« Mes pensées, mes émotions ont été volées, puis polluées par les fantasmes dérangés d’un esprit malade », a témoigné la victime de Dominique Laroche lors des observations sur la peine de l’ex-skieur acrobatique, jeudi au palais de justice de Québec.
Celle qui porte le poids de nombreuses agressions sexuelles commises durant son adolescence a vu ses blessures psychologiques accentuées par le long processus judiciaire. Et il n’est pas terminé.
La nouvelle avocate de l’homme de 65 ans a annoncé une nouvelle requête qui prolonge les audiences d’un dossier amorcé il y a cinq ans.
J’avais 13 ans
En attendant le débat juridique annoncé par la défense, la victime a tenu à livrer son témoignage sur les conséquences du crime, pour se libérer de cette tâche.
La tête bien haute, elle s’est avancée devant la juge Marie-Claude Gilbert, qui a déclaré Dominique Laroche coupable d’exploitation sexuelle et de contacts sexuels au terme d’un long procès.
Dominique Laroche et Me Charles Levasseur, l’avocat qui le représentait lors de son procès.
Photo : Radio-Canada / Camille Carpentier
Après avoir respiré profondément, la jeune trentenaire a témoigné avec dignité, expliquant comment ce qu’elle a vécu a détruit sa vie.
J’avais 13 ans
, a précisé la femme en évoquant la première fois où Laroche l’a touchée. Lui en avait 47
, a-t-elle spécifié, pour marquer l’écart d’âge.
Pendant de nombreuses années, il a posé sur elle des gestes abjects, sans qu’elle puisse en parler.
Je vivais à tous les instants sous un poids étouffant.
Son secret si gros et si sale
, elle le gardait pour elle, craignant que la vérité fasse éclater sa famille.
J’avais peur de ce qui aurait pu se passer si j’en avais parlé. J’étais terrifiée.
Elle a même caché les sévices et les perversions qu’elle subissait à ses psychologues. La victime dit avoir vécu son adolescence tel un lent cauchemar éveillé, sans pouvoir rien dire, prisonnière et bâillonnée
.
Elle était en décalage avec ses amies alors que celles-ci vivaient les premières expériences innocentes que font les jeunes filles avec les jeunes garçons… mes histoires étaient irracontables
.
Tordu
La jeune femme a aussi abordé le côté tordu
de ses sentiments à l’époque, qui l’ont plongée dans la culpabilité de se sentir valorisée par cet homme qui m’utilisait
.
Plus inavouable encore, il y a pour elle cet amour tabou, qu’en dépit de tout, je lui portais
, a-t-elle décrit, des trémolos dans la voix.
Mes pensées, mes émotions ont été volées, puis polluées par les fantasmes dérangés d’un esprit malade.
Quand je repense à l’âge que j’avais, aux choses écœurantes que j’ai dû faire, je suis révoltée
, a exposé la jeune femme, sous le regard attentif de la juge Gilbert.
Le processus judiciaire a été particulièrement difficile et éprouvant
pour la victime, qui a dû raconter dans les moindres détails les agressions qu’elle a subies, dans le cadre du procès qui a eu lieu après de nombreux reports.
Le dossier revenait d’ailleurs au rôle d’audience pour une 52e fois depuis la comparution qui a eu lieu en juin 2021.
Au terme du témoignage de la victime, qui a semblé laisser de glace Dominique Laroche, la juge a souligné le courage de la jeune femme.
Autre délai
L’avocate de la défense a annoncé que son client pourrait aussi se faire entendre au moment des observations sur la peine qu’elle a demandé de suspendre.
C’est qu’elle compte déposer une requête en réouverture d’enquête pour présenter une preuve nouvelle.
Après avoir relu les notes sténographiques du procès, Me Maria Soledad Vivas Rodriguez a déclaré que plusieurs omissions dans le témoignage de la plaignante pourraient affecter sa crédibilité.
Vous avez une côte à remonter
, l’a toutefois avertie la juge, rappelant qu’une telle demande déposée après le verdict exige des motifs clairs quant à une possible innocence.
Le procureur de la poursuite, Me Michel Bérubé, a renchéri, soulignant que la demande de la défense ne reposait pas sur une preuve d’ADN disculpatoire, par exemple.
À la sortie de la salle d’audience, la nouvelle avocate de Laroche n’a pas voulu préciser la nature de sa demande aux médias.
Le dossier est reporté au mois prochain, pour la présentation de la requête qui devra être débattue ultérieurement.
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