Le nouveau conseil municipal de Tracadie approuve une procédure d’expropriation

Lundi, première réunion ordinaire du «nouveau» conseil municipal de Tracadie, premières décisions difficiles et premier vote divisé. La question qui a contrarié certains élus? Accorder à l’hôtel de ville le droit de lancer une procédure d’expropriation contre une concitoyenne.

Rappelons que de l’ancienne tablée, seul le conseiller Pierre Morais a retrouvé son siège. L’élection du 11 mai a défait sept membres sortants, de même que l’ancien maire. Un grand balayage, pourrait-on dire.

La rupture est presque totale. Les nouveaux venus, pour la plupart, n’ont aucune expérience en politique municipale. Outre Pierre Morais, seuls Marc Jean et Norma McGraw ont déjà fait partie d’un conseil. Pour les autres, la période de rodage vient de commencer.

La réunion s’est malgré tout déroulée sans trop d’encombres. Quelques petites fautes de procédure en cours de route, mais rien de majeur.

Sinon, la soirée a été relativement calme, même parfois timorée. Comme le trac des artistes sur scène. Par contre, les échanges se sont accrus et animés lorsqu’il a fallu décider de «mesures d’expropriation» contre une citoyenne de la municipalité.

 

Expropriation

Plus au fait du «dossier» que le maire et les conseillers, le directeur général, Jean-Paul Loyer et le greffier municipal, Joey Thibodeau, ont pris plusieurs fois la parole pour fournir des explications.

La municipalité régionale de Tracadie a entrepris, il y a plusieurs mois, des négociations pour acquérir un terrain qui donne sur l’allée Losier, dans «le secteur St-Irénée et Alderwood». Or, il appert que les discussions n’ayant pas été fructueuses, l’expropriation doit désormais être considérée.

Toute l’affaire semble baigner dans un certain secret. S’il voulait savoir de quoi il était question, le public présent est resté sur sa faim. L’expropriation serait requise «pour des fins municipales», mais lesquelles? Les détails fournis ont été minces.

«On veut aller le plus vite possible pour l’eau potable, parce qu’on sait que lors des dernières sécheresses, nos puits étaient bas», a répondu Joey Thibodeau aux interrogations d’un conseiller.

«On parle d’un bien commun pour 16 000 habitants et citoyens, a renchéri Jean-Paul Loyer. On a besoin d’eau, et plus on retarde ce dossier-là, plus on met à risque notre potentiel d’eau potable à Tracadie.»

Les discussions avec la propriétaire étant ardues, la procédure d’expropriation, comme option, devrait être autorisée.

«Je vais voter contre la proposition, a lancé le conseiller Marc Jean.

«Le mot exproprié, c’est le dernier que j’aime voir dans une réunion», a-t-il ajouté.

Pierre Morais, qui est au conseil depuis 2022, a affirmé de son côté qu’il n’avait jamais eu vent de cette affaire. Il a dit souhaiter «approfondir le sujet» dans une réunion du comité plénier avant de se prononcer.

Le greffier municipal a rappelé que l’administration avait tout tenté pour éviter l’expropriation. Selon lui, il y a impasse dans les négociations.

«On a l’impression que la madame ne veut pas vendre et qu’elle veut tout faire pour retarder. C’est l’impression qu’on a.»

Pour le directeur général, Jean-Paul Loyer, les gens veulent toujours vendre leurs propriétés au prix fort lorsque l’hôtel de ville est acheteur.

«Il ne faut pas oublier, a-t-il dit, que malheureusement, lorsque le nom de la MRT sort, les prix gonflent. Il y a donc ce jeu-là, dans lequel nous, on ne peut pas jouer. On a regardé l’évaluation du terrain, combien il vaut sur le marché. Évidemment, on ne va pas quintupler ce montant-là.»

La procédure d’expropriation a finalement été approuvée par un vote de sept contre trois.

Selon Service NB, le lot en question est évalué à 2800$ au compte de taxe.

 

Un nouveau régime

À Tracadie, nouveau conseil, nouveau maire, nouvel esprit, nouvelle approche. Nouvelle tranche d’opacité aussi?

L’auteur de ces lignes, désireux de comprendre en quoi le terrain que convoite la municipalité importe tant, a contacté le maire, mardi matin.

Comme M. Robichaud n’est pas pleinement au courant de l’affaire, il nous a proposé de contacter la directrice des communications de la municipalité, Jessica Thibodeau, ce que nous avons fait.

Mme Thibodeau nous a répondu par courriel.

«Ce dossier, étant de nature légale, ni l’administration ni le conseil municipal ne peuvent fournir d’information à ce sujet. Nous vous invitons à suivre la procédure appropriée en soumettant une demande d’accès à l’information par l’entremise de notre site web […]».

Nous lui avons répondu que nous ne voulions qu’une mise en contexte, afin d’expliquer ce qui justifiait l’achat du terrain.

Mme Thibodeau a rétorqué, dans un second courriel, que «ce dossier est soumis aux règles applicables en matière d’accès à l’information», et qu’il s’agissait «d’assurer un traitement équitable, conforme et uniforme des demandes».

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