Le centre du pays a été une nouvelle fois secoué. La région de Bandiagara a été la cible d’attaques par les groupes armés ayant touché la ville de Gomossogou ainsi que le village de Kori-Kori le même jour. Le bilan s’est élevé à une cinquantaine de morts majoritairement composé de jeunes selon les autorités locales. Ces actes ont été jugés “lâches et barbares” selon le Colonel-major Oliver Diassana, gouverneur de la région qui condamne fermement ces “actes inhumains”. La situation sécuritaire déjà fragilisée notamment en raison des attaques du 25 avril dernier, a permis aux groupes armés de s’étendre davantage sur le territoire; le centre est à présent devenu un nouveau moyen de pression en plus du Nord qui devient de plus occupé par les assaillants. A noter également que le pays dogon représente une part d’histoire pour le Mali, cette attaque touche symboliquement l’ensemble de la population en raison du respect porté sur ce dernier et de l’importance qu’il représente pour la culture malienne. La stratégie consistant à frapper simultanément plusieurs endroits permet aux groupes armés de se déplacer rapidement tout en maximisant les dégâts et par la même occasion déstabiliser le plus possible les populations en installant la crainte au moment où le pouvoir central cherche à renforcer son offensive. La récurrence des attaques devient un autre problème dans la gestion sécuritaire qui est déjà précaire depuis de nombreuses années, ce qui constitue un nouveau défi pour le Président Goïta qui allie à présent son titre de Président ainsi que celui de ministre de la Défense.
Répondre aux revendications des Touaregs : un chemin vers la paix ?
Depuis les attaques du 25 avril, une question se pose : si le gouvernement malien prenait en compte les revendications des groupes Touaregs, qu’adviendrait-il de la situation politico-sécuritaire ?
La crise qui frappe le Mali ne cesse de s’aggraver, et les récents affrontements montrent bien que la force militaire seule ne suffit plus pour ramener le calme. Pour de nombreux observateurs, le véritable moyen pour garantir un climat de paix réside dans l’écoute et le traitement des revendications des populations touarègues du Nord. Depuis l’indépendance du pays, ces communautés ressentent un profond sentiment d’abandon de la part du pouvoir central. Elles dénoncent une injustice historique dans le développement du territoire : pendant que le Sud bénéficie de la majorité des investissements, des écoles et des hôpitaux, les régions du Nord restent largement marginalisées et privées d’infrastructures de base. Ce gap a créé de la colère au sein de cette communauté, poussant certains groupes à prendre les armes. Aujourd’hui, la stratégie du gouvernement, qui mise principalement sur les offensives de l’armée, montre ses limites face à des combattants qui connaissent parfaitement le terrain et qui s’appuient sur ce mécontentement populaire. La situation actuelle impose donc un choix crucial. Il ne s’agit plus seulement de gagner des batailles sur le terrain, mais de reconstruire un dialogue politique sincère et d’intégrer pleinement le Nord dans le projet national.
Reprise des attaques au Mali : la position du Président Macron
Les récentes vagues d’attaques violentes qui touchent le Mali font à nouveau réagir au-delà des frontières africaines, et notamment en France. Interrogé sur la dégradation rapide de la situation sécuritaire dans le pays, le président Emmanuel Macron a exprimé son point de vue sur cette crise. Pour le chef de l’État français, ces événements tragiques démontrent que les autorités de transition maliennes n’ont pas pris la meilleure décision pour protéger leur population en exigeant le départ définitif des forces militaires françaises. Il a affirmé que ce choix laissait aujourd’hui un vide sécuritaire que les groupes armés exploitent pour s’étendre. Tout en confiant que la tournure des événements lui « fendait le cœur » pour les citoyens Maliens, Burkinabè et Nigériens qui subissent l’insécurité au quotidien, le président français a exprimé son souhait de voir les dirigeants de la région revoir leur position. Selon lui, un retour à la stabilité ne pourra se faire sans une réouverture du dialogue et une coopération internationale renforcée.
La stratégie des groupes armés : tout bloquer pour affaiblir.
La pression des groupes armés s’accentue autour de la capitale malienne, plongeant le pays dans une crise logistique et énergétique sans précédent. Au cours du week-end, les combattants du JNIM, affiliés à al-Qaïda, ont durci leur blocus sur Bamako en prenant pour cible les axes routiers stratégiques. Une dizaine d’autocars de transport et plusieurs voitures ont été interceptés et incendiés entre Ségou et la capitale, notamment près de la localité de Zambougou. Si les assaillants ont fait descendre les passagers avant de brûler les véhicules, l’opération a semé la terreur et paralysé le trafic, laissant derrière elle de nombreuses épaves sur les routes.
En parallèle de cette guerre des transports, un coup dur est porté à l’économie et au quotidien des Maliens en s’attaquant aux infrastructures énergétiques du pays. Des installations électriques reliées au barrage hydroélectrique de Manantali, situé dans la région de Kayes, ont été sabotées et détruites. Ce barrage est pourtant une infrastructure vitale qui alimente non seulement le Mali, mais aussi le Sénégal ainsi que la Mauritanie. Son sabotage a immédiatement plongé plusieurs quartiers de Bamako dans le noir, provoquant des coupures d’électricité massives pouvant durer de 48 à 72 heures d’affilée. Si la société publique Énergie du Mali (EDM) a évoqué un « incident sur le réseau », les spécialistes de la région n’excluent pas l’existence d’un lien entre ces coupures et l’attaque.
Face à cette double offensive qui paralyse la capitale, le pouvoir central tente de répliquer par la force. Bien qu’elle garde le silence sur ces attaques routières et énergétiques, l’armée malienne poursuit ses opérations sur d’autres fronts. Elle a notamment réussi à escorter des centaines de camions-citernes pour ravitailler Bamako, et a mené de nouvelles frappes aériennes dans la région de Gao contre des positions terroristes. Alors que la situation reste totalement bloquée dans la région de Kidal, où de nouveaux affrontements semblent inévitables, cette stratégie des groupes armés sur les infrastructures de base représente un défi immense pour le pouvoir central. Ce dernier doit désormais réussir à protéger les points vitaux du pays tout en maintenant ses offensives militaires dans le Nord.
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