Comment la France, chassée du Mali, combat indirectement la junte au pouvoir et ses soutiens russes via des militaires ukrainiens
Les forces françaises ne sont officiellement plus sur le sol malien, et pourtant elles continuent à opérer indirectement. Selon une source sécuritaire française, la France se repose notamment sur de nombreux militaires ukrainiens francophones passés par la Légion étrangère : des unités du renseignement militaire ukrainien, le GUR, opèrent ainsi au Mali en coordination avec les rebelles touaregs, lesquels ont débuté il y a deux semaines une conquête de plusieurs villes grâce à une alliance avec les djihadistes.
Les rebelles indépendantistes touaregs cherchent ainsi à affaiblir la junte au pouvoir à Bamako, tandis que la France et l’Ukraine veulent renverser les soutiens russes de la junte, les anciens de la milice Wagner (renommés l’Afrika Corps) qui ont tout fait pour chasser la France de l’Afrique. Un partage d’intérêts, alors même que les rebelles touaregs ont une ancienne relation avec les services de renseignements français au Sahel.
Ce n’est pas la première fois qu’il est question d’une alliance franco-ukrainienne sur ce plan : en début d’année dernière, le service de renseignements ukrainien avait proposé aux autorités françaises un plan détaillé pour déloger les juntes de la région du Sahel, et ainsi faire reculer l’ennemi russe. Mais Paris n’avait pas donné de suites à cette proposition, en raison notamment de l’aspect sécuritaire.
Une hiérarchisation de l’ennemi
Le verrou est aujourd’hui levé, permettant un jeu de stratégies qui semble favoriser les djihadistes, ces derniers étant actuellement alliés aux indépendantistes touaregs, eux-mêmes aidés par ces forces ukrainiennes. Une sorte de hiérarchisation de l’ennemi afin d’atteindre un objectif commun, ici de renverser la junte au pouvoir et d’affaiblir les Russes et leurs alliés dans la région.
En limitant son aide opérationnelle à ces relais ukrainiens, la France évite ainsi une coopération directe avec les djihadistes liés à Al-Qaïda. Interrogé, le ministère des Armées est toutefois resté vague et a indiqué que si les militaires ukrainiens avaient quitté la Légion étrangère pour servir l’Ukraine de manière qu’ils jugent utile, la France n’a de son côté pas de commentaire à faire sur le sujet.
À écouter
Le Mali lâché par la Russie dans son combat contre les rebelles djihadistes
Plusieurs pays du Sahel avaient dénoncé l’an dernier ce jeu d’alliances, qui semble toutefois faire ses preuves dans la région, avec la reprise récemment de grandes villes – dont Kidal, reprise fin avril par les djihadistes alliés aux rebelles touaregs. De quoi faire des remous entre la junte au pouvoir et son allié russe, qu’elle accuse de l’avoir « trahi » alors que les mercenaires russes ont quitté le navire après avoir passé un accord quelques jours avant l’attaque.
La mort du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, tué fin avril dans une attaque kamikaze, a également marqué un autre coup de la Russie, puisque ce numéro deux de la junte, considéré comme l’homme de Moscou, avait été formé en Russie.
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