Ébola en RDC: l’épidémie continue à s’étendre, plus de 400 morts

L’épidémie d’Ébola en République démocratique du Congo (RDC), qui a fait plus de 400 morts, selon un dernier bilan jeudi, continue à s’étendre avec un cas récemment confirmé à Kisangani, la grande ville du nord-est située à près de 600 km du foyer de la crise.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a déclenché une alerte sanitaire internationale, a annoncé jeudi le début d’un essai clinique pour tenter de mettre au point un traitement.

La 17e épidémie en RDC, déclarée officiellement le 15 mai, est causée par le virus Bundibugyo pour lequel il n’existe ni vaccin, ni traitement. Ébola, qui provoque un fièvre hémorragique, a provoqué la mort de plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années. L’épidémie la plus meurtrière en RDC avait fait près de 2.300 morts pour 3.500 malades recensés, entre 2018 et 2020.

«L’essai clinique portant sur deux traitements a débuté avec le recrutement du premier patient», a dit au cours d’une conférence de presse à Genève le patron de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Au total, 438 décès et 1.406 cas ont été recensés jusqu’ici, soit un taux de létalité de 31,2%, selon l’Institut national de santé publique (INSP) congolais. Le foyer de la crise, dont l’ampleur réelle est encore difficile à évaluer, se situe dans la province de l’Ituri, frontalière du Soudan du Sud et de l’Ouganda, ainsi que dans les provinces proches du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

En Ouganda, 20 cas dont deux décès ont été enregistrés. Aucun nouveau cas n’a été signalé depuis le 21 juin mais un cas de fièvre hémorragique de Marburg, similaire à Ébola, a été détecté mardi, a souligné l’OMS jeudi.

«Les épidémies ne connaissent pas de frontières», a insisté jeudi le président de la RDC Félix Tshisekedi pendant une conférence de presse à Kinshasa à l’issue d’une visite officielle de son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa.

«La coopération sanitaire transfrontalière n’est pas une option, c’est une nécessité stratégique», a ajouté celui qui est à la tête de la République démocratique du Congo, un pays d’Afrique centrale ayant des frontières avec neuf États africains.

«En fuite»

«Lorsqu’un pays frère a besoin d’aide, nous répondons à cet appel», a acquiescé le président sud-africain, soulignant qu’un milliard et demi de dollars ont été mobilisés par les partenaires et les nations africaines (100 millions) en soutien à la riposte sanitaire en RDC.

L’épidémie, qui n’a pas encore connu son pic et qui survient au moment où les ONG sont confrontées à une baisse générale des aides internationales, pourrait coûter jusqu’à 3,6 milliards de dollars au continent africain, d’après un récent rapport du Programme des Nations unies pour le développement.

À Kisangani, une cité d’un million et demi d’habitants et capitale de la province congolaise de la Tshopo, un test récemment effectué sur la dépouille d’une femme de 24 ans s’est révélé positif, a noté l’INSP.

«Le corps de la défunte a été transporté clandestinement à moto vers Kisangani» à partir de la zone de santé de Nia Nia en Ituri, limitrophe de la Tshopo et située à environ 350 km, ont expliqué les autorités sanitaires.

La dépouille d’une victime d’Ébola est extrêmement contagieuse et, dans de nombreux cas, la maladie est transmise au cours de funérailles.

Un autre décès et un cas ont également été signalés en début de semaine dans la province du Haut-Uélé, voisine de l’Ituri. La personne contaminée est décrite par les autorités sanitaires comme étant «en fuite» depuis la zone santé de Nia Nia.

«Un business»

À l’épicentre de l’épidémie, soignants et humanitaires sont confrontés à une défiance des populations. Mercredi, un centre de santé consacré à Ébola et géré par les autorités sanitaires locales a été incendié dans la zone de Nia Nia, ont affirmé des sources locales à l’AFP.

Sept personnes, des cas suspects en isolement, ont pris la fuite, a dit le Dr Joseph Pemanakue, le médecin-chef de la zone.

Le centre abritait également deux corps de personnes probablement tuées par le virus. «Un groupe de jeunes s’est opposé» à leur inhumation sanitaire et a voulu les récupérer, «estimant que ces personnes n’étaient pas mortes d’Ébola et considérant que cette maladie est un « business »», a expliqué le Dr Pemanakue.

La police est intervenue en procédant à des tirs de sommation.

Les protestataires ont incendié les lieux.

Un policier a perdu la vie «après avoir été lynché par les manifestants» et deux jeunes ont été «grièvement blessés», a fait savoir le colonel Matadi Muyapandi, l’administrateur policier du territoire.

Les jeunes ont emporté les deux dépouilles: «c’est un risque majeur de propagation», a déploré le médecin-chef.

Plusieurs autres incidents ont été signalés depuis le début de l’épidémie, ralentissant une riposte sanitaire déjà difficile. Les structures de santé en Ituri manquent d’équipements et de matériel de base comme des kits de protection et du chlore. Les centres de traitement de l’Ébola sont saturés (138% d’occupation), déplore l’INSP.

Par Claire DOYEN / AFP

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