Critique | Admiral T se sent en Guadeloupe au Quartier des spectacles

« C’est comme chez nous ici ! », assurait Admiral T, vendredi soir sur la grande scène du parterre du Quartier des spectacles, remerciant du même souffle le Festival international Nuits d’Afrique de l’avoir invité « non pas une, ni deux, ni trois, mais quatre fois » à rencontrer le public montréalais. Invité de marque du 40e anniversaire, le vétéran n’a eu besoin que du soutien de son DJ et de deux danseuses pour électrifier le site extérieur du festival qui, pour son dernier week-end, accueillera samedi Tabou Combo et, en clôture dimanche, la star du reggae africain Tiken Jah Fakoly.

À un ou deux palmiers près, Admiral T pouvait bien s’imaginer donner un tel concert dans ses Antilles. Le singjay s’est époumoné devant un parterre bondé, dans des conditions chaudes et humides, alors qu’autour de lui planaient les effluves des kiosques servant des mets jamaïcains, africains, haïtiens et martiniquais, entre autres. Les bonnes conditions étaient réunies en ce vendredi soir de festival qui, avec son souk animé érigé juste au sud sur l’esplanade Tranquille, fait vibrer le Quartier des spectacles autrement qu’au Festival international de jazz de Montréal ou aux Francos.

Le Guadeloupéen avait ses fans, qui chantaient avec lui les paroles (principalement en créole) de ses succès, étalés sur plus de vingt ans — en solo, car il a commencé à manier le micro à l’âge de six ans, comme le Jamaïcain Beenie Man, un de ses modèles — et une dizaine d’albums. Voir les spectateurs sursauter en reconnaissant leur refrain préféré, ça mettait de l’ambiance dans le parterre.

Ce qui n’est pas simple lorsque, comme lui, on ne s’accompagne que d’un DJ. Toute la performance reposait sur ses épaules. Admiral T a mis toute la gomme, alternant le chant (et soulignons que sa voix est plus forte et juste que celle de la moyenne des singjays jamaïcains) et la tchatche, l’artiste étant notamment reconnu pour sa prosodie frénétique. D’un titre inspiré du dancehall des années 1990 à une ballade one drop classique, le Guada passe à des rythmiques inspirées du zouk ou du gwo ka ; sa musique, certes calquée sur les tendances dancehall jamaïcaines et de ceux qui les ont créées, se démarque lorsqu’il ajoute ses propres épices antillaises.

Un peu plus tôt sur la même scène, ce fut un plaisir de retrouver Lorraine Klaasen, accompagnée à nouveau par l’orchestre Jab Djab. L’ex-Montréalaise a longtemps incarné la tradition musicale populaire de l’Afrique du Sud chez nous, sa présence sur l’affiche anniversaire du festival semblait donc plus qu’appropriée, d’autant que la performance fut resplendissante, la chanteuse s’entourant notamment de deux cuivres, deux guitaristes et de sa petite-fille aux chœurs.

La 40e édition du FINA se termine donc ce dimanche, non sans un moment symbolique : avant la tête d’affiche Tiken Jah Fakoly, pendant le concert du guitariste congolais Diblo Dibala, pionnier du soukouss surnommé « Machine Gun » en raison de son jeu en mitraille dynamisant l’orchestre de l’influent chanteur Kanda Bongo Man, une poignée de musiciens le retrouveront sur scène pour interpréter la chanson thème de l’édition anniversaire du festival, « Unis par les Nuits », composée par la star ivoirienne Meiway, qui a fait le voyage exprès pour l’occasion.

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