À Belle-Anse, tout semble à la fois proche et loin. Bordée par la mer, la localité reste pourtant difficile d’accès : il faut des heures de route sinueuse pour y parvenir. Une route qui s’effrite, trouée par la pluie, où seules quelques motos osent passer. Depuis le passage du cyclone Melissa, elle est devenue encore plus impraticable, coupant du reste du pays des milliers de familles.
Ici, beaucoup vivent sans eau traitée et sans transport régulier. Et quand la maladie frappe, il faut marcher des kilomètres, souvent à jeun, pour atteindre le centre de santé le plus proche. Pour certains, l’aide qu’ils vont chercher arrive trop tard. Dans ce contexte d’accès limité à l’eau potable et aux soins, le choléra continue de se propager.
« Les gens ont peur du choléra », explique le Dr Jean Judson, directeur départemental de santé du Sud-Est. « Ils le cachent, parce qu’ils pensent que c’est une maladie de la honte. D’autres croient que c’est une punition des esprits. Et quand ils viennent, c’est souvent trop tard. »
Dans la petite localité de Calumette, les agents communautaires signalent plus de quarante cas suspects de choléra. La maladie, transmise par l’eau contaminée, continue de circuler dans la zone. Malgré les campagnes de sensibilisation, des rumeurs continuent d’alimenter la peur autour du choléra. Beaucoup restent chez eux, jusqu’à ce que le corps cède.
Avant le cyclone, l’UNICEF, aux côtés du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) et Plan International, avait prépositionné plus de 600 kits d’hygiène dans le département du Sud’Est, formé 150 agents communautaires et équipé 20 centres de santé en matériel médical, perfusions et aliments thérapeutiques pour les enfants malnutris. Mais les pluies ont aggravé la situation, contaminé les sources d’eau et isolé les communautés dont : Belle-Anse, Calumette, Thiotte, Grand Gosier pour ne citer que ceux-là dans le Sud-est.
Dans le centre de santé communautaire de Belle-Anse, une seule salle sert à tout : urgence, repos, et soins. Nous trouvons dix lits au maximum, des seaux pour l’eau, et des perfusions suspendues à des cordes. Entre deux lits, Kenson, 7 ans, regarde le vide. À côté de lui, son père Émile serre sa main. Quelques jours plus tôt, Kenson avait perdu sa mère, Dame Élène, emportée par la diarrhée aigue causée par le choléra.
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