En Europe comme en Inde, « la souveraineté technologique est devenue un exercice de branding » (Dwaipayan Banerjee, MIT)
L’idée de souveraineté technologique, « buzzword » qui envahit l’espace médiatique économique depuis des mois, n’a rien de nouveau. Dans les pays décolonisés, comme l’Inde, développer une infrastructure technologique était même au cœur de la stratégie d’indépendance du pays. Mais pour le chercheur Dwaipayan Banerjee, ce rêve ne s’est pas concrétisé et l’Inde a finalement hérité du bas de l’échelle de valeur en termes de tech et d’IA : fournir en talents les entreprises étrangères, et absorber le coût foncier et environnemental des data centers.
Le professeur en sciences, technologies et société au MIT met notamment en cause des partenariats bien trop inégaux que l’Inde a noués avec des partenaires étrangers comme IBM. Cette histoire, racontée dans Computing in the Age of Decolonization (Princeton University Press, février 2026), devrait selon lui inspirer les dirigeants actuels à ne pas reproduire les mêmes erreurs. Pour le moment, il estime que les velléités de souveraineté de son pays, tout comme celles de l’UE, s’apparentent à une « mascarade » et ne tirent pas les leçons du passé.
LA TRIBUNE – L’Inde est un vivier de talents pour les entreprises technologiques américaines, elle est aussi un moyen de délocaliser une partie des services d’ingénierie. Mais ses compétences profitent très peu au pays, selon vous. Et ce alors que l’Inde visait une souveraineté technologique dès les années 1950. Comment l’expliquez-vous ?
DWAIPAYAN BANERJEE – Au moment de la décolonisation, de nombreux États récemment indépendants ont voulu utiliser la technologie comme pilier central de la politique industrielle afin de rattraper des siècles de négligence coloniale dans les domaines de la science, de la technologie et de l’industrie. L’idée était de reproduire une révolution industrielle dans un temps accéléré. En Inde, ce rêve initial s’est effondré à cause de la politique étrangère américaine, de leurs flux de capitaux, et de l’émergence d’une classe entrepreneuriale nationale, plus encline à travailler aux côtés des entreprises américaines, même si le modèle économique était extractif, parce que les profits à court terme en valaient la peine à leurs yeux.
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