Passer de la parole aux actes?

L’annonce de la nomination de Madame Louise Arbour au poste de gouverneure générale du Canada a été très bien reçue au pays. Tout un contraste avec sa prédécesseure, Mary Simon, encore en poste pour quelques trop longues semaines. Son incapacité à manier, ne serait-ce qu’au minimum, la langue française, a grandement déplu aux francophones, et son apparente obstination à nous ignorer n’a fait qu’accroître son impopularité.

Elle est et restera une image des dommages que les lubies woke de Justin Trudeau auront provoqués dans le paysage social du pays, du fait de l’incapacité de ce dernier à voir plus loin que le bout de son nez en matière politique. S’il y a un premier ministre canadien qui s’est comporté en amateur, je devrais dire en dilettante, c’est bien cet homme qui court maintenant les paparazzi avec une starlette depuis que la réalité l’a renvoyé en coulisses.

Cela dit, on doit garder en tête que Madame Arbour, auréolée de moult exploits internationaux – et surtout, parfaitement bilingue – ne pourra à elle seule «sauver» l’Acadie, comme certains commentaires d’internautes l’ont clamé.

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Il en est de même pour Madame Louise Imbault, lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick. On ne tarit plus d’éloges à son égard, avec raison d’ailleurs, mais il faut savoir raison garder: elle n’est pas là pour «sauver» l’Acadie. Elle est là pour représenter la Couronne britannique! Cette même Couronne qu’on ne cesse de vilipender à la moindre occasion. Trouvez l’erreur.

Bon, il est à peu près certain que ces deux Louise, francophones et bilingues jusqu’à l’os, sauront respecter le fait français du pays, et qu’on n’aura pas besoin de leur tordre le bras pour exprimer ce fait français dans la langue de Molière.

Maintenant que le gros bon sens a prévalu dans ce domaine, espérons qu’il ouvre la voie à une nouvelle ère plus respectueuse envers les francophones en ce qui a trait à la relation que le gouvernement fédéral – et, par la bande, la Couronne britannique – entretiennent avec l’un des deux peuples fondateurs de ce pays.

Au moins, de ce côté-là, on n’aura pas à se lamenter pour quelques années!

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Ce qui ne signifie pas que tout sera au beau fixe. Surtout que les problèmes existentiels qui assaillent l’Acadie ne sont pas tous liés à des tensions venues du fédéral ou du provincial. En fait, ils émanent souvent de l’Acadie elle-même.

Je prends pour exemple cette idée souvent implicite que l’Acadie a besoin d’un sauveur venu d’on ne sait où, capable par sa seule présence de requinquer l’idéalisme patriotique du peuple acadien.

La chose n’est pas toujours exprimée aussi clairement. Il faut savoir décoder les propos des leaders d’opinion, et savoir déceler les non-dits des communiqués ou des documents dits «stratégiques» diffusés à la cantonade.

Dieu merci, on me fera possiblement mentir à ce sujet prochainement, lors des États-généraux de l’Acadie, prévus à Edmundston en juin!

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Les documents que j’ai lus à cet égard attestent d’une réelle volonté de prendre à bras-le-corps un ensemble plutôt exhaustif de situations problématiques que vit la communauté acadienne.

Mais, il faut le répéter, tous les problèmes de l’Acadie ne proviennent pas de sources extérieures. L’Acadie traîne dans ses goussets des problèmes qu’elle laisse s’envenimer par indifférence, par négligence, ou tout simplement par fatigue.

La question de la langue saute aux yeux.

Comment se fait-il que cinquante ans après l’obtention des écoles homogènes, l’obtention des districts scolaires francophones et même, la plume sur le chapeau, l’obtention de la dualité en matière d’Éducation, on en soit encore à déplorer l’affaiblissement de la qualité de la langue dans les écoles, et les ravages de l’assimilation?

Comment se fait-il qu’on se gargarise tant, parents, organismes et gouvernements, de la sacro-sainte priorité qu’on jure accorder à l’éducation, alors qu’il se trouve encore des gens pour justifier le peu de succès dans l’amélioration de la qualité de la langue?

Et même, qu’on voie tant de citoyens francophones rouspéter quand des gouvernements municipaux osent proposer des mesures pour augmenter

la visibilité du français dans l’affichage local? La plupart de ces personnes ont profité du système de la dualité en éducation, et elles sont pourtant issues des écoles françaises! Qu’est-ce qui explique ces réticences, si ce n’est une sorte de je-m’en-foutisme délétère?

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Je ne sais pas comment répondre à ces questions. Et je sais que c’est un sujet qui fâche. Il est tellement plus facile de blâmer une gouverneure générale ou un PDG d’Air Canada. Mais parfois, il faut se regarder dans le miroir.

C’est d’ailleurs ce que promettent les États généraux. Encore que, à mon grand regret, on n’ose pas franchir l’étape d’exiger, de la part des intervenants et de la société civile, des engagements fermes en ce qui a trait à l’actualisation des palabres qui auront lieu lors des assises.

Ce genre de forum vise à améliorer la qualité de vie des francophones au Nouveau-Brunswick. Pour que cela soit possible, il faut des engagements clairs et précis venus de la société civile. Pas des vœux pieux. Des ENGAGEMENTS.

Par exemple, l’Association des municipalités de langue française pourrait prendre l’engagement de travailler à l’élaboration d’une politique sur l’affichage, avec un échéancier de trois ans. Le Conseil économique pourrait faire de même dans son domaine, de même que chaque organisme dûment constitué au Nouveau-Brunswick francophone.

Et toujours avec un objectif: prendre des mesures appropriées selon son champ d’action, et prendre l’engagement de les réaliser dans un échéancier de trois ans.

Ce serait clair, ce serait connu, et surtout, ce serait efficace, plutôt que de se contenter d’aller butiner sur des concepts le temps d’un week-end, sans avoir à répondre de ses engagements concrets.

Reste à savoir si c’est vraiment ce qu’on cherche à faire avec ces États généraux. Certes, il est toujours agréable de se retrouver en bonne compagnie pour refaire le monde, comme on dit, mais il faut parfois passer de la parole aux actes!

Han, Madame?

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