Le Nouveau-Brunswick souffre encore de la sécheresse de l’an dernier

Les pluies abondantes du printemps après l’été sec de l’an dernier n’ont pas suffi à remplir les nappes phréatiques dans la Péninsule acadienne.

De nombreux résidents ont fait appel à des puisatiers pour creuser de nouveaux puits d’eau potable par peur d’en manquer.

C’est le cas de Carole Frigault, une résidente de Maisonnette, qui fait creuser un autre puits à quelques mètres de sa maison.

Carole Frigault, de Maisonnette dans la Péninsule acadienne, a fait creuser un puits pour ne pas manquer d’eau cet été.

Photo : Radio-Canada / Mario Landry

Étant donné les grandes sécheresses qu’on a eues dans les dernières années, on a peur de manquer d’eau éventuellement, explique-t-elle.

La résidente affirme avoir vu la machinerie des puisatiers circuler à de nombreuses reprises sur les routes de la Péninsule acadienne au cours de la dernière année.

C’est la preuve, selon elle, qu’elle n’est pas la seule à faire creuser un nouveau puits et à dépenser plusieurs milliers de dollars dans le but d’avoir de l’eau potable.

On ose imaginer qu’il ne devait pas être là pour rien.

Les pluies abondantes du printemps ne suffisent pas

Selon les données de la station de Bas-Caraquet d’Environnement Canada, il est tombé 253 millimètres de pluie entre le 1er mai et le 23 juin. C’est 106 millimètres de plus que la normale.

Cependant, depuis un an, la station observe un déficit de plus de 340 millimètres d’eau dans la région.

Le puisatier Sacha Noël confirme que les effets de la sécheresse se font encore sentir.

Un homme interviewé devant une foreuse de puits.

Sacha Noël, propriétaire de l’entreprise Modern Well Drilling, creuse des puits. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Ç’a jamais arrêté depuis le mois de mai de l’année passée, ç’a été une année intense. Dû à la sécheresse, ça c’est sûr.

À peine a-t-il terminé un creusage qu’il doit commencer le prochain.

Surtout l’île Lamèque, un peu partout dans la Péninsule aussi. Là, je crois qu’on a pas mal passé tous les puits qui manquaient d’eau.

Les pluies de mai et de juin ont amené de l’eau en surface, mais cela n’a pas changé les niveaux d’eau dans la nappe phréatique, précise-t-il.

Sa machinerie a dû parfois creuser à plus de 30 mètres de profondeur afin de trouver de l’eau.

Sacha Noël s’attend à un été très chargé, car les gens voudront prévenir la prochaine sécheresse, la raison invoquée justement par sa cliente, Carole Frigault.

Moins d’eau signifie aussi une diminution de la qualité

Philippe Gachon est professeur d’hydroclimatologie au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal.

Philippe Gachon, professeur d’hydroclimatologie à l’UQAM

Philippe Gachon, professeur d’hydroclimatologie à l’UQAM. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Il indique que les Maritimes et le nord du Québec sont des régions particulièrement touchées par une variabilité de leurs régimes hydrologiques.

On a régulièrement des systèmes de tempêtes qui se forment sur l’Atlantique, mais il suffit que ces tempêtes changent de trajectoire pour qu’il y ait une absence de précipitations pendant une longue période. Et c’est un enjeu dans l’est de l’Amérique du Nord. On a une volatilité de plus en plus importante, explique-t-il.

Le professeur estime qu’il faut faire une gestion intégrée de l’eau par bassin versant pour évaluer la ressource dans le sol et en surface, et qu’il faut poursuivre cette évaluation de façon continue.

On a de plus en plus d’industries qui se développement et se construisent sur le territoire sans qu’on ait évalué complètement tout d’abord leurs besoins par rapport à la ressource disponible.

Selon lui, les responsables devront développer des systèmes d’irrigation pour répondre aux besoins du domaine agricole.

Le chercheur lance aussi un avertissement.

On n’en parle pas assez, mais qui dit moins d’eau dans le sol et les rivières, dit qualité de l’eau moins bonne. Pourquoi? Parce que s’il y a moins d’eau, il y a automatiquement une dilution moins importante de certains polluants. C’est vrai pour les rivières, mais aussi pour les puits.

Et aux polluants s’ajoutent aussi les intrusions marines, explique-t-il.

L’augmentation du niveau de la mer fait en sorte que l’eau salée entre de plus en plus dans les nappes d’eau. Donc, cette eau-là est moins disponible ou tout simplement impropre à la consommation de l’eau.

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