La chaleur menace d’aggraver l’incendie qui ravage la région de Bordeaux, en France

Un incendie de forêt couvrant une superficie quatre fois supérieure à celle de Paris n’était toujours pas maîtrisé, mercredi, dans le sud-ouest de la France — alors que deux pompiers ont perdu la vie en Grèce et que les équipes d’intervention de toute l’Europe du Sud étaient confrontées à une combinaison accablante de chaleur, de sécheresse et de vents violents.

Ces décès en Crète ont donné une nouvelle dimension tragique à une crise d’incendies qui s’étend de la côte atlantique à la Méditerranée orientale. Au plus fort des évacuations, 300 000 personnes ont dû quitter leurs domiciles et leurs lieux de vacances en France et en Espagne.

Les autorités de la Gironde ont indiqué que l’incendie ne s’était pas propagé davantage au cours d’une nuit calme, mais ont averti que la chaleur (qui devait atteindre 40 °C) et les vents prévus pendant la journée pouvaient faire reprendre de plus belle les flammes.

Le terrain était si inflammable que les enquêteurs pensent que des travaux de débroussaillage de routine effectués à proximité d’une ligne à haute tension pourraient avoir déclenché l’incendie, même si ces travaux semblaient conformes à la réglementation.

Au centre de commandement de Lège, les pompiers se penchaient sur des cartes étalées sur le capot d’une voiture, tandis que les commandants surveillaient les zones plus à risque: le nord du Cap-Ferret; le couloir boisé autour de Marcheprime, Cestas et Saint-Jean-d’Illac; et un site militaire près de Martignas, où un important foyer d’incendie a nécessité un déploiement important.

Plus de 2200 pompiers et plus de 20 appareils restaient mobilisés, soutenus par des équipes venues de toute la France et par des partenaires européens.

«Nous intervenons rapidement et avec force dès l’apparition de tout nouveau dégagement de fumée», a expliqué Matthieu Jomain, commandant des pompiers de la Gironde.

En plus du centre de commandement, les civils tentaient eux-mêmes de tenir la ligne. À Souge, des bénévoles se sont massés aux abords des chemins de terre tandis qu’un conducteur de pelleteuse local labourait le sol encore en feu, essayant d’empêcher les flammes de revenir lorsque le vent d’ouest annoncé se lèverait. À Lacanau, les habitants pompaient l’eau d’un lac pour remplir des citernes destinées aux foyers d’incendie et aux réservoirs des pompiers.

«Si un jour un incendie se déclarait dans notre coin, je sais très bien que tous les gens d’ici feraient la même chose pour nous», a déclaré Flavien Dubuch, 33 ans, qui a fait le trajet depuis Saint-Émilion avec son père pour apporter son aide.

La journée la plus chaude de la semaine

La progression des grands incendies a été stoppée dans les Landes et le Var. La Gironde est désormais le théâtre du plus grand combat contre les feux de forêt encore en cours en France, a indiqué le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

À son apogée, l’incendie a contraint 220 000 personnes à fuir. Depuis, des dizaines de milliers d’entre elles ont été autorisées à rentrer chez elles, mais les autorités ont averti que le danger n’était pas encore écarté.

La chaleur extrême assèche la végétation et fait baisser le taux d’humidité, transformant les herbes, les broussailles et la litière forestière en combustible qui brûle plus rapidement. Les vents peuvent projeter des braises d’un côté à l’autre des pare-feu et déclencher de nouveaux fronts d’incendie.

Météo-France avait prévenu que mercredi serait la journée la plus chaude et la plus sèche de la semaine, avec un risque élevé d’incendie de forêt dans toutes les régions du pays.

La sécheresse touche désormais la France métropolitaine et la Corse, les sols approchant le niveau de sécheresse record atteint en août 2022, a précisé l’agence.

La fumée provenant des incendies de Gironde et des Landes a également déclenché un épisode de pollution aux particules qui se poursuit actuellement dans ces deux départements, ont indiqué les observatoires régionaux de la qualité de l’air.

La préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a indiqué que la situation était toujours compliquée, bien qu’elle ait autorisé le retour de 60 000 personnes évacuées dans trois banlieues bordelaises épargnées par le feu.

Ces mouvements contradictoires — des milliers de personnes évacuées des stations balnéaires tandis que d’autres revenaient — témoignent de la précarité de la situation.

Les perturbations s’étendaient au-delà de la zone incendiée, en pleine saison touristique à Bordeaux.

Édouard le Grix de la Salle, qui gère le château Le Grand Verdus avec son frère, a indiqué que les appels officiels à éviter la région menaçaient son activité d’œnotourisme. «Comment n’ont-ils pas pensé à protéger ce secteur?», a-t-il demandé à l’Associated Press.

À un moment, l’incendie de la Gironde a donné naissance à un nuage d’orage noir, électrisé et allumé de l’intérieur, qui a généré des éclairs, des vents violents et de nouveaux incendies au-delà du front initial. Ce pyrocumulonimbus était le premier enregistré en France.

Deux pompiers ont trouvé la mort mercredi alors qu’ils luttaient contre un incendie de forêt dans la région de Réthymnon, en Crète, selon le service des pompiers grec. Ils faisaient partie des quelque 125 pompiers qui combattaient les flammes attisées par des vents violents, avec 4 hélicoptères et 4 avions bombardiers d’eau déployés.

Les pompiers ont déclaré qu’ils étaient morts «dans l’exercice de leurs fonctions, afin de protéger la vie et les biens des citoyens ainsi que l’environnement naturel».

Quatrième vague de chaleur en Espagne

Au plus fort des évacuations, environ 330 000 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile et les lieux de vacances à travers la France et l’Espagne.

Des dizaines de milliers de personnes ont commencé à rentrer chez elles dans le centre de l’Espagne après que les pompiers ont fait des avancées dans la lutte contre les incendies autour de Madrid et d’Ávila. Les ordres d’évacuation ont été levés pour environ 20 000 personnes dans la région de Madrid, tandis que les restrictions de confinement ont pris fin pour 14 000 autres.

Mais 10 000 personnes restent soumises à des ordres d’évacuation à Castellón, où un incendie était toujours hors de contrôle alors que l’Espagne se prépare à affronter sa quatrième vague de chaleur de l’été.

Malgré tout, les autorités espagnoles ont commencé à lever les ordres d’évacuation et de confinement pour des milliers de personnes après que les pompiers eurent réalisé des progrès.

Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 1160 kilomètres carrés ont brûlé en France cette année.

L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde, à un rythme plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale, selon le service climatique Copernicus de l’Union européenne.

L’Europe occidentale a enregistré son mois de juin le plus chaud jamais observé, la chaleur extrême et la sécheresse généralisée ayant contribué à la propagation et à l’intensification des incendies.

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Elena Becatoros, Suman Naishadham, Alex Turnbull, John Leicester et Masha Macpherson ont contribué à cette dépêche.

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