OTTAWA — La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a mis en avant les ressources naturelles de sa province comme un atout majeur pour le Canada, qui aspire à devenir une superpuissance énergétique, lors de sa rencontre lundi à Ottawa avec le premier ministre et des chefs d’entreprise.
Avant une réunion prévue lundi avec le premier ministre Mark Carney, Mme Holt a indiqué aux journalistes que sa province «possède ce (dont) le monde a besoin».
«Nous avons ce (dont) le monde a besoin dans nos minéraux critiques, dans nos sources d’énergie, et dans notre infrastructure, comme nos ports, qui peuvent renvoyer les produits (…) du Nouveau-Brunswick à nos amis en Europe ou en Afrique au bénéfice de tout le Canada», a mentionné Mme Holt avant une réunion à huis clos avec M. Carney.
Le gouvernement fédéral a identifié l’année dernière un projet de mine de tungstène à Sisson Brook, au Nouveau-Brunswick, comme un projet susceptible de bénéficier d’une procédure d’approbation accélérée en raison de ses retombées potentielles sur l’économie du pays.
«Lorsque nous nous rencontrons, nous faisons des progrès. Nous avons fait des progrès sur la mine de Sisson la dernière fois que nous avons discuté», a expliqué M. Carney aux côtés de Mme Holt.
La première ministre a ensuite indiqué que le gouvernement fédéral appuyait toujours le projet et que les travaux se poursuivaient.
Mme Holt a avancé qu’elle comptait insister auprès de M. Carney pour obtenir un partenariat fédéral sur le financement des soins de santé et davantage d’investissements dans la défense.
«Les priorités des Néo-Brunswickois sont notre système de santé, sont une vie abordable, a affirmé Mme Holt. Je suis heureuse d’avancer ces priorités avec un partenaire comme le gouvernement fédéral.»
Mme Holt a aussi assisté lundi à un sommet des affaires organisé par la Chambre de commerce du Canada avec trois autres premiers ministres provinciaux, au cours duquel ils ont discuté du commerce interprovincial, considéré comme un élément clé de la réponse du Canada aux pressions économiques causées par les droits de douane de l’administration Trump.
Mme Holt a vanté les mesures prises l’an dernier par son gouvernement libéral pour faciliter l’accès au travail au Nouveau-Brunswick pour les Canadiens d’autres provinces, sous les applaudissements de l’auditoire.
Elle a également souligné que sa province autorise les entreprises de partout au Canada à vendre de l’alcool directement aux résidents du Nouveau-Brunswick et a encouragé le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, à faire de même.
«Je peux vous dire tout de suite que les Ontariens seraient ravis de pouvoir déguster les bières artisanales du Nouveau-Brunswick dans leur province, et je m’en réjouis», a dit Mme Holt.
Les dix provinces et le Yukon ont signé l’année dernière un accord visant à permettre aux consommateurs de commander du vin, des spiritueux, de la bière et d’autres boissons alcoolisées canadiennes destinés à leur consommation personnelle directement auprès des producteurs.
Pierre-Alain Bujold, porte-parole du Bureau du Conseil privé, a indiqué que les provinces et les territoires du pays continuent de travailler en vue de respecter l’échéance de mai 2026. Il a précisé que chaque province et territoire participant décidera de la manière de mettre en œuvre cette politique sur son territoire.
Des péages provinciaux controversés
Cependant, Mme Holt fait face à des critiques concernant un projet de péage sur une autoroute clé à la frontière de la Nouvelle-Écosse. Ses détracteurs affirment que ce projet compromet les objectifs d’élimination des barrières commerciales intérieures.
«Cibler les transporteurs hors province qui doivent emprunter le seul point d’accès terrestre à la Nouvelle-Écosse n’est pas une politique constructive — et elle est vraisemblablement inconstitutionnelle, a expliqué Stephen Laskowski, président de l’Alliance canadienne du camionnage, dans un communiqué publié plus tôt ce mois-ci. Cette proposition risque de nuire à la libre circulation des biens et des personnes, essentielle à l’économie canadienne.»
La première ministre Holt a répondu aux questions des journalistes que les péages provinciaux étaient «assez courants». Elle a expliqué à La Presse Canadienne plus tôt ce mois-ci qu’elle ne renoncerait pas à instaurer le péage.
Rob Lantz, premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, a indiqué qu’il était mal à l’aise avec le péage proposé par Mme Holt et le droit de passage déjà en vigueur en Nouvelle-Écosse au col Cobequid.
«Exempter les citoyens de certaines provinces me pose problème», a indiqué M. Lantz, aux côtés de Mme Holt lors de la conférence de presse.
Malgré les difficultés financières des provinces de l’Atlantique, M. Lantz a dit espérer que Mme Holt serait ouverte à une discussion plus approfondie au sujet du péage. Le pont de la Confédération, qui relie l’Île-du-Prince-Édouard au continent canadien, est assujetti à un droit fédéral.
Le Nouveau-Brunswick est considéré par les analystes comme l’une des provinces les plus touchées par les droits de douane américains en vigueur. Son secteur forestier, un contributeur essentiel à l’économie provinciale, est assujetti à des droits de douane américains pouvant atteindre 45 % pour certains produits.
Les autorités espèrent obtenir des exemptions tarifaires et un accès stable au marché américain lors du prochain examen de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), prévu en juillet.
Mme Holt a indiqué que le ministre du Commerce, Dominic LeBlanc, lui avait confié que les premières négociations de l’ACEUM étaient «en cours, mais sans progrès concrets».
«Les relations se développent, mais personne n’est satisfait de la situation actuelle. Nous avons besoin d’une perspective claire», a dit Mme Holt.
Elle a toutefois ajouté que «l’imprévisibilité de nos partenaires» signifie qu’une percée pourrait survenir à tout moment des négociations.
«Nous avons l’impression qu’à tout moment, un important producteur de bois d’œuvre américain pourrait appeler le président et la situation pourrait changer du jour au lendemain», a-t-elle dit, en référence au président Donald Trump.
M. Lantz, de l’Île-du-Prince-Édouard, a affirmé que le Canada courait moins de risques si l’ACEUM était renouvelé sans modifications.
«Pour être tout à fait honnête, notre situation n’est pas mauvaise par rapport à certains autres partenaires commerciaux des États-Unis en ce moment», a-t-il assuré.
M. Lantz a souligné que l’Île-du-Prince-Édouard avait augmenté ses exportations vers les États-Unis l’an dernier et que bon nombre de ses exportations étaient conformes à l’ACEUM.
«Je suis plutôt satisfait de nos relations commerciales, mais nous devons régler cette situation. C’est l’incertitude qui suscite le plus d’inquiétudes au pays», a-t-il ajouté.
Mme Holt a affirmé qu’il existait de nombreux points communs entre les provinces et le gouvernement fédéral.
«Nous sommes bien plus d’accord qu’en désaccord, a-t-elle dit. Le moment est venu pour nous tous de nous unir et de saisir cette opportunité qui se présente au Canada, pour le bien de nos provinces et de notre pays.»
Mme Holt devait également rencontrer les ministres de la Justice, de la Défense et de la Santé. Elle se rendra à Toronto mardi pour conclure un voyage de deux jours en Ontario.
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