(Agence Ecofin) – Face à des trajectoires éducatives très inégales d’un pays à l’autre sur le continent, le partage d’expertise entre pairs africains s’impose comme un levier stratégique pour combler les écarts de compétences et accélérer les réformes structurelles du secteur.
Les États africains multiplient les partenariats Sud-Sud pour combler leurs écarts éducatifs. La Côte d’Ivoire et la République centrafricaine viennent d’illustrer cette dynamique avec la signature d’un accord-cadre le vendredi 19 juin à Abidjan. Les deux parties étaient représentées par le ministre ivoirien de l’Éducation, N’Guessan Koffi (photo, à gauche), et son homologue centrafricain Aurélien-Simplice Kongbelet-Zingas (photo, à droite).
Neuf domaines pour une feuille de route commune
D’après le communiqué publié par le gouvernement ivoirien, le texte fixe neuf domaines prioritaires d’action commune. Il couvre la formation des formateurs, l’ingénierie pédagogique et le numérique éducatif. S’y ajoutent la planification scolaire et le bien-être des élèves. Le partenariat institutionnel entre les deux ministères doit aussi se renforcer. L’inspection, l’assurance qualité et l’évaluation des acquis complètent ce dispositif, aux côtés de l’engagement communautaire.
Le ministre ivoirien a précisé l’esprit recherché pour cette nouvelle étape. « La coopération que nous engageons aujourd’hui avec la République centrafricaine doit être comprise comme une coopération équilibrée, fraternelle, pragmatique et orientée vers les résultats », a-t-il déclaré. Il a appelé à un plan d’actions ciblé et réaliste. Des échanges d’experts et un appui à la formation des formateurs figurent parmi les priorités annoncées. Le partage d’outils de planification et le renforcement de l’évaluation des apprentissages sont aussi prévus.
Deux trajectoires éducatives contrastées
Le contraste entre les deux pays est saisissant. En République centrafricaine, près de 837 000 jeunes de 3 à 17 ans n’ont pas accès à une scolarité adaptée. C’est ce qu’indique le Programme des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). À peine 27 % d’entre eux terminent l’école primaire, contre 12 % pour le second degré. Ce déficit tient en partie à la pénurie d’enseignants formés, précise l’agence onusienne. S’y ajoute une forte concentration des équipements à Bangui. Une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) le confirme.
Un rapport du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), publié en mars 2025, livre un autre signal alarmant. Il révèle que 39 % des écoliers quittent l’école avant la fin du premier cycle, avec 54 % de filles contre 33 % de garçons. Plus préoccupant encore, à peine 4,7 % des 7-14 ans maîtrisent les bases de la lecture. Un dispositif d’accompagnement financé par le GPE tente d’enrayer ce recul. Il soutient déjà 119 000 élèves répartis dans 480 écoles publiques.
À l’opposé, la dynamique ivoirienne s’avère résolument différente. Le gouvernement a inauguré en décembre 2025 le lycée technique et professionnel d’Ebimpé, le plus grand établissement du genre dans le pays. Le réseau s’étoffe rapidement, avec désormais 46 lycées professionnels et 14 collèges spécialisés, selon le ministère compétent. L’État forme en moyenne 454 apprenants pour 100 000 habitants, d’après les données officielles.
Cette montée en puissance se traduit aussi sur le terrain de l’excellence. La cinquième édition des WorldSkills Côte d’Ivoire a réuni quinze structures de formation en 2025. L’initiative Académie des talents vise un taux d’insertion de 80 % d’ici à 2030. Les effectifs y ont crû de 6,7 % par an entre 2014 et 2022. C’est précisément cette expertise qui retient l’attention du ministre centrafricain, qui a salué cet élan, citant un attrait particulier pour plusieurs filières.
Il reste cependant à savoir si cet intérêt débouchera sur des formations concrètes. Le froid, la climatisation, la maintenance industrielle et l’électromécanique figurent parmi les domaines évoqués. Kongbelet-Zingas a, en tout cas, posé un premier jalon. Il a convié son homologue ivoirien à la revue à mi-parcours du Plan sectoriel de l’éducation qui se tiendra à Bangui, du 29 au 31 juillet 2026.
Félicien Houindo Lokossou
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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