Le retrait des boissons énergisantes de pharmacies au Québec fait réagir au Nouveau-Brunswick

IJL

Le retrait des boissons énergisantes des tablettes de plusieurs pharmacies au Québec suscite des réactions au Nouveau-Brunswick.

L’entreprise Familiprix a décidé de retirer les boissons énergisantes de ses magasins cette semaine à la suite d’une recommandation de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) à ses membres.

Cette recommandation s’inscrit dans la mouvance suivant le décès du jeune Zachary Miron, à l’âge de 15 ans, lors d’une sortie de ski avec sa classe. Le mélange de la boisson énergisante qu’il avait bu avec des médicaments qu’il prenait pour le TDAH a causé sa mort subite.

Une pétition de plus de 35 000 signatures, parrainée par le député Guillaume Cliche-Rivard de Québec solidaire, a été déposée à l’Assemblée nationale, le 6 mai. Celle-ci réclame l’encadrement de la vente de boissons énergisantes caféinées chez les mineurs au Québec.

On exige également l’adoption d’une loi pour protéger les jeunes de moins de 16 ans.

De son côté, l’Ordre des pharmaciens du Québec juge que la vente de ces boissons au même endroit où sont vendus des médicaments représente une incohérence qui ne peut être ignorée.

«Les pharmaciens et pharmaciennes sont des intervenants au cœur de la santé de la population. Il nous appartient, ainsi qu’à nos partenaires du réseau, de faire en sorte que l’environnement dans lequel nos membres exercent soit davantage cohérent avec les valeurs que nous défendons ensemble», a déclaré, dans un communiqué, le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Jean-François Desgagné.

Selon l’organisme, la combinaison de psychostimulants et de boissons énergisantes caféinées présente des risques cardiovasculaires pouvant entraîner des conséquences graves.

«Sachant que 23,9% des adolescents et 15,8% des adolescentes âgés de 12 à 17 ans se sont vus prescrire ces médicaments, ce risque est particulièrement préoccupant.»

Une situation qui fait réagir au Nouveau-Brunswick

L’Ordre des pharmaciens du Nouveau-Brunswick dit partager l’avis de l’OPQ selon lequel tous les détaillants, non seulement les pharmacies, devraient réfléchir à la manière dont ces produits sont mis à la disposition des jeunes.

L’organisation estime que les jeunes peuvent être particulièrement vulnérables face à ce type de produit.

«Notre pouvoir de restreindre la vente de produits dans les commerces de détail serait soumis à la fois à la législation provinciale et fédérale. L’Ordre travaillerait en collaboration avec le ministère provincial de la Santé et avec Santé Canada pour faire avancer cette mesure ou d’autres mesures de santé publique.»

À Clair, dans le Haut-Madawaska, la propriétaire de la pharmacie Familiprix, Marie-Hélène Cyr Soucy, a retiré les boissons énergisantes de ses tablettes. Bien que cette décision ait été prise dans la foulée de celle de la maison-mère, elle croit qu’il s’agit d’une bonne idée.

«On appuie cette décision», a ajouté Mme Cyr Soucy qui n’a pu préciser sa pensée davantage par manque de temps.

Du côté de la pharmacie Jean Coutu de Caraquet, le pharmacien-propriétaire, Léonel Albert, vend toujours des boissons énergisantes. Il reconnaît toutefois que la réflexion qui se produit actuellement au Québec pourrait l’inciter à changer son approche.

«Est-ce que l’on pourrait prendre la décision de les enlever? Peut-être que oui, car il y a un ordre professionnel et des collègues qui ont réfléchi à la question.»

Il ajoute toutefois que la question des boissons énergisantes ne devrait pas se résumer qu’à un retrait des produits sur les tablettes des pharmacies.

Bien qu’il ne soit pas contre la décision de Familiprix et qu’il supporte la cause de ses collègues pharmaciens, il craint qu’une telle décision ait comme effet de déplacer le problème ailleurs.

«Qu’il soit vendu ici ou au dépanneur du coin, ça ne réglera pas le problème et ça ne va pas diminuer les ventes (…) On sort le problème de la pharmacie, mais, malheureusement, on va pousser ça à des points de vente où il y a peu de chances qu’une personne soit sensibilisée.»

M. Albert reconnaît que son commerce a refusé de vendre certains produits controversés dans le passé, mais ils étaient essentiellement des produits qui ne pouvaient être retrouvés qu’en pharmacie.

«Les gens n’ont pas l’option de l’acheter ailleurs. Ils sont obligés de consulter un professionnel de la santé et si celui-ci ne fait pas sa “job” ce sera sa responsabilité.»

Le pharmacien explique que son équipe se penchera davantage sur les moyens de réduire la vente de boissons énergisantes aux mineurs et de mieux sensibiliser les gens en général. Il estime qu’un meilleur encadrement aidera davantage la cause.

«Tout est dans un bon équilibre et dans la sensibilisation. Il est important de donner l’information aux gens pour qu’ils puissent prendre leurs décisions par la suite.»

Cette démarche ne sera toutefois pas sans défis.

«C’est certain que ça ne sera pas vendu à un mineur, mais d’un autre côté, si c’est un adulte qui l’achète pour lui, c’est difficile à contrôler. On va certainement essayer de trouver la meilleure alternative et je crois que moi et mes collègues avons toujours pris de bonnes décisions pour le bien du public.»

L’Association canadienne des boissons n’est pas d’accord

Pour sa part, l’Association canadienne des boissons a exprimé ses réticences envers les restrictions proposées. Elle estime que celles-ci ne reposent pas sur des bases solides d’un point de vue scientifique ou de politique publique.

L’association dit s’appuyer sur une étude récente dans la revue Food and Chemical Toxicology qui montre que 11% de l’apport en caféine des adolescents américains provient des boissons énergisantes.

On cite aussi un sondage réalisé en 2020 par Ipsos au Québec qui indique que 27 % des adolescents québécois âgés de 13 à 18 ans ont indiqué avoir consommé une boisson énergisante au cours des trois derniers mois, alors que la moitié de ces adolescents ont déclaré avoir bu une boisson à base de café.

«Les boissons énergisantes sont strictement réglementées par Santé Canada. Dans la mesure où des questions subsistent concernant la consommation de caféine, les membres de l’Association canadienne des boissons continueront de collaborer avec les autorités de santé publique fédérales et provinciales en tant que partenaire transparent et constructif», a déclaré, dans un communiqué, Krista Scaldwell, présidente de l’Association canadienne des boissons.

Elle dit toutefois respecter le choix des détaillants qui ont décidé de retirer ce produit de leur inventaire.

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