La victime de Dominique Laroche «étouffée» par le secret

La femme n’avait que 13 ans lorsque Laroche l’a touchée pour la première fois. Lui, il en avait 47.

«Je vivais à tous les instants sous un poids étouffant, dans une atmosphère d’angoisses terribles.»

Dominique Laroche a été reconnu coupable de contacts sexuels en septembre 2025, après avoir agressé sa victime pendant plusieurs années. Il a abusé de sa confiance, en utilisant l’autorité qu’il avait auprès d’elle pour assouvir tous ses fantasmes sexuels.

L’homme de 65 ans se servait de cette adolescente comme d’une maitresse, à l’abri des regards de tous. Aujourd’hui, cet accablant secret n’existe plus.

Jeudi, la victime de l’ex-skieur acrobatique a livré un poignant témoignage, afin de décrire les conséquences des crimes sur sa vie.

Des histoires «irracontables»

«J’étais terrifiée. J’étais persuadée que si je racontais ce que je vivais à qui que ce soit, je briserais tout. J’étais prisonnière. Je me souviens à quel point ma solitude était profonde», souffle-t-elle.

Au fil du temps, pendant son adolescence, le fameux secret est devenu «incompréhensible» pour elle. «J’en parlais à certaines amies, mais je sentais l’immense décalage entre ma vie et la leur.»

Elle ne connaîtra jamais les premières expériences de jeunes filles avec de jeunes garçons, qui se veulent innocentes. Dominique Laroche l’a entraînée dans sa «chambre du sexe» avec ses nombreux jouets sexuels fabriqués à la main, lorsqu’elle n’avait que 14 ans.

«Mes histoires étaient irracontables. Mon adolescence s’est passée comme ça: à la manière d’un lent cauchemar au cours duquel je restais éveillée, les yeux ouverts sans pouvoir rien dire», décrit la femme, aujourd’hui âgée de 31 ans.

À l’âge adulte, la jeune femme a consulté de nombreux professionnels, tels que des psychologues, pour parler des «perversions» auxquelles elle se soumettait. Même devant ces professionnels, elle n’avait pas la force de parler.

«J’étais écrasée par l’incompréhension, par la violence des choses qu’on me faisait faire, et par le poids de cet insupportable secret.»

—  La victime de Dominique Laroche

Honteuse

La femme de 31 ans s’est longtemps sentie valorisée par Dominique Laroche, en sachant que ce sentiment était «tordu, illogique et contradictoire».

«Et il y avait aussi, le plus inavouable, cet amour tabou, qu’en dépit de tout, je lui portais. J’étais tiraillée de tous les côtés. Alors j’enfouissais ces horreurs en moi.»

Selon elle, Dominique Laroche a mis fin à son enfance «de façon brutale» dès les premiers contacts sexuels. Il lui a privé du développement psychologique et sexuel normal pour une jeune fille.

Les violences sexuelles endurées «ont porté de durs coups» sur son intégrité physique.

«Mon corps de jeune fille a durement encaissé ces années, mais les blessures les plus profondes, les plus douloureuses, ont été psychologiques… Mes pensées, mes émotions ont été volées, puis polluées par les fantasmes dérangés d’un esprit malade.»

—  La victime de Dominique Laroche

Aux yeux de la victime, les gestes de l’ex-skieur acrobatique l’ont rendue «indigne d’un bonheur normal», pendant trop longtemps. «Les abus et les agressions sexuelles auxquels j’ai été exposée pendant toutes ces années ont complètement bouleversé mon rapport à la sexualité, m’empêchant de développer mes propres repères, me poussant à confondre le sexe avec l’amour.»

La jeune femme sait aujourd’hui qu’elle a été manipulée. «Il m’a traitée comme son objet. Sans ménagement ni retenue. Sans la moindre précaution pour mon innocence, pour ma fragilité. Cet homme m’a causé un tort irréparable, et qui me suivra toute ma vie.»

Processus judiciaire difficile

La jeune femme dit aussi avoir traversé un processus judiciaire douloureux, avec un accusé qui continue de nier les faits et d’étirer les procédures.

Elle a dû raconter les moments «les plus honteux» de sa vie, dans les moindres détails. L’affaire a retenu l’attention médiatique. Par moments, la jeune femme avait l’impression que son histoire était sur toutes les lèvres.

Dans sa saisissante déclaration, elle a réservé ses derniers mots pour ses proches, les membres de sa famille, en les remerciant d’avoir été à ses côtés durant toutes ces années.

Avant de dénoncer Dominique Laroche, la jeune femme pensait à tort qu’elle allait perdre sa famille pour toujours, devant cet immense secret qu’elle croyait inavouable.

L’accusé de 65 ans n’a eu aucune réaction pendant la lecture de la déclaration. Installé dans le box des détenus, entouré de deux agents correctionnels, il n’a pas bronché.

Nouvelle preuve à présenter

Quelques secondes après la déclaration poignante de la victime, l’avocate de la défense a annoncé le dépôt d’une requête en réouverture d’enquête après le verdict, afin de présenter une nouvelle preuve.

La procédure interrompt l’étape des observations sur la peine.

Selon Me Maria Vivas Rodriguez, la victime aurait omis de mentionner certaines choses dans son témoignage, pendant le procès. Ces éléments affecteraient sa crédibilité, selon elle, ce qui pourrait modifier le verdict rendu.

L’avocate n’a pas exclu l’idée de forcer la plaignante à s’expliquer de nouveau.

La juge Marie-Claude Gilbert a insisté sur le caractère exceptionnel d’une telle requête. Ces nouveaux éléments — importants aux yeux de la défense — doivent satisfaire des critères stricts, afin de modifier un verdict de culpabilité.

«On parle d’une preuve importante, il faut être dans ces paramètres-là. Vous avez une côte à remonter, comme on dit», souligne la magistrate.

Me Vivas Rodriguez dispose de deux semaines pour formuler une requête écrite, qui précise la nature de ces nouveaux éléments d’enquête. Il a aussi été question de faire témoigner l’ancien avocat de Laroche, Me Charles Levasseur, afin de l’interroger sur l’utilisation de cette preuve en défense.

Le secret professionnel, auquel Me Levasseur est toujours soumis, devra à ce moment être révoqué devant le tribunal.

La juge Gilbert devra ensuite accepter ou non la requête. Après cette étape, les observations sur la peine pourront se poursuivre, où Dominique Laroche prévoit témoigner.

La poursuite, menée par Me Michel Bérubé, entend suggérer une peine de pénitencier importante.

La cause doit revenir devant la cour le 2 juin, afin de faire le point sur la suite des choses.

L’identité de la victime est toujours protégée par une ordonnance du tribunal.

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