On regarde ou pas ? The Marvels, panne de puissance ou divertissement sous-estimé ?

Lors de sa sortie en salles fin 2023, The Marvels portait sur ses épaules un fardeau colossal. Trente-troisième opus du gigantesque Marvel Cinematic Universe (MCU), le film réalisé par Nia DaCosta devait prouver que la formule super-héroïque avait encore de beaux jours devant elle. Pourtant, l’œuvre s’est rapidement retrouvée au centre d’une tempête médiatique, devenant malgré elle le plus grand échec financier de l’histoire du studio. Alors, verdict sans appel ou injustice injustifiée ?

Une alchimie narrative suspendue à l’écosystème Disney+

L’intrigue du film s’articule autour d’un concept visuel et narratif particulièrement ambitieux, celui de l’intrication quantique. À la suite d’une anomalie spatiale provoquée par Dar-Benn, la nouvelle dirigeante révolutionnaire du peuple Kree, les capacités de trois héroïnes se retrouvent mystérieusement connectées. Dès que l’une d’entre elles utilise ses pouvoirs liés à la lumière ou à l’énergie, elle échange instantanément sa position physique avec l’une des deux autres, et ce peu importe la distance cosmique qui les sépare.

Cette prémisse réunit un trio inédit aux personnalités diamétralement opposées. D’un côté se trouve Carol Danvers, la guerrière solitaire et invulnérable incarnée par Brie Larson, toujours hantée par les conséquences tragiques de ses actes passés sur la planète Hala. De l’autre se dresse Monica Rambeau, interprétée par Teyonah Parris, une scientifique et astronaute devenue capable de manipuler toutes les longueurs d’onde du spectre électromagnétique. Enfin, le récit introduit l’adolescente Kamala Khan, jouée par l’éblouissante Iman Vellani, une jeune fille de Jersey City capable de transformer la lumière en matière solide et dont l’admiration pour Captain Marvel borde le fanatisme.

Si ce dispositif permet de déployer des séquences d’action inventives et rythmées, il illustre également le principal point de friction du cinéma Marvel contemporain. Pour saisir pleinement la charge émotionnelle qui lie ces trois femmes, le spectateur se voit dans l’obligation d’avoir visionné la série WandaVision pour comprendre le passif de Monica, ainsi que la série Ms. Marvel pour saisir les origines de Kamala. Cette exigence de devoirs à la maison a fini par créer un sentiment de saturation chez une partie importante du grand public, désormais réticente à devoir consommer des dizaines d’heures de streaming sur la plateforme Disney+ pour simplement apprécier deux heures de cinéma.

Une tempête parfaite au guichet mondial

La carrière commerciale de The Marvels s’est arrêtée aux alentours de 206 millions de dollars de recettes mondiales, un score particulièrement famélique pour une production dont le budget de fabrication dépassait les 220 millions. Plusieurs éléments contextuels et structurels permettent d’expliquer ce naufrage sans précédent dans l’histoire de la saga.

En premier lieu, le film est sorti en pleine grève des acteurs et des scénaristes à Hollywood. Privées de leurs vedettes pour assurer la promotion dans les médias, les équipes de marketing n’ont pas pu compter sur l’omniprésence du casting sur les plateaux de télévision ou sur les tapis rouges pour créer l’événement. À cela s’est ajoutée une lassitude généralisée vis-à-vis du genre super-héroïque, un phénomène qualifié de fatigue des super-héros, accentué par une surproduction de contenus de qualité très inégale durant la phase précédente. Enfin, le film souffre de la faiblesse criante de son antagoniste principal. La révolutionnaire Kree Dar-Benn, malgré l’engagement de l’actrice Zawe Ashton, manque cruellement de profondeur psychologique et retombe dans les pires travers des méchants interchangeables et oubliables qui ont trop souvent entaché la franchise.

Un divertissement rafraîchissant aux vertus injustement ignorées

Il serait pourtant réducteur de résumer le travail de Nia DaCosta à son seul échec financier. Libéré de la lourdeur des fresques dramatiques de trois heures, The Marvels brille au contraire par sa générosité visuelle et sa légèreté assumée.

Le principal atout du métrage réside sans conteste dans la dynamique de son trio féminin. La jeune Iman Vellani apporte une énergie communicative et une sincérité désarmante qui insufflent une véritable fraîcheur à l’ensemble. Son enthousiasme d’adolescente propulsée dans le cosmos aux côtés de ses modèles fonctionne à merveille et offre un contrepoids bienvenu au flegme parfois austère de Brie Larson. La comédie s’invite d’ailleurs de manière décomplexée tout au long du récit, qu’il s’agisse de la présence désopilante de la famille Khan ou d’escapades complètement absurdes sur des planètes insolites, notamment lors d’une séquence chantée étonnante ou lors du sauvetage chaotique orchestré par les Flerkens, ces créatures félines particulièrement destructrices.

Avec une durée serrée d’une heure et quarante-cinq minutes générique compris, le film évite l’écueil du remplissage inutile. Le montage est alerte, les affrontements chorégraphiés autour des téléportations intempestives sont lisibles et inventifs, et le récit avance à un rythme soutenu sans jamais laisser le spectateur s’ennuyer. De plus, pour les passionnés désireux de suivre l’évolution globale de l’univers connecté, le dernier acte et la séquence post-générique apportent des ouvertures captivantes vers des histoires très attendues par la communauté.

Faut-il consacrer deux heures à The Marvels ?

Au moment de poser un verdict définitif, la réponse dépend essentiellement des attentes individuelles de chacun face à ce type de spectacle.

Ceux qui recherchent un drame sombre, une proposition cinématographique révolutionnaire ou une déconstruction psychologique profonde du mythe du super-héros risquent fort d’être déçus par la légèreté du propos et la simplicité de son intrigue. The Marvels reste un produit calibré pour le grand public, conçu avant tout pour émerveiller et faire sourire.

En revanche, si l’on aborde le long-métrage pour ce qu’il est réellement, c’est-à-dire un séduisant sérial d’aventure spatiale sans prétention, drôle et rythmé par une alchimie réussie entre ses actrices, le voyage s’avère particulièrement agréable. Loin de la catastrophe industrielle décriée lors de sa sortie, le film de Nia DaCosta s’impose comme une parenthèse colorée et décomplexée qui mérite amplement d’être redécouverte aujourd’hui.

The Marvels
18 août sur TF1

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