Arvalis, Terres Inovia et l’institut technique de la betterave (ITB) multiplient les expérimentations pour identifier les solutions de biocontrôle efficaces. Les essais s’exercent notamment dans le cadre des agréments BPE (Bonnes Pratiques d’Expérimentation) dont disposent les instituts techniques, en relation avec les fournisseurs. Cela ne se fait pas toujours dans le sens classique de l’évaluation : « on peut aller chercher les fabricants pour des solutions non homologuées sur nos cultures, explique Jean-Baptiste Thibord, d’Arvalis. S’il en ressort un intérêt dans nos essais, on espère en retour que les industriels constitueront un dossier de demande d’homologation ».
Des solutions encore loin d’intégrer le marché
La liste des solutions testées est importante : champignons entomopathogènes sur maïs contre les taupins et sésamies, huiles minérales sur céréales à paille contre les pucerons, acides gras sur colza contre les altises ou les pucerons… Certaines sortent du lot mais sont encore loin d’intégrer le marché. Sur betteraves, jusqu’à 40 solutions ont été évaluées sous serre : « Sous ces conditions, certains champignons entomopathogènes présentent une meilleure efficacité que les deux produits disponibles sous dérogation, indique Fabienne Maupas, de l’ITB. Mais ils doivent maintenant passer l’épreuve du champ ».
Ces mêmes solutions sont aussi évaluées dans le cadre de projets de recherche, en particulier ceux issus du Parsada (1). C’est le cas de Miltaloc sur le mildiou de la pomme de terre et de la tomate : « nous allons tester jusqu’à 30 produits en laboratoire, y compris ceux déjà évalués dans le passé mais dont les formulations ont depuis été améliorées, indique Denis Gaucher, coordinateur pour Arvalis du projet. L’ambition sera ensuite de passer 3 à 5 de ces solutions à l’évaluation au champ ».
Approches combinatoires
Ces projets comportent souvent un axe dédié à la connaissance du ravageur ou de la maladie ciblés, y compris leurs cycles biologiques. « Le biocontrôle nous oblige à revoir nos bases dans ces domaines de sciences fondamentales », affirme Franck Duroueix, de Terres Inovia. C’est ce que nous avons commencé à faire dans le cadre du Plan de sortie du Phosmet au travers du concept d’écologie chimique ». Le projet Ardeco va maintenant pouvoir aller plus loin : « la description complète, chimique et spatiale, des récepteurs olfactifs de l’altise, pourra permettre aux chercheurs d’en déduire la molécule nécessaire pour les inhiber », illustre l’ingénieur de Terres Inovia.
L’approche combinatoire fait également partie intégrante de ces expérimentations, la substitution « produit pour produit » n’offrant pas pour le moment entière satisfaction. La panoplie est large : levier variétal, prophylaxie, outils d’aide à la décision, intercultures, plantes compagnes, association avec des solutions conventionnelles… Ces stratégies pourraient permettre de faire gagner des points d’efficacité au biocontrôle, à condition que les itinéraires techniques restent à un coût acceptable pour les agriculteurs.
« L’évolution vers laquelle on va est probablement un biocontrôle plus complexe », résume Franck Duroueix. Toutefois, les cultures n’auront pas toutes les mêmes capacités d’adaptation : le colza, avec sa grande élasticité, fait partie des bons candidats. « En céréales, on a déjà fait l’essentiel du chemin sur la combinaison de leviers : la marge de progrès semble plus limitée », nuance Jean-Baptiste Thibord.
(1) Plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures
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