In English only chez Air Canada: un voyageur raconte sa mésaventure

Pour s’être offusqué que le personnel de bord d’un vol d’Air Canada entre Montréal et Moncton ne soit pas capable de lui parler en français, un résident de Dieppe a eu la surprise d’être escorté par la police à la sortie de l’avion.

C’est une drôle de fin de voyage qu’a connue Luc Swanson, alors qu’il revenait d’Europe le jeudi 14 mai.

En compagnie d’un ami, ce retraité de Dieppe a pris le vol AC2040 d’Air Canada entre Montréal et Moncton. Mais auparavant, les deux hommes, partis d’Amsterdam le matin, avaient une escale de huit heures à Montréal-Trudeau.

«C’est long, huit heures, alors qu’est-ce que tu fais à l’aéroport? Tu prends un coup», raconte-t-il le plus naturellement du monde.

Pas question de se ruiner dans les restaurants de l’aéroport: les deux amis prennent donc un taxi et vont boire quelques bières dans un bar de Dorval.

Plus tard, dans l’avion entre le Québec et le Nouveau-Brunswick, ça ne manque pas: M. Swanson ressent le besoin d’aller aux toilettes.

Un peu inattentif, il ferme mal la porte, ce dont il se rend compte alors qu’il a déjà le dos tourné: quelqu’un la claque derrière lui.

En sortant, il se trouve face à une agente de bord à qui il aurait dit en riant: «Ouais, ça a l’air que j’avais mal fermé la porte!» La réponse qu’il reçoit est moins enjouée: «I don’t speak French.»

Ce que cette hôtesse ne sait pas, c’est qu’elle a face à elle un ardent défenseur du fait français. Luc Swanson cherche en effet toujours à se faire servir en français, même si c’est de plus en plus difficile à Dieppe.

Alors dans un avion d’Air Canada, une compagnie assujettie à la Loi sur les langues officielles, il n’allait pas laisser passer ça.

«Comment ça, elle ne parle pas français sur un vol entre Montréal et Moncton? J’ai chialé, et elle n’a pas aimé que je chiale», rapporte-t-il, tout en précisant qu’il n’a nullement été menaçant.

L’agente finit par lui ordonner de retourner s’asseoir, toujours en anglais. Il s’exécute, mais au bout de quelques pas, ne peut s’empêcher de lui lancer une pointe.

«Je me suis retourné et je lui ai dit, en anglais, “Are you the daughter of Michael Rousseau?”», référence au PDG d’Air Canada incapable de s’exprimer dans la langue de Molière.

L’histoire aurait pu en rester là. Mais quelques minutes plus tard, une autre agente de bord vient porter un papier à Luc Swanson. Il s’agit d’un avertissement formel, de la part du capitaine de l’avion, qui lui indique que son comportement pourrait représenter une infraction criminelle.

Insulte supplémentaire, alors que le document est écrit dans les deux langues officielles, seul le côté anglais a été rempli.

Pourtant, même l’anglophone le plus unilingue saurait remplir le côté français s’il s’en donnait l’effort: les seules données à renseigner sont le nom du passager, son numéro de siège et le numéro du vol.

Luc Swanson y voit une manière de le «crinquer» encore plus. Il n’est toutefois pas au bout de ses surprises…

En effet, à l’arrivée à Moncton, alors que les passagers se lèvent pour récupérer leur bagage à main, un ordre retentit dans l’avion, toujours in English only d’après M. Swanson: celui de rester assis. Et voici que des policiers arrivent pour venir le chercher…

«J’avais quatre policiers pour m’escorter! Ils avaient reçu une plainte. On s’est parlés, et j’ai vu à leur expression faciale que ça les embêtait d’être venus rien que pour ça.»

Air Canada a confirmé à l’Acadie Nouvelle «qu’un passager a dû être escorté hors de l’avion compte tenu de son comportement», mais n’a pas voulu donner davantage de détails.

Quant à la GRC, elle a également confirmé qu’elle était intervenue pour «un passager perturbateur», mais qu’«à aucun moment il n’y a eu de risque pour le public» et qu’«aucune enquête n’est en cours».

«La seule affaire qu’ils m’ont dite, c’est “T’as pris un petit coup, hein? Tu ne t’en vas pas chez vous avec ton char!”», relate Luc Swanson.

Le Dieppois assure toutefois que ses quelques bières de Dorval n’ont pas affecté son comportement.

«J’aurais fait la même chose s’il était 8h le matin et que je n’étais pas capable de me faire servir en français», jure-t-il, alors qu’il réfléchit à porter plainte auprès du Commissariat aux langues officielles.

Il a tout de même une crainte: celle d’être placé sur une liste noire et de ne plus pouvoir voyager avec Air Canada pour une certaine période. Tout ça pour avoir voulu parler français…

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