode de vie ancestral.
Antecume s’insurge. Il réussit à obtenir une enquête médicale. Celle-ci prouve que la venue régulière de touristes est susceptible de transmettre des virus et des maladies, qui mettent en péril la survie du peuple Wayana. Le club de vacances est sommé de chercher des distractions ailleurs.
En 1967, Antecume propose de changer de lieu de vie, de fonder un nouveau village plus loin, plus haut sur le Maroni. Antecume-Pata, le village d’André se fixe à trois jours de pirogue du littoral. C’est le village le plus reculé, le plus éloigné de la civilisation car Antecume a senti le péril se rapprocher. André devient chef indien Wayana d’Amazonie.
Antecume pressent que la culture amérindienne se consumera avec le monde extérieur.
L’engagement d’une vie pour la cause autochtone et les intérêts amérindiens
Antecume crée une école bilingue et un centre de santé dans le village. Il s’oppose à l’assimilation, à l’uniformisation culturelle. L’État lui retire le droit d’enseigner et propose aux familles les « homes indiens » pour éduquer les enfants. L’ethnologue Jean Hurault dénonce également cette assimilation et parle d’ethnocide.
Pour en savoir plus sur le scandale des pensionnats catholiques surnommés « Homes indiens »
Antecume se mobilise. Il devient le porte-parole des Wayana. Lorsque les six nations amérindiennes tiennent tête à l’État en décembre 1984, Antecume est là et représente les Wayana. Les peuples amérindiens exigent la reconnaissance de leur existence, de leur identité et réclament la propriété collective de terres qu’ils occupent depuis des millénaires.
Il est à l’origine de l’association Yépé, mot signifiant ami en wayana, qui perdure. Son objectif est de « préserver et maintenir le savoir-faire et la culture Wayana et soutenir la vie quotidienne des habitants (d’Antecume-Pata) ».
Aujourd’hui, le mercure, utilisé par les orpailleurs clandestins, pollue l’eau et les sols du Haut Maroni. Les communautés amérindiennes sont empoisonnées et mènent un combat contre ce fléau. Les années 2000-2010 ont connu une vague de suicides de jeunes Amérindiens en perte de sens.
André Cognat devenu Antecume s’est éteint entouré des siens dans son village guyanais, le 15 octobre 2021.
L’héritage d’Antecume, devenu symbole de lutte et de transmission culturelle, reste inscrit dans toutes les mémoires. Son courage et sa force inlassables encouragent la nouvelle génération d’Antecume Pata à faire face aux défis actuels et à prendre en mains la relève malgré le vide et le manque provoqués par son absence.
Un film écrit et réalisé par Pierre Lane ♦ Une coproduction Cinétévé / INA avec la participation de France Télévisions ♦ 52 minutes ♦ 2025
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