Des Vénézuéliens racontent le double tremblement de terre destructeur et « tragique »

Deux séismes, coup sur coup. Suivis de la terreur et du chaos. En moins d’une minute mercredi soir, le Venezuela a été secoué par deux tremblements de terre, de magnitude 7,2 et 7,5. Des immeubles entiers se sont effondrés, des poteaux électriques ont été renversés. Les morts se compteront probablement par centaines, le premier bilan faisant état d’au moins 188 décès. Dans l’immédiat, les secouristes sont engagés dans une véritable course contre la montre pour extirper un maximum de survivants des décombres.

« Vers 18 h, nos téléphones nous ont avertis d’une alerte au tremblement de terre. Quelques secondes plus tard, tout se mettait à bouger. Les maisons, les cris… c’étaient des moments de grande panique. Tout bougeait », témoigne au Devoir Jhon Cisneros, qui habite Petare, en banlieue de la capitale vénézuélienne de Caracas.

Une maison s’est effondrée tout près de la sienne. « Grâce à Dieu, ma famille va bien et nous allons bien, mais il y a beaucoup de disparus, des amis sont disparus. » Des opérations de secours ont été lancées, « mais ça ne suffit pas », lance Jhon Cisneros, qui se promène dans les rues pour apporter son aide. « Il faut beaucoup, beaucoup plus de secouristes pour retrouver tous les disparus. »

Caracas était plongé dans un silence total jeudi, rapporte Kani Coy, qui se trouve dans la capitale. « On n’entend que les sirènes des pompiers, des ambulances et des hélicoptères. Nous sommes nombreux à nous mettre à l’abri, tandis que d’autres apportent leur aide. » Tous les professionnels de la santé du pays ont été enjoints de se rendre dans les hôpitaux pour porter secours aux blessés.

La Guaira sous les décombres

La région de La Guaira, située près de la mer des Caraïbes à une trentaine de kilomètres de Caracas, a été sévèrement touchée. « La Guaira est inaccessible. On ne voit que des engins de chantier chargés de déblayer les décombres », poursuit Kani Coy. La région a été déclarée « zone sinistrée ». L’aéroport international Simón Bolívar de Maiquetía, qui s’y trouve, a été particulièrement endommagé.

Des journalistes à La Guaira ont fait état de scènes déchirantes. Des citoyens tentent de secourir des personnes coincées sous les décombres, parfois sans succès. « Il y a un endroit d’où une jeune femme appelée Jennifer, qui habitait au onzième étage, me répond. Mais nous n’avons aucun outil, nous n’avons aucun moyen pour l’aider », a soufflé Antonio Bermudez à l’Agence France-Presse. « Il y a ici une petite fille qui est coincée depuis hier soir, on peut la sortir, mais on a besoin d’une pelleteuse », a déclaré désespéré Dani Rizo.

Arturo López, lui, n’a pas dormi depuis une trentaine d’heures. « J’ai très peur de rentrer chez moi à cause des répliques sismiques qui pourraient encore se produire dans la journée », racontait-il jeudi matin. L’homme, qui habite Caracas, a passé la nuit de mercredi à jeudi à l’extérieur sur une place jouxtant le Panthéon national, de crainte que son logement s’effondre.

« C’est difficile de garder son calme, d’autant plus que les réseaux sociaux et les sources non officielles diffusaient [pendant la nuit] des informations erronées, faisant état de séismes pendant la nuit et même d’un tsunami. » Une trentaine de répliques ont été enregistrées, mais aucune n’était de l’ampleur des deux séismes. Aucun tsunami n’a été rapporté.

L’alimentation en gaz a été coupée à Caracas pour éviter des accidents et des coupures d’électricité ont été signalées. Les déplacements sont difficiles : le métro de la capitale est hors service et le réseau ferroviaire de tout le pays est interrompu. Des appels ont aussi été lancés pour que les autorités débloquent l’accès aux réseaux sociaux et à tous les médias pour faciliter les communications.

Tragédie après tragédie

Pour Carlos Valmore Rodriguez, l’aide internationale s’avérera « essentielle » pour le futur du pays. « Le Venezuela a fait parler de lui cette année, mais pas pour les raisons que l’on aurait souhaitées », dit le journaliste sportif vénézuélien en référence à la capture de l’ex-président du Venezuela Nicolás Maduro par les États-Unis en janvier dernier.

« Ça va laisser une marque parce que le niveau de destruction est élevé et ce pays a déjà plusieurs problèmes d’infrastructures. On ajoute à ça cette catastrophe d’une grande ampleur et ça va demander des ressources et une structure de soutien gouvernemental qui n’existent tout simplement pas », soutient celui qui a ressenti les secousses qui ont « duré très longtemps » depuis le studio de Caracas duquel il travaillait mercredi.

« La seule bonne nouvelle [de 2026] aura été notre victoire au Classique mondial de baseball », résume le journaliste.

« C’est une tragédie par-dessus une autre tragédie », renchérit pour sa part Gabriela Rojas, qui réside à Caracas, dans le quartier de Chacao, en faisant allusion au climat politique et social extrêmement difficile des derniers mois.

La Vénézuélienne qui travaille en marketing se reposait dans son logement au 10e étage d’un immeuble lorsque les premières secousses se sont fait sentir, raconte-t-elle au Devoir. « C’était horrible », dit-elle, encore bouleversée.

Dans ce qui a duré « au moins une bonne minute », selon ses dires, Mme Rojas a assisté impuissante à un triste spectacle où casseroles, céramiques et miroirs ont volé en éclat. « J’ai regardé ma sœur, on s’est placées sous le cadre de porte, je lui ai pris le bras et j’ai commencé à prier », détaille-t-elle. Elle est ensuite sortie dans la rue comme d’autres, qui s’étaient réfugiés dans leur voiture. Peu de temps après, elle est remontée pour faire un peu de ménage, non sans retenir son souffle à chacune des répliques du séisme, dont plusieurs en pleine nuit.

Même si les connexions Internet et téléphoniques ont été rétablies à Caracas, cette native de La Guaira, l’État qui fut l’épicentre du tremblement de terre, s’inquiète pour ses amis et ses proches qui vivent toujours là-bas. « Ma meilleure amie, elle n’a plus de maison », dit-elle.

Gabriela Rojas soutient vouloir attendre de « retrouver ses jambes » avant de prendre la voiture pour prêter main-forte là-bas. « Ce sont les citoyens qui sauvent les gens sous les décombres, pierre par pierre », dit-elle. « Il n’y a pas d’ambulance, on doit transporter les [blessés] dans nos propres voitures. »

En attendant, Mme Rojas se désole pour ses concitoyens, qui, selon elle, ne reçoivent l’aide qu’ils méritent de la part des autorités. « Ils n’ont pas la capacité ni l’argent pour gérer ça […] Au Venezuela, le vrai contrôle, ce sont les États-Unis qui l’ont. »

Avec l’Agence France-Presse

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