Pendant 15 mois, Bamako a traité Alger de tous les noms d’oiseaux. Puis, sans crier gare, le 10 juillet dernier, une réconciliation, avec effet immédiat, était annoncée, presque simultanément à Bamako et à Alger. Que s’est-il passé entre-temps ?
Il y a eu le 25 avril 2026, samedi noir pour le Mali : Kati est frappée, le ministre Sadio Camara est tué, et au nord, le totem d’Assimi Goïta, Kidal, est tombé. Pas seulement aux mains des rebelles, mais d’une coalition inédite : rebelles du FLA et jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). Puis dans leur base, les forces maliennes (Fama) et les Russes d’Africa Corps sont encerclés. Scène impensable, voire humiliante.
Pour leur survie, les Russes lèvent le drapeau blanc, quittent Kidal en convoi, sous escorte rebelle. Assimi Goïta, revenu d’entre les survivants, 96 heures après, œuvre depuis pour reprendre une situation volatile et le voilà encore confronté à Anéfis, à une nouvelle attaque complexe, le 4 juillet 2026. Même scénario : siège, embuscade, hélicoptère abattu et des renforts partis de Gao, qui n’arrivent pas.
Selon toutes vraisemblances, lourdement sollicités par les Russes, les Algériens auraient encore sauvé la mise aux supplétifs des Fama dans le camp d’Anéfis. Deux fois, en moins d’un semestre, il a fallu Alger pour sauver les meubles maliens dans le bourbier azawadien.
Selon un dicton bambara, la fierté du faible est comme les larmes du patriarche : elle coule en silence, dans son ventre. Assimi Goïta, à l’abri des regards, a alors appelé Tebboune, pour dire « initché » (Merci) !
Ravaler la fierté
Assimi Goïta a donc dû ravaler sa fierté. Ce n’est pas une réconciliation d’amour, c’est une réconciliation de survie. Il y a les réalités du terrain qui se sont conjuguées avec deux autres facteurs.
Acte 1 : La réalité du terrain. Sans Alger, on ne tient pas le Nord. Depuis 1963, c’est quasiment la loi d’airain, à cette frontière, entre les frères algériens et maliens.
Acte 2 : Moscou commence à fatiguer. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, à Niamey, le 8 juillet, descendant la passerelle de son immense avion, a failli manquer de peu une marche. Un moment reflet de la fragilité d’une présence russe au Sahel qui dandine. Moscou a vu ses hommes humiliés à Kidal. Il en rage face à la faiblesse structurelle des armées de son nouveau précarré. Il veut à tout prix éviter l’effondrement. Moscou prend les devants. Fais les entremetteurs, exige de Goïta de parler avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune.
Acte 3 : Moscou s’est trouvé comme alter ego pour rendre la pilule moins amère à Goïta : le général Tiani. Ce dernier s’était réconcilié, en premier, en février avec Alger. Depuis, il avait entrepris une discrète médiation entre Alger et Bamako, qui n’avait pas intéressé Goïta.
Six ans après, la victoire totale promise par la junte malienne n’est pas au rendez-vous !
Il y a loin de la coupe aux lèvres ! L’option tout-militaire, 100 % russe, a montré ses limites. Et ironie du sort, ce sont les Russes en premier qui ont imposé le constat de cet échec. Ensuite, les possibilités infinies de la souveraineté se sont révélées pas aussi infinies que cela. Goïta a cru pouvoir se passer de l’Algérie. Pendant 15 mois, Bamako et Alger se sont déchirés. Ciel fermé, ambassadeurs rappelés, Alger accusé de parrainer les terroristes.
Depuis le 10 juillet, tout cela est oublié, avec effet immédiat ! Et son prix, on le devine : le Mali doit rediscuter avec ses Touaregs et ressusciter l’Accord d’Alger. Ce n’est pas un hasard si le premier à applaudir la détente, c’est le CSIA, les Imghads du Nord. Une façon de préparer déjà l’opinion à Bamako.
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