Du Mali au Nigeria : le nouvel arc de crise et les fragmentations à venir dans le Sahel

Le Sahel et l’Afrique de l’Ouest vivent des paradoxes croisés. D’abord, pris dans le piège des stratégies contre-terroristes classiques, les États déploient des moyens humains et financiers conséquents pour préparer leurs armées à une bataille aux frontières qu’elles ont, en réalité, fort peu de chances de livrer. L’ennemi terroriste ne vient plus de l’extérieur, il est désormais le fait d’acteurs endogènes, de citoyens qui se sont retournés contre leur propre État.

Cet aveuglement, en plus d’être inefficace, empêche les dirigeants de prendre toute la mesure de la dangereuse communautarisation des violences, qui, dans un cercle vicieux mortifère, entraîne une fragmentation des sociétés qui alimente à son tour de nouveaux cycles de violences. Plus grave encore, le phénomène ne cesse de s’étendre, dessinant désormais un arc de crise à l’échelle régionale, avec pour toile de fond une « question peule » que peu osent nommer.

Les Peuls face aux juntes du Sahel : enquête sur un peuple sacrifié

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Et, dans un Sahel déjà fragilisé depuis de longues décennies par l’accumulation de crises multifactorielles, l’islam radical, qui se fait parfois politique, se déploie. On sait, depuis les débuts de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), devenu l’État islamique au Sahel, que l’instrumentalisation des frustrations des communautés ostracisées a foncièrement changé la donne : jadis perçu comme le fruit d’invasions exogènes, le jihadisme sahélien s’est progressivement révélé être le catalyseur des conflits internes.

Dialogues inachevés et tensions communautaires

Au Niger, certains des déçus des réconciliations avortées entre l’État et les milices peules, qui se sont affrontés depuis les années 1990, ont rejoint les rangs des jihadistes, en particulier au sein de l’EIGS, à l’instar d’Issa Baré, Dendou Cheffou, Bello Baré, Petit Thiafori ou encore Hamadi Belko. L’option simpliste du tout sécuritaire, stratégie qui prévaut désormais après les tentatives de dialogue inachevées que le président Mohamed Bazoum avait amorcées avant le coup d’État de juillet 2023, a poussé une partie d’entre eux à rejoindre les rangs de l’État islamique, qui recrutait plus parmi les Peuls que parmi les Daoussahak.