Entretien sur le plateau de la RTN : Le ministre Bakary Yaou Sangaré décline son bilan et les nouvelles orientations diplomatiques du Niger

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Conformément aux instructions du Président de la République et dans un souci de redevabilité de l’action publique, les membres du gouvernement continuent de passer sur le plateau de la télévision publique (RTN) pour un entretien/bilan sur la conduite des affaires à la tête de leurs départements respectifs. Ainsi, le vendredi 8 mai passé, c’était au tour du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’extérieur d’être l’invité de la RTN. Au cours de cet entretien, M. Bakary Yaou Sangaré a passé en revue la nouvelle marche qui caractérise la diplomatie nigérienne, les efforts déployés par l’Etat pour améliorer l’image et les conditions de travail de nos chancelleries ainsi que les rapports avec les institutions internationales et la coopération bilatérales entre le Niger et ses différents partenaires.

D’entrée de jeu, le ministre Bakary Yaou Sangagaré a insisté sur les piliers essentiels qui guident la politique extérieure du Niger depuis le 26 juillet 2023. Ces 5 piliers sont l’affirmation de la souveraineté du Niger, le respect de ses choix stratégiques, la défense des intérêts supérieurs des populations nigériennes, la mobilisation de la diaspora et le renforcement de la Confédération AES. « De manière plus générale, elle est axée sur le respect des principes et idéaux énoncés dans la Charte des Nations Unies et celle de l’Union Africaine, notamment la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, la coexistence pacifique, le bon voisinage, le panafricanisme », a-t-il précisé.

Une bonne image et de la visibilité du Niger à l’international

Cette politique extérieure poursuit aussi l’objectif d’amélioration de la visibilité du Niger à l’international. Sur ce point, plusieurs actions ont été menées par le Ministère au courant de l’année 2025 parmi lesquelles, on peut citer l’ouverture de nouvelles ambassades (Russie, Burkina, Iran, Espagne), de nouveaux consulats généraux (à Sebha et à Benghazi, tous deux en Libye). En plus, l’ouverture de nouvelles représentations diplomatiques et consulaires respectivement à Ottawa (Canada) et à Libreville (Gabon) est en perspective.

Dans la même optique, l’on note avec le ministre, la nomination en 2025 de vingt-quatre (24) Chefs de Missions Diplomatiques et Postes Consulaires du Niger, traduisant la représentation et la projection du Niger à l’international. Ces nominations concernent les circonscriptions diplomatiques d’Abidjan, Cotonou, Dakar, Abuja, N’Djamena, Yaoundé, Addis Abeba, Pretoria, Tripoli, Rabat, Doha, Djeddah, Koweït City, New Delhi, Rome, Berlin, Bruxelles, UNESCO, Madrid, Genève, Washington, Kano, Sebha, Benghazi.

En outre, 28 Chefs de Missions diplomatiques auprès du Niger, dont 18 résidents ont été accrédités. A cela, il faut ajouter les visites de délégations nigériennes à l’extérieur (22) ou celles de délégations étrangères au Niger (34), la participation active du Niger à un nombre important de réunions et conférences internationales. « Ces participations, couvrant une large gamme d’enjeux, témoignent de la présence dynamique et de la visibilité de notre pays sur la scène bilatérale et multilatérale », estime le Chef de la diplomatie nigérienne.

Un autre aspect du dynamisme de l’action diplomatique nigérienne se mesure à travers le placement des Nigériens dans les Organisations Internationales. A ce sujet, le ministre cite, entre autres, l’élection du Niger au Secrétariat Exécutif de l’Agence Africaine de la Grande Muraille Verte, la réélection au Comité des Nations Unies pour les droits des migrants et de leurs familles, l’élection du Niger au comité des Nations Unies pour l’Elimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes puis au Conseil des gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), au Conseil de la FAO, à la CNUCED, au Conseil d’Administration du BIT, au Comité de Coordination de la Convention sur les armes à sous-munitions ; la nomination prochaine pour la toute première fois d’un cadre nigérien comme Recteur à l’Université Islamique au Niger, sans oublier le processus de nigériennisation des postes au sein des sociétés, représentations diplomatiques et postes consulaires ainsi qu’au sein des Organisations Internationales accréditées au Niger.

  Une nouvelle approche du partenariat stratégique

Depuis le 26 juillet 2023, le Niger est sorti de la posture où ses partenaires lui sont imposés. « Notre nouvelle posture diplomatique est fondée sur la souveraineté et le partenariat d’égal à égal, plutôt que sur l’aide, qui est avilissante », a déclaré le ministre Bakary Yaou Sangaré. Dans cette dynamique, le Niger peut librement avoir des partenariats stratégiques avec des puissances concurrentes. Le plus important reste, selon le chef de la diplomatie nigérienne, le respect de la souveraineté du Niger, de ses choix stratégiques et de ses intérêts vitaux, mais aussi un partenariat équilibré.

C’est ainsi que le Niger a scellé et renforcé des partenariats stratégiques globaux avec notamment la Russie, la Turquie et bien entendu avec les Pays membres de la Confédération des Etats du Sahel. Outre le domaine économique, ces derniers sont des partenaires sécuritaires centraux. « Le Niger justifie de bonnes relations de coopération avec le Venezuela, le Vietnam, l’Inde, la Chine, l’Iran et la Serbie. Sur le continent, notre pays a renforcé sa coopération avec l’Algérie, le Maroc, la Libye, l’Egypte, le Togo et le Tchad », précise le ministre Bakary.

Bref, il s’agit d’une diplomatie totalement décomplexée. C’est donc dans la droite ligne de cette nouvelle conduite que le Niger a revu les partenariats qui le lient avec certains pays ou institutions. Ceux d’entre ces accords jugés déséquilibrés ont été dénoncés. C’est le cas des accords qui liaient le Niger à la France, à EUCAP Sahel, aux USA, au Bénin ; les accords de siège avec MSF et CICR ; les accords multilatéraux avec les retraits du Niger de certaines organisations comme le G5 Sahel, l’OIF, la CEDEAO, la CPI. Il y a aussi les accords commerciaux ayant conduit à la nationalisation de plusieurs sociétés comme la SOMAIR. « Le Niger ne s’est pas contenté de dénoncer les accords, il a renégocié certains et signé de nouveaux. Au total nous avons signé 51 nouveaux accords depuis mon dernier passage sur ce plateau », relève le ministre des Affaires étrangères. Ces partenariats ont abouti à la construction de 64 unités industrielles ayant permis la création de plus de 7 000 emplois. De même, six (06) commissions mixtes bilatérales de coopération et/ou négociations intergouvernementales ont été tenues ainsi que des réunions périodiques avec le corps diplomatique accrédité au Niger sur la vie sociopolitique du pays.

Dans cette nouvelle marche, le Niger impose l’alignement systématique des interventions des partenaires sur les priorités définies par le gouvernement. De même, le pays applique systématiquement la réciprocité par rapport à toute mesure prise à son encontre (visas, expulsion).

Des rapports avec certains pays et institutions

Relativement aux rapports avec certains pays de la sous-région comme le Nigeria, le Bénin et la Côte d’Ivoire, le ministre des Affaires étrangères a rappelé que le Niger est attaché au bon voisinage et à la coexistence pacifique entre Etats. « Mais la forte hostilité manifestée par ces pays à l’endroit du Niger, allant jusqu’à servir de bases arrière aux manœuvres de déstabilisation de notre pays a créé un climat de tension et de suspicion. Aucune coopération sécuritaire n’est possible sans la confiance. Nous devons donc travailler au préalable à la restauration de cette confiance », a-t-il précisé.

Avec l’Union Africaine, bien que le Niger reste encore suspendu de cette organisation tout comme les deux autres pays de l’AES, le dialogue existant s’est renforcé depuis la prise de fonction du nouveau Président de la Commission. En outre, Dr Mamadou Tangara qui a été nommé à la tête de la Mission de l’UA au Mali et au Sahel, MISAHEL, a initié un cadre de dialogue entre l’UA et les pays du Sahel. Il a d’ailleurs effectué des missions de concertation dans les pays de L’AES et organisé un atelier de haut niveau sur la paix et la stabilité au Sahel du 23 et 24 avril 2026 à Banjul. Des contacts sont réguliers. « D’ores et déjà, nos Représentants Permanents à Addis participent aux réunions techniques sur le Sahel », précise le ministre qui ajoute que les relations avec les Nations Unies sont totalement normalisées. « Le Niger a repris sa place dans le concert des Nations et participe activement aux travaux de l’AG et des autres organes des NU. Le système des NU maintient sa présence au Niger à travers ses différentes agences et les visites et échanges de délégations de haut niveau », a-t-il relevé. A ce jour on dénombre 34 ambassades et consulats ainsi que 35 Organisations internationales accréditées au Niger.

Avec la CEDEAO, il y a une reprise progressive du dialogue entre les deux parties, sans remise en cause des positions de principe, dans une approche plus pragmatique.

La diaspora, un acteur à part entière pour le développement

Dans cette marche pour l’édification d’un Niger nouveau, la diaspora est appelée à jouer un rôle important. Pour ce faire, plusieurs actions sont engagées dont le lancement d’un processus d’élaboration d’une stratégie visant à renforcer la contribution de la diaspora au développement économique, social et culturel du Niger. En outre, il faut relever déjà l’implication active de la diaspora aux Assises nationales ainsi que sa représentation au Conseil Consultatif de la Refondation. Le ministère a également procédé à un travail d’identification des compétences issues de la Diaspora ; la préparation du Forum d’investissement de la diaspora prévu en 2026 à Niamey et la mise en place d’un comité technique chargé de la révision des textes du HCNE en prélude à la tenue de son Assemblée Générale.

Ces initiatives vont également de pair avec la protection des Nigériens à l’Extérieur. Ce qui se traduit par l’identification des ressortissants avec délivrance de cartes consulaires ; le renouvellement et/ou la mise en place de tous les bureaux pays du HCNE (31) ; la mise en œuvre des actions en faveur des Nigériens de l’extérieur avec 9 534 bénéficiaires assistés par les Missions diplomatiques dans des situations diverses (litiges, vulnérabilités, difficultés sociales et familiales) ; l’organisation d’opérations de rapatriement avec 69 176 ressortissants assistés depuis 2023 ; l’ouverture de nouveaux postes consulaires dans des pays à fortes communautés nigériennes.

Un service diplomatique à la hauteur des ambitions du Niger

Dans le contexte actuel de conquête de sa souveraineté, le Niger se doit de disposer de services diplomatiques à la hauteur de ses ambitions. Ce qui implique une amélioration de la qualité des représentations diplomatiques et postes consulaires qui passe nécessairement par le renforcement du patrimoine immobilier, mobilier et financier.

Ainsi d’après le ministre chargé des Affaires étrangères, le patrimoine immobilier du Niger à l’extérieur est composé de 34 propriétés, deux en litige et 8 terrains. Ce qui, estime-t-il, traduit un effort progressif visant à améliorer les conditions de travail du personnel diplomatique, à réduire les charges locatives et à renforcer l’image du Niger à l’étranger. Aussi, depuis 2023, l’Etat fournit des efforts en investissant dans la modernisation, l’extension, la construction, la réhabilitation, l’acquisition des emprises diplomatiques. « Au titre de l’année 2025, les investissements ont concerné quinze immeubles dont 12 réhabilitations à Rome, Paris, Bruxelles, Berlin, New York, Washington, Accra, Kano, Cotonou, Abidjan, Dakar, N’Djamena ; 2 acquisitions à Pretoria et la poursuite des chantiers en cours à Addis-Abeba », précise le ministre Bakary Yaou Sangaré.

Ces efforts concernent aussi les ressources humaines. C’est ainsi que le Ministère a procédé au renforcement des capacités de 364 agents à travers des formations dans plusieurs domaines clés, notamment la Gestion Axée sur les Résultats, le Nation Branding, les techniques de négociation, la rédaction diplomatique et les règles du protocole. A moyen terme, le Ministère a déjà placé six étudiants en spécialisation au Maroc en droit minier et pétrolier et en négociations de contrats. Par ailleurs, le Ministère a bénéficié de dix bourses dans les mêmes spécialisations offertes par la coopération turque à compter de septembre prochain. Enfin, le Ministère a également mis en place un dispositif institutionnel de formation avec la création de l’Institut National des Études Diplomatiques et Stratégiques (INEDS) dont les statuts ont été approuvés en janvier 2026.

Une coordination diplomatique renforcée

Avec la création de la Confédération des États du Sahel (AES), le Niger, le Mali et le Burkina Faso coordonne leur diplomatie à travers notamment les trois piliers sur lesquels se fonde l’AES à savoir Défense/Sécurité, Diplomatie et Développement. Par rapport au pilier Défense/Sécurité, l’on note la création et l’opérationnalisation de la Force Unifiée (FU) de l’AES avec un Etat-major intégré installé à Niamey. « Cette force intervient actuellement au Mali suite aux attaques terroristes du 25 avril 2026 », confie le ministre Bakary. A cela, il faut ajouter la signature et la ratification par le Niger du protocole additionnel relatif à la défense et à la sécurité ainsi que l’émission de la carte nationale biométrique de la Confédération AES en vue de garantir en toute sécurité la libre circulation des personnes.

Sur le plan de la Diplomatie, il y a lieu de relever  la signature et la ratification par le Niger du protocole additionnel relatif à la coordination de l’action diplomatique ; la tenue des consultations et concertations sur les grands enjeux internationaux en vue d’harmoniser les positions et parler d’une seule voix sur la scène internationale ; la coordination de la participation aux réunions et foras ; l’élaboration d’une carte diplomatique commune AES ; la création de groupes de concertations AES au niveau des Missions Diplomatiques et Postes Consulaires.

Sur le plan du développement, le ministre a rappelé la signature et la ratification par le Niger du protocole additionnel relatif à la coordination des actions de développement ; la création de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES) ; d’une chaîne de télévision et d’une radio confédérale. Le Niger a également signé et ratifié le protocole additionnel relatif aux sessions confédérales des parlements. « Comme on peut le constater en moins de deux ans d’existence, la Confédération AES a réalisé des avancées notables dans son processus d’opérationnalisation », a estimé le ministre.

Au terme de cet entretien, le ministre Bakary Yaou Sangaré, a rendu hommage aux victimes civiles et militaires du terrorisme. Il a salué la résilience de nos populations face aux défis qui nous sont imposés et a appelé à l’unité et à la solidarité des Nigériens derrière leurs dirigeants. Tout en réaffirmant la disponibilité du Niger à coopérer avec tous les partenaires dans le respect de sa souveraineté et de sa dignité, le chef de la diplomatie nigérienne a souligné l’attachement sans concession du pays à la non-ingérence dans les affaires intérieures des États ainsi qu’au respect du droit international.

Siradji Sanda (ONEP)

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