Le SA XV, Gabart, les troisièmes mi-temps : après 37 ans au service des sports de Charente Libre, Eric Fillaud raccroche les crampons
La date officielle de son départ à la retraite était calée sur le calendrier du SA XV. En ne se qualifiant pas pour les phases finales auxquelles il croyait pourtant dur comme fer, les rugbymen angoumoisins lui ont évité de faire des heures sup’. Embauché à Charente Libre en décembre 1989 pour remplir la chronique sportive de notre éphémère édition de Charente-Maritime, Eric Fillaud racontera son dernier match à Chanzy ce vendredi et bouclera sa carrière dimanche soir devant le choc entre Toulouse et le Stade Rochelais, son club de cœur.
Gros calin pour Eric, de la part de Fabrice Landreau et Jérôme Di Tommaso, venus déguisés
Quentin Petit
37 ans dans le même service, dont 29 comme chef des sports, c’est sans doute un record : trois Jeux Olympiques, trois coupes du monde de rugby, une de foot, et des centaines de match à Chanzy. Depuis la création du SA XV, il n’en a pas raté un à domicile. Et pas beaucoup non plus à l’extérieur en Pro D2, avec des retours express dans la nuit, grâce à ses acolytes du service des sports.
En dehors de conduire, Eric Fillaud faisait tout : commenter les matches à l’oral tout en prenant des notes, puis rédiger ses papiers, les mettre en page et corriger ceux de ses petits camarades. Ce qui ne l’empêchait pas de rendre une copie soignée, avisée, un brin chauvine parfois, mais immanquablement truffée de bons mots. Il nous en a gardé quelques-uns pour sa première et dernière interview, format « paroles d’ex », emprunté à l’Equipe.

Grand moment d’émotion, en présence de Yassine Boutemani et de plusieurs figures du SA XV
Quentin Petit
Le sportif charentais qui t’a le plus impressionné ?
François Gabart. Gagner le Vendée Globe, c’est quand même un truc ultime. Et j’ai toujours le souvenir d’un gamin, étudiant à Lyon, que j’avais vu arriver un matin, qui m’avait appelé pour faire un papier sur les pré-olympiques. Personne le connaissait, on l’a suivi après et il gagne le Vendée Globe à 29 ans. Il est toujours resté pareil, naturel. J’ai beaucoup d’admiration. Et il m’a fait l’honneur de me laisser tenir la barre de son Macif lors d’une sortie en mer à La Rochelle.
Le meilleur client ?
Jérome Di Tommaso et Fabrice Landreau. Mon premier reportage pour Charente Libre, en décembre 1989, c’était un match SCA- St-Jean-de-Luz. A l’époque, on rentrait dans les vestiaires. Les premiers avec qui j’ai parlé, ce sont eux deux et Camozzi. Ils sont devenus des amis. Jérôme, parce qu’il a la connerie et c’est un magicien, un vrai. Et Fabrice, parce qu’il est brillant et qu’il a la connerie aussi. Il y a beaucoup de copains mais peu de vrais amis. J’ajouterais Gilles Rabet, François Ratier et Romain Chabat.
Le papier dont tu es le plus fier ?
C’est le Prix Martini que j’ai gagné devant Armel Le Ny, avec qui j’étais aux sports. Un papier sur les relations franco-anglaises dans le rugby. J’étais allé voir Albert Ferrasse et Jean-Claude Bourrier en campagne à la Tremblade. J’avais passé une soirée extraordinaire avec eux, ils m’avaient raconté des anecdotes incroyables. J’étais tout jeune. C’était important d’avoir ce prix. Je ne dis pas que c’était le meilleur papier mais c’est celui qui m’a le plus marqué. Et puis quel plaisir de battre Armel Le Ny !
Le meilleur titre ?
Sans hésitation, Laporte s’attaque au cas Camou. J’étais allé à Niort voir Bernard Laporte, en campagne contre le président sortant Pierre Camou. Il avait passé son temps à le détruire. J’avais hésité à le faire mais je n’ai jamais regretté. Je crois même que j’avais eu le droit au Moscato Show.
L’interview que tu regrettes de n’avoir jamais pu faire ?
John McEnroe. J’aurais tellement voulu le voir jouer, plus que l’interviewer d’ailleurs. Je suis allé une fois à Roland-Garros, mais c’était pour accompagner des jeunes Charentais et McEnroe avait arrêté sa carrière. J’ai arrêté de jouer au tennis parce que j’en avais marre de perdre contre mon jeune confrère de Sud-Ouest Fred Laharie.
La plus grosse galère en reportage.
« Aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Le site de canoë où j’étais allé suivre les deux jarnacais Braud et Forgit était à deux heures de Pékin. Au retour, j’avais raté le bus. J’ai fini par être rapatrié par les gens de l’organisation qui ne parlaient que chinois. Moi beaucoup moins. Et en plus, ils ont fini quatrièmes.
La plus grosse troisième mi-temps à laquelle tu as assisté ?
En fait, elle a duré 20 ans. Les 20 premières années de ma carrière. J’étais un vrai oiseau de nuit. On sortait beaucoup avec mes collègues et des sportifs. En particulier au bar du Minage de Christine et Christian Gaget, et à celui du Petit Fresquet, chez Claude et Monique, qui était la pension où logeaient les joueurs du SCA. Moi aussi quand je venais travailler à Angoulême à l’époque où j’étais basé à La Rochelle. Je me souviens notamment de la fête pour la naissance de mon fils Sébastien. Et puis Monique faisait les meilleures joues de cochon de la planète. Depuis je suis devenu un moine soldat…
Sinon, je me souviens d’une tournée des All Blacks que j’avais suivie de Nantes à La Rochelle. On avait été invités à un banquet au restaurant André à La Rochelle avec les Blacks de Grant Fox qui buvaient du Ricard jus d’orange. Sur le trottoir, il y avait les bacs de glace pour les crustacés. Cela s’était terminé par une bataille de boules de glace.
Il y a aussi un banquet avec le XV d’Australie chez Seguin-Moreau à Cognac, avec mon collègue Phil Messelet. J’étais à côté de David Campese. On avait passé des heures à table à manger et à picoler. Je n’étais plus très frais en rentrant au journal.
Le plus grand moment de solitude en plein direct vidéo ou audio
Un match du SA XV à Vannes. Richard Tallet, notre journaliste qui s’était improvisé réalisateur, avait perdu la liaison à deux minutes de la fin, alors que le SA XV poussait dans les 22 adverses pour la gagne. J’étais dingue.
L’invité de C Le Sport qui t’a donné le plus de fil à retordre ?
Le flic de la Bac qui était aussi membre de l’académie Pythagore d’Angoulême. Je l’avais invité pour parler de sport de combat. Je n’avais jamais réussi à le dérider. Je ne l’avais vraiment pas trouvé marrant. Quelques mois plus tard, je l’avais retrouvé dans le journal, accusé de plusieurs viols sur des jeunes femmes.
Le confrère ou le consultant avec lequel tu as le plus ri pendant les commentaires en direct ?
Avec tous, y compris avec les anciens du SA XV, Romain Chabat et Baptiste Gay. Avec Marc Mesnier, il y a eu un match à Montauban. Leur demi de mêlée s’appelait Chaput. On a commencé à jouer avec son nom. Pendant 30 secondes, impossible de parler. Il y a aussi eu Didier Brugier, avec ces longs déplacements en voiture à se marrer avec des blagues Carambar. Je pense souvent à Didier. Ces derniers mois je suis en duo avec mon jeune collègue Mathéo Rondeau. Au début, je pensais que c’était un mormon. En fait, c’est un faux mormon ! »
L’acteur du sport charentais avec lequel il était impossible pour toi d’être méchant ?
Je n’ai jamais été méchant avec personne. Juste piquant parfois. Mais j’avais une tendresse particulière pour Gilou Rabet. Il lui arrivait de faire n’importe quoi sur le terrain et en dehors. Mais il faisait aussi tellement de choses incroyables. Et je connaissais son histoire, on était devenu amis ».
La plus grosse engueulade avec un président ou un entraîneur d’un club charentais ?
C’était à l’époque où j’étais à La Rochelle. Par l’intermédiaire de Serge Vigot, le président du tribunal qu’on connaissait bien parce qu’il était aussi l’organisateur du marathon de La Rochelle, j’avais été le premier à annoncer la liquidation judiciaire du club de basket de Rupella, qui jouait en pro B. Deux jours après, je devais couvrir l’assemblée générale extraordinaire du club. J’ai été hué par les 80 personnes présentes. »
Qu’est ce qui a le plus changé dans ton métier depuis le début ?
Tout. Tu te souviens qu’au début, on tapait nos articles sur des machines à écrire ? Mais c’est surtout le téléphone portable. Avant ça, c’était la vraie galère pour joindre un interlocuteur. Cela nous a fait gagner un temps incroyable ».
La première chose que tu vas faire lundi ?
Ma compagne Séverine m’a suggéré de prévoir un truc pour ne pas que je passe la journée à tourner en rond. J’irai faire du vélo et j’ai réservé un massage de 11h à midi. Après, je pense que je ferai une grosse sieste. Ensuite, j’irai acheter des asticots. Parce que mardi matin, je serai à la pêche. Et je préparerai le repas du soir pour Séverine. J’ai 38 ans de retard.
Avec quel maillot te feras-tu enterrer ?
D’abord je veux me faire cryogéniser comme dans Hibernatus ! Des fois que ça marche… Mais sans hésiter, celui du Stade Rochelais. Malgré tout ce que j’ai vécu au SCA puis au SA XV, ça reste mon club, ma ville. Le seul truc qui me rend débile devant la télé, il faut que je sois tout seul pour regarder les matches ! Avant, il y avait aussi le FC Nantes. Mais quand je vois ce que le foot est devenu. J’en regarde quasiment plus à la télé.
Tes tee-shirts flashy et tes pantacourts sur le plateau de C Le sport, c’était pour déstabiliser tes invités ?
Pas des pantacourts, des bermudas ! Je voulais que ce soit un rendez-vous souriant et bienveillant avec des gens pas forcément habitués aux caméras. Avec mes chemises bariolées, c’était impossible que mes invités ne soient pas décontractés. Mais pour la dernière, j’ai prévu une surprise. Je vais peut-être mettre une cravate. Mais je ne sais pas ce que j’aurai en bas.
Le version longue de l’interview est à lire en intégralité sur le site de Charente Libre.
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