Le dernier rapport mondial d’Amnesty International dresse un tableau particulièrement préoccupant de la situation des droits humains en Guinée en 2025. Entre restrictions politiques, répression des manifestations, disparitions forcées et décisions judiciaires controversées, l’année écoulée apparaît comme un tournant critique pour la transition politique du pays.
L’année a été marquée par une transformation institutionnelle majeure. Une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en septembre avec près de 90 % des suffrages selon la Cour suprême, a prolongé le mandat présidentiel de cinq à sept ans.
L’élection présidentielle du 28 décembre a cependant cristallisé les tensions, les partis d’opposition dénonçant la candidature du président de transition Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par coup d’État en 2021. « La transition guinéenne s’est déroulée dans un climat de contestation permanente, nourri par la perception d’une prolongation du pouvoir militaire sous une forme institutionnalisée.»
Suspension de partis, pression sur les médias et liberté d’expression fragilisée
Les autorités ont suspendu plusieurs partis politiques et médias au cours de l’année. En août, trois grandes formations de l’opposition ont été suspendues pour trois mois pour non-respect présumé de leurs obligations administratives.
Des journalistes ont également été interrogés par la police pour la diffusion d’une version jugée erronée du projet constitutionnel. Le site d’information Guineematin a, lui, été suspendu temporairement par la Haute Autorité de la communication. « La multiplication des suspensions administratives révèle une stratégie de contrôle de l’espace politique et médiatique à l’approche des échéances électorales. »
Manifestations interdites et répression meurtrière
L’interdiction générale des manifestations instaurée en 2022 est restée en vigueur. Malgré cela, une mobilisation organisée en janvier par les Forces vives de Guinée a été réprimée. Selon l’opposition, trois jeunes manifestants ont été tués. « La persistance de l’interdiction des rassemblements publics a profondément restreint l’expression du pluralisme politique et du droit à la contestation. »
Disparitions forcées et enlèvements
Le rapport souligne une série d’enlèvements visant militants, opposants et personnalités critiques du pouvoir.
Parmi les cas cités :
Abdoul Sacko, retrouvé torturé après son enlèvement.
Mohamed Traoré, ancien bâtonnier, enlevé puis relâché.
Des proches de l’artiste et opposant Elie Kamano portés disparus.
Deux dirigeants du FNDC toujours introuvables fin 2025.
« La répétition des disparitions forcées nourrit un climat de peur et d’intimidation incompatible avec un processus de transition démocratique crédible. »
La grâce accordée à Moussa Dadis Camara
L’une des décisions les plus controversées de l’année reste la grâce présidentielle accordée en mars à l’ancien chef de l’État Moussa Dadis Camara, condamné en 2024 à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité liés au massacre du 28 septembre 2009. « La libération anticipée de Moussa Dadis Camara a suscité de sérieuses inquiétudes quant à l’indépendance de la justice et au droit des victimes à la vérité et aux réparations.»
Le rapport pointe également des violations des droits des travailleurs sur les plantations publiques d’hévéa et de palmier à huile dans la région de Nzérékoré : salaires inférieurs au minimum légal et conditions dangereuses. « Les atteintes aux droits économiques et sociaux rappellent que la crise des libertés en Guinée dépasse la seule sphère politique. »
Un élément positif est toutefois relevé : l’interdiction nationale temporaire de coupe et de transport du bois durant la période de repos biologique. Cette décision vise à freiner la déforestation, alors que la Guinée a perdu près de 30 % de son couvert forestier en 30 ans. « La protection des ressources forestières apparaît comme l’un des rares domaines où les autorités ont engagé des mesures préventives significatives. »
Au terme de ce bilan, Amnesty International appelle les autorités guinéennes à garantir les libertés fondamentales, à faire toute la lumière sur les disparitions forcées et à restaurer la confiance dans la justice. « L’année 2025 laisse apparaître une transition politique fragilisée par la restriction des libertés civiles et la persistance d’une gouvernance sécuritaire.»
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