La pression des djihadistes se poursuit au Sahel : ils détruisent des camions qui acheminaient des vivres au Mali dans le cadre de l’initiative atlantique du Maroc
- Attaque contre des camions marocains
- Bamako, cible des djihadistes
- Le Burkina Faso, un autre point chaud
- Exploiter le mécontentement
- Le Maroc, bouclier
Les groupes djihadistes armés qui contrôlent plusieurs pays de la région africaine du Sahel ont tenu leur promesse d’interrompre les flux logistiques visant à approvisionner en denrées alimentaires la capitale du Mali, Bamako, aggravant ainsi la crise dans les pays du Sahel.
Attaque contre des camions marocains
Selon les dernières informations, mercredi 6 mai dernier, des membres armés de la Katiba Macina (Mouvement de libération de Macina), liés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ont intercepté un convoi de camions marocains qui se dirigeaient vers Bamako et les ont incendiés, sans que les chauffeurs n’aient été blessés.
Selon le média marocain Le360, l’attaque a touché six camions qui avaient quitté le Maroc à destination de la capitale malienne et qui ont été pris pour cible sur la route reliant Gogui Zammal, à la frontière avec la Mauritanie, au village de Gogui, au Mali, une zone d’opérations des terroristes.
Ces camions faisaient partie d’un convoi de ravitaillement provenant de divers pays du Maghreb et se dirigeant vers Bamako, capitale du Mali, un pays qui dépend des importations en provenance des pays du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest.
Cette opération s’inscrit dans la stratégie des djihadistes, liés à Al-Qaïda, qui cherchent à restreindre, voire à couper, les approvisionnements vers la capitale en provenance de pays tels que le Maroc, la Mauritanie ou le Sénégal.
Ce n’est pas le premier incident de ce type à toucher des camions marocains. En janvier 2025, un convoi en provenance du Maroc a été attaqué à proximité de la frontière avec le Mali et quatre chauffeurs marocains ont été enlevés dans une zone connue sous le nom de « les trois frontières », où se rejoignent le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
Ce dernier incident s’inscrit dans une série d’attaques visant les transporteurs dans la région du Sahel. En janvier 2025, plusieurs camions marocains ont été attaqués dans la région de Nioro du Sahel, près de la frontière avec le Mali. Au cours de cette même période, quatre chauffeurs marocains ont été enlevés dans la zone connue sous le nom des « trois frontières » entre le Niger et le Burkina Faso.
Bamako, cible des djihadistes
L’attaque contre les camions marocains survient deux semaines après plusieurs offensives djihadistes à Bamako, Kati et dans plusieurs villes du nord du Mali.
Le 25 avril dernier, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), aux côtés des rebelles séparatistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), a mené une offensive au Mali, visant principalement le chef de la junte et président de transition, Assimi Goita, et le ministre de la Défense, Sadio Camara, à l’aide de deux voitures piégées.

Ces attentats ont coûté la vie à Camara, dont les fonctions à la tête de la Défense ont été reprises par le président Goita. L’offensive a été repoussée par les forces armées maliennes, avec la collaboration de mercenaires de l’Africa Corps (anciennement le Groupe Wagner), intégrés au ministère de la Défense.
Selon le président Goita, qui dirige la junte militaire mise en place dans le pays à la suite des coups d’État d’août 2020 et de mai 2021, qu’il a lui-même menés, des centaines de terroristes ont été neutralisés et on a empêché qu’ils ne referment l’étau sur Bamako, bien qu’il ait reconnu que les djihadistes étaient en train de se réorganiser. Les dernières attaques contre des camions en provenance du Maroc en sont la preuve.

Le Burkina Faso, un autre point chaud
L’instabilité dans les pays du Sahel présente plusieurs foyers simultanés. Un autre d’entre eux se situe au Burkina Faso, pays également dirigé par une junte militaire à la tête de laquelle se trouve Ibrahim Traoré depuis 2012. Là-bas, les attaques se sont succédé au cours des dernières semaines.
Fin avril dernier, 11 civils faisant partie des milices volontaires de soutien à l’armée burkinabé ont trouvé la mort lors d’une attaque djihadiste qui a eu lieu dans la ville de Bagare, au nord du pays. L’attaque a ensuite été revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une organisation terroriste liée à Al-Qaïda.
Une semaine auparavant, 25 soldats et paramilitaires burkinabés avaient été tués lors d’une attaque également perpétrée par le JNIM à Bagmoussa, à environ 40 kilomètres de la capitale Ouagadougou.

Exploiter le mécontentement
Les forces djihadistes ont su exploiter le mécontentement qui règne parmi les jeunes des communautés locales au Mali, au Burkina Faso et au Niger, lassés des abus commis par les armées des trois pays et par les forces auxiliaires telles que les mercenaires russes de l’Africa Corps.
Selon un récent rapport de l’International Crisis Group sur le Sahel, le JNIM bénéficie du soutien du groupe d’Iyad ag Ghali, ancien combattant touareg, qui contrôle des zones du nord, du centre, du sud et de l’ouest du Mali, du nord, de l’ouest et de l’est du Burkina Faso et du sud-ouest du Niger.
L’objectif des terroristes dépasse la région du Sahel elle-même, qui est leur centre d’opérations actuel. L’objectif est de proclamer un nouveau califat et de s’étendre aux pays d’Afrique du Nord tels que la Mauritanie, la Libye, la Tunisie et le Maroc pour, par la suite, faire le saut vers l’Europe.

Le Maroc, bouclier
Dans cette lutte pour le pouvoir dans la bande sahélienne, et face à l’inaction des pays européens face à l’offensive djihadiste soutenue par la Russie, le rôle que joue le Maroc au niveau régional s’avère fondamental pour servir de bouclier de confinement face aux plans d’expansion des terroristes.
Une stratégie qui s’articule autour de la « initiative atlantique » pour les pays du Sahel, promue par le roi Mohammed VI, et qui consiste à mettre en place un corridor logistique permettant aux pays du Sahel d’avoir un accès à la mer, via les ports de la côte atlantique du Maroc (Tanger Med et, prochainement, Dakhla Atlantique).
Cette stratégie vise à permettre à des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger de développer leurs économies, de créer des emplois, de renforcer leurs institutions et de mettre fin au mécontentement qui pousse leurs jeunes dans les bras des djihadistes, évitant ainsi de devenir un terrain fertile pour les ingérences de puissances telles que la Russie.
Une initiative qui est aujourd’hui la cible des djihadistes, qui attaquent les camions dans lesquels le Maroc achemine des fournitures vers les pays de l’intérieur, et qui nécessiterait la collaboration de tous les pays du Maghreb, y compris l’Algérie, pour faire office de rempart et empêcher que l’épidémie du JNIM n’atteigne l’Afrique du Nord, puis l’Europe.
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