Plus de 320 projets de recherche financés par le CRSH et plus de 140 par le Fonds de recherche du Québec (FRQ), plus de 3 000 publications scientifiques, dont 200 ouvrages et 1 355 articles…Ces quelques chiffres illustrent l’impressionnante production, depuis 1986, du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST). Basé à l’UQAM et célébrant cette année son 40e anniversaire, le CIRST s’est imposé comme le plus important regroupement interdisciplinaire francophone de chercheuses et chercheurs au Canada dans les domaines de la science et des technologies.
«Le caractère unique du CIRST ne réside pas seulement dans sa longévité, mais aussi dans sa volonté d’embrasser l’ensemble des dimensions historiques, philosophiques, politiques, sociales et économiques de l’activité scientifique et technologique pour mieux comprendre son rôle et ses transformations dans les sociétés contemporaines», souligne Florence Millerrand, directrice du Centre et professeure au Département de communication sociale et publique.
L’équipe du CIRST rassemble aujourd’hui 67 chercheuses et chercheurs (réguliers et associés) et près de 200 étudiantes et étudiants des cycles supérieurs provenant d’une douzaine d’institutions universitaires et collégiales au Québec, et d’autant de disciplines en sciences sociales et humaines. Six chaires sont également affiliées au Centre, menant des travaux dans des domaines tels que les humanités médicales et l’histoire de la pensée biologique, la philosophie des sciences de la vie et la découvrabilité des contenus scientifiques en français, sans compter des équipes financées par le FRQ.
Le CIRST est né de la fusion du Centre de recherche en évaluation sociale des technologies (CREST) et du Centre de recherche en développement industriel et technologique (CREDIT), tous deux créés à l’UQAM en 1986 grâce au programme des Actions structurantes du ministère de l’Éducation du Québec, dans la foulée des recommandations du Livre blanc sur la politique québécoise de recherche, en 1980.
«À cette époque, le CIRST était la seule équipe de recherche interdisciplinaire au Québec entièrement consacrée à l’étude des sciences et technologies», rappelle le professeur d’histoire et de sociologie des sciences Yves Gingras, membre fondateur et ancien directeur du CIRST (de 2001 à 2005).
Posture critique et participation au débat public
Au cours des quatre dernières décennies, le CIRST a mis en relation des spécialistes de tous les domaines de recherche en science et technologies. «Le CIRST ne s’est pas construit autour d’une pensée théorique particulière, ses membres adoptant des approches diversifiées sur quantité d’objets de recherche, avec une posture généralement critique», observe Yves Gingras. «Nous rassemblons des chercheuses et chercheurs pouvant avoir des perspectives différentes sur un même objet d’étude, poursuit Florence Millerand. Autour du thème des innovations, par exemple, certains mènent des activités de mesure, d’autres sont dans l’accompagnement, d’autres encore portent un regard critique.»
Par leur présence récurrente dans les médias, plusieurs membres du CIRST participent aux débats publics, qu’il s’agisse de la liberté académique, des réformes des organismes subventionnaires, de la gestion et des politiques publiques de la recherche, ou des investissements dans l’intelligence artificielle (IA). «Quand, les médias veulent un point de vue critique sur la science ou une innovation technologique, ils contactent le CIRST, lequel constitue un phare en cette matière», note Yves Gingras.
«En 2022, nous avons publié l’ouvrage Attentes et promesses technoscientifiques pour modérer les attentes sociales et mettre en contexte les discours tant politique que public autour de l’IA, rappelle Florence Millerand. Ces discours sont sensiblement les mêmes que ceux ayant porté sur d’autres innovations technologiques, comme les nanotechnologies. Nous cherchons à comprendre comment les innovations émergent, par quels acteurs elles sont portées, à quoi elles servent et quelles sont leurs conséquences.»
Parmi les autres ouvrages, tous en libre accès, publiés ces dernières années par des membres du CIRST, on trouve: Sciences, technologies et sociétés de A à Z, un dictionnaire cartographiant nos liens complexes avec la science et la technologie; Experts, sciences et sociétés, qui présente le personnage social de l’expert et les usages sociopolitiques de son travail; et Faire preuve, une réflexion sur comment nos sociétés distinguent le vrai du faux dans différents domaines. «Alors que les recherches dans le domaine des sciences et des technologies se font majoritairement en anglais, la production de publications francophones par le CIRST revêt une importance particulière», remarque la professeure.
Des contributions novatrices
En 1996, le CIRST a mis sur pied l’Observatoire des sciences et des technologies (OST), le premier organisme au Québec et au Canada dédié à la mesure de la science, de la technologie et de l’innovation, cofondé et dirigé depuis ses débuts par Yves Gingras.
Développant une expertise de calibre international en scientométrie, en bibliométrie et en évaluation de la recherche, l’OST a contribué à la production et à l’enrichissement de plusieurs banques de données. Celles-ci ont permis de mettre au point des indicateurs de la dynamique globale et de l’évolution de la recherche scientifique, notamment en matière de recherche et développement, de brevets, de publications, de subventions et de contrats.
L’Observatoire a innové en combinant bibliométrie et histoire des sciences, souligne Yves Gingras. «L’Encyclopédia Universalis, par exemple, nous a demandé une étude dans laquelle nous avons montré la montée en puissance de la Chine sur le plan scientifique au cours des dernières décennies et, parallèlement, le déclin des États-Unis. Grâce à ses banques de données, l’OST peut analyser la cartographie de la production scientifique, tant à l’échelle québécoise et canadienne que mondiale, alimentant en évaluations et en informations les ministères, les universités et les organismes subventionnaires.» Depuis sa création, l’Observatoire a réalisé plus de 500 mandats pour des organismes publics, parapublics et privés.
En 2018, le CIRST a mis en place le Bureau des initiatives numériques (BIN), dont l’objectif est de soutenir les chercheuses et chercheurs du CIRST, mais aussi la communauté universitaire, pour des études faisant appel, notamment, aux méthodes computationnelles d’analyse de textes. Les membres de la communauté professorale et étudiante peuvent recourir au Bureau pour l’élaboration du volet humanités numériques d’un projet de recherche. Le soutien professionnel offert par le BIN peut servir pour la collecte et la gestion de données de recherche, ou la création et l’entretien de bases de données.
Former des spécialistes
Une autre contribution novatrice du CIST a été la création de programmes d’étude en science, technologie et société (STS), sans équivalent dans le Canada francophone, soit un baccalauréat en 1986, puis une maîtrise (avec mémoire ou stage) et un doctorat en 2008. Ces programmes témoignent que les sciences et les technologies constituent un champ de connaissances autonome par rapport aux disciplines traditionnelles.
Les étudiantes et étudiants inscrits à ces programmes proviennent de partout au pays ainsi que de l’international, et de divers horizons disciplinaires: histoire, gestion, philosophie, sociologie, communication, génie ou physique. En 2024, le CIRST a organisé la première école d’été pancanadienne en STS.
«En raison de leur caractère interdisciplinaire, les programmes en STS ouvrent de nombreuses portes, dit Yves Gingras. Si certains de leurs diplômés sont devenus des professeurs-chercheurs, la plupart œuvrent à titre de conseillers ou d’analystes au sein de ministères, d’organismes subventionnaires et autres institutions dans le système de la recherche.»
Programmation scientifique
La programmation 2024-2030 du CIRST se déploie autour de quatre axes de recherche: 1) Expertise, décision publique et conseil scientifique; 2) Mesures de la recherche, production et circulation des connaissances; 3) Acteurs, discours et processus d’innovation; 4) Disciplines, institutions du savoir et problèmes épistémologiques.
Deux thématiques traversent ces axes et guident les projets de recherche. L’une concerne la place centrale de l’université dans les activités scientifiques, en la considérant à la fois comme lieu de production de savoirs, d’innovations et de formation, alors que l’autre porte sur les mutations numériques, notamment l’IA. «Nous travaillons sur de grands enjeux de société, dit Florence Millerand. En même temps, comme dans le cas des mutations numériques, nous analysons comment celles-ci affectent la construction des sciences et des connaissances en les situant dans une histoire longue, ce qui favorise une compréhension plus fine et nuancée de leur rôle en société.»
Conférence et soirée festive
Pour souligner son 40e anniversaire, le CIRST organise une conférence, Économie de la société ordinale. Mesure, classement et capitalisme numérique, donnée par Marion Fourcade, professeure de sociologie à l’Université de Californie à Berkeley. L’événement, suivi d’un cocktail et d’une soirée festive, aura lieu au Cœur des sciences, le 28 avril prochain, de 15 h à 17 h, en présence, notamment, de la vice-rectrice à la Recherche, à la création et à la diffusion, Lucie Ménard, et du professeur Christian Agbobli, vice-président Recherche, direction scientifique, du secteur Société et culture du FRQ, et ex-professeur et vice-recteur de l’UQAM.
Un article consacré au CRIST sera bientôt publié dans le magazine Découvrir de l’Acfas pour illustrer le développement de centres de recherche en sciences humaines et sociales au Québec.
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