Technologie. Nos voisins suisses construisent la batterie « la plus puissante au monde » à flux redox
Après le projet d’accélérateur du Cern, qui prévoit un tunnel de 91 km sous l’Ain, la Haute-Savoie et la Suisse, la région helvétique accueille un autre projet souterrain colossal…
À Laufenburg, dans le canton d’Argovie, le groupe suisse Flexbase creuse actuellement la plus grande fosse jamais réalisée en Suisse pour y installer une batterie à technologie redox à 27 mètres sous terre. Le projet, dont le coût est estimé entre 1 et 5 milliards de francs, est entièrement financé par des fonds privés.
L’installation sera capable d’injecter ou d’absorber en quelques millisecondes jusqu’à 1,2 gigawatt-heure d’électricité, soit une puissance comparable à celle d’un réacteur de la centrale nucléaire de Flamanville. Elle s’intégrera dans un vaste complexe de 20 000 m² comprenant un centre de données dédié à l’intelligence artificielle, des bureaux et des laboratoires. La mise en service est prévue pour 2029, avec la création d’environ 300 emplois.
Un rôle clé pour le réseau électrique
L’exploitant du réseau à très haute tension Swissgrid prévoit de s’y raccorder, une première en Suisse. Selon son porte-parole Gabriele Crivelli, « les grandes batteries peuvent stocker l’énergie quand il y en a beaucoup et en relâcher quand on en a besoin. Donc dans le futur, avec une production éolienne qui va fluctuer selon la météo, avoir cette flexibilité peut aider à stabiliser le réseau ».
Tout le monde n’est pas unanime. Tobias Schmidt, professeur de politique énergétique à l’ETH Zurich, estime que la technologie redox-flow (un processus de réduction-oxydation impliquant le transfert d’électrons entre électrolytes liquides, de gigantesques réservoirs remplis de liquide stockent l’énergie, transformée ensuite en électricité) telle que prévue à Laufenburg n’a aucune chance face aux batteries lithium-ion, dont la courbe d’apprentissage est jugée impressionnante, portée notamment par les investissements massifs dans les véhicules électriques en Chine.
En Europe, nous n’en sommes qu’au début de l’expérimentation de la technologie « redox », alors qu’elle est déjà éprouvée ailleurs sur le globe. Marcel Aumer, cofondateur de Flexbase, le confirme auprès de la RTS : « Le marché asiatique, avec le Japon en tête, a considérablement développé cette technologie. Aujourd’hui, le Japon, la Chine et la Corée du Sud ont environ sept ans d’avance sur nous Européens ».
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