L’objectif de cette recension était de rassembler les études ayant comparé les conflits discutés en personne avec ceux abordés par des moyens technologiques. L’équipe de recherche s’est intéressée à différentes formes de communication médiée par la technologie (appels vidéos, conversations téléphoniques, messages vocaux, textos, courriels et messagerie instantanée).
Parmi les 15 études recensées, certaines comparaient un outil précis – par exemple le texto – avec le face-à-face, tandis que d’autres regroupaient plusieurs formes de communication numérique.
Le constat général est surprenant: aucune modalité ne ressort comme systématiquement meilleure.
Certaines études ne montraient aucune différence notable entre le face-à-face et la communication numérique. D’autres concluaient que les échanges en personne menaient à de meilleurs résultats, tandis que certaines mettaient plutôt au jour des effets positifs associés aux messages textes.
Des forces et des limites
Si les résultats demeurent nuancés, c’est sans surprise parce que chaque mode de communication possède ses avantages et ses désavantages, rappelle Marie-Ève Daspe.
En face-à-face, poursuit la chercheuse, les partenaires ont accès à une foule d’indices non verbaux comme les expressions faciales, la posture, le ton de la voix, les silences, les gestes et même les contacts physiques. «Ces éléments jouent un rôle majeur dans la communication émotionnelle, souligne-t-elle. Ils permettent de mieux saisir les intentions de l’autre, d’adapter son discours et parfois d’apaiser la tension par un geste d’affection.»
À l’inverse, plus la communication passe par un moyen «pauvre» en indices, comme le texto ou le courriel, plus l’ambigüité augmente. Un message bref peut sembler froid. Une réponse tardive peut être interprétée comme du rejet. L’absence d’intonations laisse davantage de place aux interprétations.
Toutefois, le numérique présente aussi des avantages sous-estimés, indique la professeure, notamment l’asynchronie, qui peut permettre une distance émotionnelle bénéfique dans laquelle les partenaires disposent de temps pour réfléchir, reformuler leur pensée et réduire les réactions impulsives.
Des paramètres circonstanciels et individuels à considérer
Pour Marie-Ève Daspe, cette constatation invite à voir la technologie en synergie avec le contact direct.
«Une utilisation “multimodale” semble plus représentative de la réalité des couples, croit-elle. Par exemple, un conflit peut être abordé par texto, puis la discussion peut se poursuivre en face-à-face. Il est aussi possible que certains thèmes conviennent mieux à certains modes de communication. Un désaccord logistique ou un sujet peu chargé émotionnellement pourrait être facilement discuté par texto, alors que les conversations plus sensibles – touchant aux blessures, à la confiance ou à des éléments affectifs importants – pourraient gagner à être amorcées en personne.»
Aussi, ajoute-t-elle, il convient de prendre en compte les différences individuelles. Les données préliminaires montrent que certaines caractéristiques personnelles influencent la manière dont les conflits sont vécus selon le mode de communication utilisé.
Ainsi, les personnes ayant un style d’attachement plus évitant, donc généralement moins à l’aise avec la proximité émotionnelle, semblent préférer le texto pour aborder les conflits. Inversement, les individus ayant une estime de soi plus faible rapportent une satisfaction moindre lorsque le conflit est discuté par message texte.
La satisfaction relationnelle semble également jouer un rôle. «Les couples déjà très satisfaits de leur relation pourraient davantage valoriser la richesse émotionnelle du face-à-face, perçu comme plus chaleureux et complet», note la chercheuse.
L’intelligence artificielle: le prochain enjeu
La suite de cette étude concernera l’intelligence artificielle (IA), puisque de plus en plus de personnes utilisent des robots conversationnels pour formuler ou reformuler des messages délicats, y compris dans leurs relations amoureuses.
Un message produit ou retravaillé par l’IA peut-il être perçu comme plus empathique et plus clair? Possiblement. Mais dans un contexte conjugal, on peut aussi mettre en doute l’authenticité du message, se questionner sur l’effort relationnel, avoir le sentiment qu’une «tierce partie» s’immisce dans l’échange.
À plus long terme, Marie-Ève Daspe s’interrogera sur les effets possibles de ces outils: le recours fréquent à l’IA pourrait-il affaiblir la capacité des partenaires à communiquer spontanément entre eux?
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