Une période de chasse généralisée
Les résultats de cette nouvelle étude montrent une phase de chasse globale entre 7 000 et 5 700 avant notre ère. À cette période, les occupants de Telarmachay chassent les vigognes, les guanacos ainsi que les huemuls (cerfs andins). L’étude montre tout de même une spécialisation dans la chasse à la vigogne.
Les chasseurs convoitent la viande, la peau et utilisent les ossements de ces animaux pour fabriquer des outils. Ils abattent des individus de tous âges mais privilégient davantage les adultes âgés entre 4 et 6 ans.
À ce moment-là, les caractéristiques morphologiques des camélidés sont purement sauvages, il n’y a pas de traces de divergence vers des formes domestiques.
L’intensification du contrôle humain sur les camélidés
Entre 5 200 et 4 000 ans avant notre ère, le contrôle des humains sur les populations de camélidés s’intensifie. C’est une phase de transition importante puisque les interactions entre les humains et les camélidés se transforment.
À cette période, les humains dépendent quasi-exclusivement des camélidés sauvages. Des pratiques de parcage sont mises en place : les camélidés sont maintenus en captivité et protégés des éventuels prédateurs. Cependant, le regroupement en surnombre et la promiscuité, dans des enclos potentiellement insalubres, favorisent la propagation de maladies. Il y a donc une explosion de la mortalité des nouveau-nés (jeunes individus 0 à 3 mois).
Ce contrôle des populations a aussi provoqué des modifications morphologiques : la forme de l’os du talus se diversifie ce qui suppose un changement dans les comportements locomoteurs et des individus de tailles intermédiaires apparaissent suggérant une hybridation entre la petite vigogne et le grand guanaco. « Ces modifications ne sont pas liés au changement climatique ou au régime alimentaire. Le climat est resté constant et les animaux ont continué de paître la végétation locale de la Puna humide ».
Malgré l’intensification des interactions entre les populations humaines et les camélidés entre 4 000 et 2 500 avant notre ère, la morphométrie géométrique ne détecte pas de divergence phénotypique totale vers les formes domestiques modernes (lama et alpaga) ce qui remet en partie en cause l’hypothèse initiale de Jane Wheeler.
Un foyer de domestication unique
Contrairement aux pratiques de domestication observées dans l’Ancien Monde, les pratiques andines ne reposaient pas sur un confinement strict des animaux ou sur une modification radicale du régime alimentaire. En effet, les analyses isotopiques ne révèlent pas de changements majeurs dans l’alimentation.
Ainsi, l’intensification du contrôle exercé par les humains sur les populations de camélidés vers 4 000 ans avant notre ère ne constitue pas une rupture brutale dans la nature de leurs interactions. Lors de la transition vers l’Holocène tardif, période marquée par un brusque refroidissement, les humains ont pu adapter leur stratégie en combinant un contrôle accru des troupeaux avec un retour partiel à la chasse (vigognes, guanacos et cerfs) pour sécuriser leurs ressources. Un phénomène qui illustre bien la complexité du processus de domestication des camélidés dans les Andes centrales.
Le projet a été soutenu par la Région Ile-de-France dans le cadre du Domaine d’intérêt majeur « Matériaux anciens et patrimoniaux : IDF-DIM-MAP-2018-3-009 »
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