Accès interdit à l’université et refoulement des caravanes aux frontières
Par ailleurs, la direction de l’université publique d’Abomey-Calavi (UAC) où devaient avoir lieu les rencontres du FSM à compter du 5 août a indiqué qu’elle ne permettrait pas la tenue des activités suite aux demandes du gouvernement béninois.
Par ailleurs, les caravanes en route vers Cotonou ont été bloquées aux frontières du Bénin et n’ont pas été en mesure de se rendre à Cotonou. L’espoir grandi lorsque le blocage fut levé le lundi 3 août, mais il fut de courte durée, car la caravane fut rattrapée par les forces de l’ordre dépêchées par les autorités pour la refouler et la ramener hors des frontières du Bénin.
Ces caravanes constituent une des stratégies de mobilisation des réseaux africains. Mises en branle depuis le 18 juillet et portées par la Convergence globale des Luttes pour la Terre et l’Eau Ouest africain — CGLTE OA, trois caravanes avaient amorcé leur route vers le Bénin : une en provenance d’Afrique de l’Ouest, la 5ᵉ Caravane Ouest, une autre du centre africain, la caravane Centre africaine Terre, Eau et une troisième en provenance du Sahel et nommée Semences paysannes. Des centaines de femmes, de jeunes, de militants et de militantes du monde agricole, de peuples autochtones, de travailleuses et travailleurs du secteur informel et autres réseaux sociaux participaient à ces caravanes avec l’objectif de proposer des solutions concrètes aux enjeux en Afrique. Il s’agit tout autant d’espaces itinérants, de dialogue, de plaidoyer et de mobilisation citoyenne.
Une décision qui s’inscrit dans le renforcement de l’autoritarisme en cours au Bénin
Depuis les élections en mai 2026, le Bénin est entré dans une phase politique de durcissement dans la continuité de l’ancien régime de Patrice Talon. Le nouveau président, Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances dans le gouvernement Talon, a été élu avec plus de 94 % des suffrages, dans un contexte où plusieurs figures de l’opposition n’ont pas pu se présenter à cause de nouvelles règles établies sous Talon, laissant son dauphin, Wadagni, face à un seul candidat de l’opposition, Paul Hounkpè, une opposition modérée.
Les deux partis contrôlent l’ensemble de l’Assemblée nationale. Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un recul du pluralisme politique et considèrent que les conditions de candidature sont très restrictives. Pour plusieurs, le cas du Bénin montre qu’un pays longtemps considéré comme l’un des régimes parmi les plus solides de l’Afrique de l’Ouest connaît désormais des tensions similaires à celles observées ailleurs, notamment à son voisinage du Sahel alors que le Mali, le Burkina Faso ou le Niger ont basculé dans un régime militaire. Un coup d’État qui a échoué avec l’appui de l’armée au président Talon contribue à pousser le nouveau régime à un durcissement unilatéral qui persévère dans une politique économique de discipline.
Comme plusieurs le constataient lors de la rencontre d’aujourd’hui au CI du FSM, cette décision s’inscrit dans le contexte d’une politique mondiale de répression des luttes sociales qui percole dans toutes les instances politiques nationales sur la planète.
Une volonté de ne pas baisser les bras
Lors de la rencontre extraordinaire du CI du FSM aujourd’hui, les voix se sont élevées pour ne pas baisser les bras et pour trouver moyen de tenir des activités dans les prochains jours, malgré les interdictions d’accès annoncées par le gouvernement.
Le groupe africain à l’organisation de l’événement, le Secrétariat technique d’organisation (STO) a témoigné des efforts déployés depuis deux ans pour assurer le succès de ce forum, qui constitue le 17e FSM et qui a lieu 25 ans après le premier tenu à Porto Alegre en 2001. Pendant tout ce temps et notamment avant les élections, les contacts ont été établis avec les personnes responsables au gouvernement et les autorisations étaient obtenus pour développer l’événement. Rien ne présageait le retournement de situation après les élections, aucune indication laissait croire à un tel recul de la part du nouveau gouvernement, sauf peut-être les faiblesses des contacts avec les plus hautes autorités de l’État.
D’ores et déjà, des centaines de personnes étrangères sont à Cotonou, notamment du Québec, de France, d’Europe, du Mexique, de Colombie, du Brésil, d’Afrique, d’Asie. Rappelons qu’un collectif jeunesse composé de plus d’une vingtaine de candidatures soutenues par Les Offices jeunesse internationaux du Québec, l’Office franco-québécois pour la jeunesse de Paris et le Bureau international Jeunesse de Bruxelles est déjà sur place.
Les altermondialistes sur place, de concert avec le STO et le CI du FSM, se sont engagé.es à tout mettre en œuvre pour tenir des activités dans des installations auxquelles on ne peut pas interdire l’accès en conclusion de la rencontre spéciale plus tôt aujourd’hui. À suivre.
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