Plus de 30 personnes ont été tuées mercredi dans deux attaques, revendiquées par les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), contre deux localités du centre du Mali, dont la junte au pouvoir est affaiblie après la récente offensive d’ampleur des insurgés alliés à des rebelles touareg.
«C’est une tragédie. Le bilan est de plus de 35 morts, dont 25 dans la localité de Kori Kori et 10 à Gomossogou. Il s’agit d’attaques quasi simultanées», a affirmé à l’Agence France-Presse (AFP) un responsable local de la jeunesse, qui a préféré garder l’anonymat pour raisons de sécurité. Deux sources, sécuritaire et administrative, ont chacune communiqué à l’AFP un bilan de plus de 30 morts.
Wamaps, un collectif de journalistes ouest-africains spécialisés dans les questions sécuritaires au Sahel, a établi un «bilan provisoire» de «plus de 50 villageois» tués et d’autres «encore portés disparus».
Jeudi, l’armée malienne a dit, de son côté, avoir mené «une opération ciblée contre les groupes armés terroristes» dans la zone, qui a «permis de neutraliser (tuer) une dizaine de terroristes», dans un communiqué qui ne donne pas plus de détails.
Représailles aux actes commis par la milice Dan Nan Ambassagou?
Les attaques de mercredi ont été revendiquées jeudi par le JNIM, qui dit avoir visé des miliciens progouvernementaux.
Dans un communiqué publié jeudi, le gouverneur de la région de Bandiagara (centre), le colonel-major Olivier Diassana, a «condamné avec la plus grande fermeté ces actes ignobles et inhumains».
«L’attaque a été perpétrée en représailles à des actes commis par la milice Dan Nan Ambassagou. Les victimes sont majoritairement des miliciens. Mais il y a également des adolescents et des enfants», a expliqué à l’AFP la source sécuritaire.
En réponse à la prolifération des violences dans le centre du Mali, des groupes proclamés d’autodéfense se sont constitués, dont le plus connu est Dan Nan Ambassagou. Cette milice, composée majoritairement de chasseurs traditionnels dogons, avait été dissoute par les autorités après avoir été accusée d’avoir commis un massacre dans un village du centre du pays, Ogossagou (160 morts en mars 2019).
Selon Wamaps, lors des attaques de mercredi, des «villages ont été pillés et certaines concessions ont été incendiées». «Outre ce lourd bilan humain, les assaillants ont perpétré d’importantes destructions matérielles, incendiant des habitations et des céréales appartenant aux populations», a précisé à l’AFP une source au gouvernorat de Bandiagara.
Le centre du Mali, théâtre de violences meurtrières récurrentes
Cette nouvelle tuerie survient après la vaste offensive coordonnée menée les 25 et 26 avril par le JNIM, allié à Al-Qaïda, et la rébellion du Front de libération de l’Azawad (FLA), à dominante touareg, contre des positions stratégiques de la junte dans plusieurs localités – jusqu’en périphérie de la capitale Bamako, à Kati, fief du régime, où le ministre de la Défense Sadio Camara, 47 ans, un des piliers de la junte, a été tué dans un attentat-suicide. Ces attaques avaient fait au moins 23 morts, selon une source hospitalière.
Plusieurs villes et localités du Nord sont désormais sous le contrôle des djihadistes et de leurs alliés du FLA. Quant au centre du Mali, il a lui aussi été le théâtre de violences meurtrières ces dernières années. Après la tuerie de mars 2019, Ogossagou a connu un autre massacre en février 2020, au cours duquel une trentaine de Peuls ont été tués.
Puis l’ONU a accusé dans un rapport l’armée malienne et des combattants «étrangers», soupçonnés d’être des paramilitaires russes, d’avoir exécuté en mars 2022 au moins 500 personnes lors d’une opération antidjihadiste à Moura, également dans le centre du pays, ce qu’a réfuté la junte.
En juin 2022, plus de 130 civils avaient aussi été tués à Diallassagou, toujours dans le centre, lors d’attaques attribuées au JNIM.
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