Après le Burkina Faso la semaine dernière, c’est au tour du Sénégal d’afficher ses ambitions dans le coton pour 2026/2027. Durant ledit exercice, le pays de la Teranga vise une récolte de 35 000 tonnes, selon une annonce publiée sur le site de la Primature, à l’issue d’une réunion interministérielle.
Pour atteindre une telle production, qui serait en hausse de 40% par rapport au niveau précédent (25 643 tonnes), les autorités veulent mettre les bouchées doubles. Une enveloppe d’appui de 3,5 milliards FCFA (environ 5,3 millions d’euros) devrait être débloquée pour la subvention des intrants (engrais, insecticides, etc.) et le soutien des prix.
En outre, le gouvernement continuera l’apurement des dettes étatiques envers la filière, notamment à l’endroit de la Société de développement et des fibres textiles (SOFIDETEX), dont les arriérés sont évalués à 3,176 milliards FCFA (4,8 millions d’euros).
Par ailleurs, des efforts seront déployés pour renforcer la mécanisation et la modernisation du matériel agricole (tracteurs subventionnés, équipements de culture attelée pour les petits exploitants, drones de traitement phytosanitaire, etc.), en plus de l’accompagnement technique rapproché des producteurs.
Un cap de 100 000 tonnes visé d’ici 2030
Au-delà des interventions prévues pour cette campagne, l’annonce des autorités est à mettre en lien avec la stratégie globale de relance d’une filière cotonnière dans les prochaines années. Le pays veut en effet franchir la barre des 100 000 tonnes à l’horizon 2030, soit près du double de son record enregistré durant la campagne 2006/2007 (52 422 tonnes).
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D’après la SOFIDETEX, cette ambition sera concrétisée via la modernisation des exploitations familiales et une meilleure maîtrise de l’eau, avec le développement de l’irrigation complémentaire afin de sécuriser les rendements face aux aléas climatiques. Sur un autre volet, les interventions porteront sur une mécanisation accrue pour réduire la pénibilité du travail tout en améliorant l’efficacité des opérations sur le terrain, ainsi que sur l’innovation et la recherche & développement, à travers l’adoption de semences hybrides plus performantes et la diffusion de bonnes pratiques culturales.
Avec ce plan, le Sénégal entend combler son écart avec les autres fournisseurs de la zone CFA. Si le pays offre en effet les meilleurs prix au producteur (350 FCFA/kg en 2025/2026) et affiche les coûts d’intrants pour le coton les plus faibles d’Afrique de l’Ouest, il reste encore un petit poucet comparativement à des géants comme le Bénin, le Mali, le Burkina Faso, le Cameroun et la Côte d’Ivoire, dont les récoltes se chiffrent en plusieurs centaines de milliers de tonnes.
Les superficies emblavées y ont tourné autour de 20 000 tonnes durant la campagne dernière, selon les dernières données du Département américain de l’agriculture (USDA), soit 20 fois moins que le Bénin par exemple.
La productivité, l’atout majeur de la filière
Alors que le Sénégal joue les seconds rôles au niveau de la production, il figure en revanche parmi les bons élèves lorsqu’il s’agit des rendements. En effet, selon les données du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PRPICA), la productivité y a atteint 1,25 tonne par hectare en 2025/2026, soit le second meilleur niveau d’Afrique de l’Ouest.
Selon les observateurs, il s’agit déjà d’un point positif pour la filière, qui doit encore se renforcer, notamment au niveau de la lutte parasitaire. En 2021/2022, le fléau avait conduit à un effondrement de la production, avec l’infestation des jassides (insecte ravageur) qui a obligé plusieurs exploitants à se détourner de la fibre blanche au profit de l’arachide, jugée plus rémunératrice.
Pour les autorités, l’enjeu reste important, dans un contexte où les recettes tirées de l’exportation n’ont atteint que 6,6 milliards FCFA (environ 10 millions d’euros) en 2024, soit le second niveau le plus faible depuis 2020 selon les statistiques officielles. Au Sénégal, la filière coton implique plus de 16 000 producteurs et fait vivre plus de 500 000 personnes.
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