« Même mécanique que Dominique Pelicot » : la Gironde sous le choc après l’affaire des viols d’une vingtaine d’hommes sur Wyylde
En Gironde, l’affaire des viols « libertins » liés au site Wyylde met en cause 19 hommes et six ex-compagnes de Christophe B. Entre maison isolée, clubs bordelais et camping naturiste, le territoire encaisse la révélation d’un système rappelant Dominique Pelicot.
Tout commence un week-end, dans une maison isolée de Reignac, en Gironde. Sur le site libertin Wyylde, un profil s’active, « Prêteur33« , celui de Christophe B.. Une annonce tombe: « soirée spermique« . Participation gratuite, photo de femme, exigence d’un test HIV. Quinze hommes vont répondre, converger vers cette bâtisse entre les champs. Sur le lit, Valérie, compagne de Christophe B., subira pendant trente-six heures des rapports à la chaîne, filmés et parfois diffusés en direct.
Ce huis clos n’est qu’un épisode d’une affaire de viols « libertins » en Gironde qui dépasse Reignac. Dix-neuf hommes sont mis en examen pour viols avec torture ou acte de barbarie sur six ex-compagnes de Christophe B., des faits étalés sur plus de vingt ans. Recrutements via Wyylde, clubs bordelais, Cap d’Agde, camping libertin gardois, vidéos archivées: mécanique qui rappelle l’affaire des viols de Mazan, portée par Dominique Pelicot, ou le dossier French Bukkake. Et, soudain, la Gironde découvre qu’elle abritait ce scénario.
A Reignac, une soirée qui bascule
Ce vendredi soir, à partir de 20 heures, les invités se retrouvent dans la pièce de réception, mi-bar mi-chambre. Une feuille blanche circule: chacun y coche ses éjaculations. Sur les vidéos exploitées par la justice, Valérie apparaît de plus en plus « passive« , « épuisée » et « prise d’un certain dégoût« , selon les gendarmes. Le lendemain matin, des rapports lui sont imposés en direct, via des lives diffusés sur Wyylde. « C’était quand même assez trash« , reconnaît Mathieu A. devant une juge, a rapporté Le Monde.
Wyylde et les lieux libertins
Au centre, il y a Wyylde, réseau social pornographique qui revendique 7 millions d’inscrits et 700 000 visites par jour. Profils, tchats, événements, lives: l’arsenal complet des plateformes. En façade, des affiches vantent une communauté « inclusive et bienveillante ». En coulisses, pullulent les annonces de « gang bang punitif » ou « après-midi mise à dispo« . Ancienne modératrice, Elodie résume: « La question du consentement, ce n’est pas du tout le sujet chez Wyylde« . La société Koala Interactive assure condamner la violence sexuelle et promet une « tolérance zéro« .
Les violences racontées par les ex-compagnes de Christophe B. touchent des lieux du libertinage bordelais: le sex-shop Le Complexe aquitain et le club 113 Avenue, à Eysines, ont servi de décors à des scènes. « Les femmes sous emprise, ce n’est pas facile à déceler« , admet leur patron, Rémy Mezille. L’été, le couple quitte la région pour le camping naturiste et libertin du Ran du Chabrier, dans le Gard, où Valérie dit avoir enchaîné jusqu’à 87 fellations dans une journée. Nathalie, une autre ex-compagne, résume: « C’était pas des vacances, c’était de la torture« .
Même mécanique que Dominique Pelicot
Dans l’affaire de Mazan, Dominique Pelicot a été condamné à vingt ans de réclusion pour avoir drogué puis livré sa femme à plus d’une cinquantaine d’hommes. Même architecture ici en Gironde: un « architecte » central, Christophe B., une femme présentée comme « offerte« , des dizaines d’hommes recrutés via une plateforme, des scènes filmées. « Tout ce qui se passe dans la société, comme l’affaire Pelicot ou le mouvement #MeToo, c’est presque comme si, pour eux, ça n’avait rien à voir« , constate Léa, ex-employée de Wyylde.
En Gironde, les mis en examen sont des hommes ordinaires: ouvriers, directeur régional, clients de clubs chics. Rémy Mezille dit avoir reconnu « une trentaine, une quarantaine » de ses clients sur les photos que lui ont montrées les gendarmes. Pendant des années, ces violences ont été pratiquées sous les yeux de centaines de témoins, sans qu’aucun signalement ne remonte. Il aura fallu qu’une ex-compagne de Christophe B. pousse seule la porte d’une gendarmerie pour que la mécanique s’enraye. Reste à voir jusqu’où ira l’enquête, qui osera encore parler de « jeu libertin« .
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