Saint-François : bientôt un projet pour protéger le cimetière des esclaves, victime de l’érosion du littoral
Une question se pose à Saint-François, où la plage des Raisins-Clairs abrite un ancien cimetière de personnes réduites à l’esclavage : comment protéger ces lieux, qui renferment les secrets de l’histoire, face à l’inexorable phénomène d’érosion du littoral ? Plus de 10 ans après la découverte, par les archéologues, d’ossements sur place, le Département et la commune lancent un projet d’aménagement. Celui-ci n’en est qu’à ses débuts, mais sa concrétisation devrait se préciser fin 2026.
La nécessité d’informer les usagers
Raisins-Clairs est une plage où sommeillent les vestiges de l’histoire. Des centaines d’esclaves ont été enterrés là, il y a près de deux siècles.
Aux portes du site de baignade, il est désormais difficile de jouer les ignorants ; des panneaux ont été positionnés pour informer toute personne qui viendrait sur ce site. « vous accédez à un site abritant des sépultures de personnes mises en esclavage« , peut-on y lire. Des barrières ont aussi été posées, pour éviter le piétinement des sépultures.
Barbara Camier veut sauver ce cimetière enfoui sous terre, ou plutôt sous le sable. Alors, cette adjointe au maire de la commune a rejoint le bataillon des gardiens de l’histoire.
« Ce balisage ici présent permet d’informer toute personne qui va arriver devant du fait qu’on accède à une zone archéologique protégée. Il y a des sépultures, il y a des vestiges archéologiques qui peuvent être mis à nu. »
Barbara Camier, première adjointe au maire de Saint-François
La nécessité de lutter contre l’érosion naturelle du littoral
Mais c’est bien l’érosion qui est le premier ennemi du site. En 10 ans, la mer a grignoté une bande de sable de plus d’une vingtaine de mètres.
« Vous voyez l’affleurement du talus, c’est une blessure mémorielle. Parce que, régulièrement, il y a des ossements qui apparaissent. À chaque ressac des vagues, lors de houle importante, une part importante de notre histoire part à l’océan. On a considéré ça comme quelque chose d’inacceptable. »
Jean-Luc Romana, conseiller chargé de la mémoire de l’esclavage au Conseil départemental de la Guadeloupe
Contre l’assaut des vagues et contre l’oubli, un projet doit sortir de terre. Il s’agit de redessiner le paysage… mais pas avant plusieurs années.
« On peut imaginer travailler sur un emmarchement en béton, par exemple, qui viendrait bloquer l’assaut des vagues et permettre un accès à la plage, tout en douceur, en assurant derrière la tranquillité de l’arrière-plage et de la dimension sépulturale qu’elle accueille. Un des projets envisagés, c’est d’en faire un parc mémoriel. »
Franck Chauvel, urbaniste, mandataire de la SEMAG
Mais alors, qu’en pensent les citoyens, venus s’informer lors de la réunion de présentation des projets imaginés ? Comment imaginent-ils leur plage, devenue sanctuaire de l’histoire ?
« D’abord, j’aurais évité l’installation de commerces et de bâtiments. Je pense qu’il faut que ça reste un site naturel. »
Administré saint-franciscain
« Ériger ce site comme un lieu pour une espèce de mémorial, pour toujours se souvenir, pour savoir qu’on a des ancêtres enterrés ici. »
Administré saint-franciscain
La plage de Raisins-Clairs est donc sous haute protection, avec une mission pour chaque visiteur : contacter la gendarmerie en cas de découverte d’ossements.
REPORTAGE/
- Rédactrice : Marie-Lyne Plaisir
- Reporteur d’images : Lydia Quérin
- Monteur : Marius Avril
- Mixeur : Cody Rauzduel
A VOIR AUSSI/ En novembre 2018, nous avions visité la plage des Raisins Clairs avec Manuel Moisan, ingénieur, chef de projet littoral au BRGM Guadeloupe. Il explique les causes de l’érosion et présente deux solutions qu’il est possible de mettre en œuvre pour freiner le départ du sable.
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