DJOUGOU : Migration – Le retour à la terre d’un jeune Béninois après le drame de l’exil

À Djougou, dans le nord du Bénin, Aboubakar, 18 ans, se reconstruit par l’agriculture après avoir perdu sa main dans un accident en Algérie.

Aux premières lueurs du jour qui éclairent le nord du Bénin, Aboubakar, 18 ans, est déjà à l’œuvre dans les rangées de choux qui incarnent désormais son avenir. Avec précaution, il arrache les mauvaises herbes de la terre, n’utilisant que sa main gauche. Il y a moins d’un an, un accident dans une usine en Algérie lui a coûté la main droite.

La parcelle que cultive aujourd’hui Aboubakar est celle de son père. À son retour, ce dernier lui a confié ce lopin de terre, lui offrant une chance de refaire sa vie près des siens. Ce qui n’était qu’un simple champ est devenu le fondement d’un nouveau départ, soutenu par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Le poids des dettes et le départ clandestin

En 2024, Aboubakar est parti sans un mot. Aîné de cinq enfants, il portait en silence le poids des dettes familiales. Convaincu de devoir résoudre seul ces difficultés et sachant que son père ne l’autoriserait jamais à entreprendre un tel périple, il a pris la fuite à la faveur de la nuit.

« Je voulais aider ma famille », confie-t-il. « Je voulais que mes jeunes frères et sœurs aient une vie meilleure. Je me sentais responsable d’eux. »

Pour son père, cette disparition soudaine a laissé un vide immense.

« Quand j’ai réalisé qu’il était parti, mon cœur s’est brisé », se souvient-il. « Mais c’est la réalité de nombreuses familles. Les jeunes croient devoir quitter leur foyer pour se construire un avenir. »

C’est une histoire tristement familière au Bénin et sur une grande partie du continent. Confrontés à des perspectives limitées et à une pression économique croissante, de nombreux jeunes partent en quête d’une vie meilleure. Attirés par des promesses de travail et de prospérité, ils s’engagent dans des voyages périlleux où chaque frontière franchie comporte de nouveaux risques.

Le rêve algérien brisé par l’accident

Aboubakar a finalement atteint l’Algérie, où il a trouvé un emploi dans une petite usine. Malgré des journées longues et épuisantes, il a persévéré, parvenant un temps à envoyer de l’argent à sa famille, avec le sentiment d’accomplir son devoir. Puis, tout a basculé.

« J’étais fatigué ce jour-là », raconte-t-il à voix basse. « La machine a soudainement eu un dysfonctionnement. J’ai ressenti une douleur aiguë et quand j’ai baissé les yeux… »

Incapable de poursuivre, il baisse la tête pour essuyer ses larmes. L’accident l’a laissé blessé, sans-papiers et seul. Sans contrat de travail formel, ni assurance maladie ou indemnisation, il a brutalement découvert sa vulnérabilité. L’avenir qu’il s’était imaginé s’est évaporé en un instant, le forçant à envisager ce qu’il redoutait le plus : rentrer chez lui, défait.

« Je n’arrêtais pas de me demander si tout cela en avait valu la peine », dit-il. « J’étais parti pour aider ma famille. Au lieu de ça, je revenais blessé et dépendant des autres. »

La main tendue de l’OIM et le retour

C’est durant cette période sombre qu’un autre migrant béninois lui a parlé de l’OIM. Pour la première fois depuis des mois, Aboubakar s’est senti écouté.

« Ils m’ont traité avec dignité », témoigne-t-il. « Ils m’ont aidé à recevoir des soins et ont soutenu mon retour à la maison. Plus important encore, ils m’ont aidé à croire que ma vie n’était pas finie. »

Lorsqu’il est enfin revenu à Djougou, le bras encore bandé, son père ne lui a posé aucune question. Pas de colère, pas de reproches. Juste le soulagement.

« Au moment où je l’ai vu, j’ai tout compris », se remémore son père. « Il était parti chercher une vie meilleure et revenait en portant un lourd fardeau. Mais il était en vie. C’était tout ce qui comptait. »

Le retour au pays a marqué le début d’un autre voyage, celui de la reconstruction. Grâce au programme de réintégration de l’OIM, Aboubakar a pu se lancer dans l’agriculture sur la terre de son père, recevant notamment des bœufs pour l’aider dans son travail. Aujourd’hui, entre les rangs de choux qu’il cultive avec son père, il a retrouvé un espoir et un avenir, une récolte à la fois.

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.