Madame la Présidente,
Je remercie la Secrétaire générale adjointe, Rosemary DiCarlo, ainsi que la Directrice exécutive adjointe de l’UNICEF, Hannan Sulieman, pour leurs interventions et en particulier pour l’alerte très sérieuse concernant la situation à El-Obeid. Les rapports du groupe d’experts le confirment : au Soudan, les parties au conflit poursuivent leur fuite en avant dévastatrice. Elles portent la responsabilité de l’une des pires crises humanitaires de l’histoire récente, qui, de surcroît, déstabilise l’ensemble de la région. Il est donc urgent d’y mettre un terme.
J’insisterai dès lors aujourd’hui sur trois points.
Premièrement, la priorité est la conclusion d’un cessez-le-feu à travers l’ensemble du territoire soudanais.
Les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR), ainsi que leurs alliés respectifs, doivent cesser les hostilités et s’engager de bonne foi dans des négociations directes. Ce cessez-le-feu aura besoin d’être accompagné de mesures de suivi et de vérification crédibles.
La France exhorte les Forces de soutien rapide (FSR) à cesser immédiatement toute action susceptible de mettre en danger les civils et de provoquer de nouvelles atrocités à El-Obeid. Nous soutenons à cet égard les efforts déployés par l’Envoyé personnel du Secrétaire général, M. Pekka Haavisto, pour parvenir à une désescalade et nous appuyons plus généralement son action pour la recherche de la paix.
La France appelle tous les acteurs étrangers à cesser d’apporter directement ou indirectement un soutien armé, logistique ou financier aux parties au conflit et à s’abstenir de toute action qui exacerberait les tensions et alimenterait le conflit. Tous les Etats doivent respecter l’embargo sur les armes imposé par ce Conseil au Darfour.
Deuxièmement, les parties doivent se conformer à leurs obligations au titre du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’Homme.
La France condamne avec la plus grande fermeté les violations perpétrées par les FAS, les FSR et leurs alliés respectifs. Ces violations ont été mises en lumière par la mission d’établissement des faits le 15 juin dernier. Nous condamnons aussi l’emploi des frappes de drones, autant par les FAS que par les FSR, qui causent la mort de nombreux civils.
Les deux parties ont commis des actes constitutifs de crimes de guerre et les Forces de soutien rapide (FSR) ont commis des actes constitutifs de crimes contre l’Humanité. Ces crimes ne pourront rester impunis. La France a condamné les atrocités à caractère ethnique perpétrées par les FSR à El-Fasher et a soutenu, dans le cadre du Conseil de sécurité et de l’Union européenne, l’adoption de sanctions contre leurs commandants. Nous appelons à l’extension du régime de sanctions 1591 à l’ensemble du Soudan, pour que les crimes commis hors du Darfour ne restent pas impunis.
En outre, nous appelons les parties à se conformer à leurs obligations et à assurer un accès humanitaire complet, sûr et sans entrave dans tout le Soudan. Nous saluons l’action héroïque des personnels humanitaires, qui risquent leur vie au quotidien.
Troisièmement, il est urgent de sortir de l’impasse militaire.
La France soutient les efforts du Quad et du Quintet pour parvenir à une trêve humanitaire, suivie d’un cessez-le-feu permanent. Je salue d’ailleurs la présence parmi nous aujourd’hui de M. Massad Boulos, Conseiller spécial du Président des Etats-Unis pour l’Afrique. Ces efforts visent à permettre l’indispensable dialogue politique qui doit être indépendant, inclusif, transparent. Ce dialogue doit être mené par les civils à même de relancer un processus de transition, il doit créer les conditions d’une paix durable et du rétablissement d’une gouvernance civile et préserver enfin l’unité du pays, menacé par les combats.
La France rappelle, à cet égard, son attachement indéfectible à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale du Soudan. Elle rejette toutes les initiatives unilatérales risquant de mener à sa partition. La prolongation du conflit par les parties ne fait qu’accroître ce risque.
Madame la Présidente,
En résumé, la France a quatre demandes aux FAS et aux FSR.
Premièrement, un accès sur et sans entraves à l’aide humanitaire dans tout le territoire, sur la base d’une trêve humanitaire.
Deuxièmement, la conclusion d’un cessez-le-feu immédiat dans tout le pays, qui épargne en particulier El-Obeid.
Troisièmement, la reprise de négociations de bonne foi pour pérenniser un cessez-le-feu.
Quatrièmement, l’engagement dans un processus politique inclusif, mené par les civils, pour permettre la transition démocratique à laquelle aspire le peuple soudanais.
L’obstination des parties à recourir aux armes demeure le principal obstacle à la paix au Soudan. Notre responsabilité, en tant que membres de ce Conseil, est de favoriser un règlement négocié du conflit, dans l’esprit des principes réaffirmés par tous les Etats et organisations qui ont participé, il y a peu, à la Conférence de Berlin. Nous devons pour cela surmonter nos divergences et agir à la mesure de l’enjeu. Il est grand temps. Le peuple soudanais n’a que trop souffert.
Je vous remercie.
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