Toussaint Louverture : de Saint-Domingue à Haïti, l’esclave qui a dit non : un podcast à écouter en ligne
À Saint-Domingue, le commerce triangulaire bat son plein, grâce notamment au commerce du sucre, l’or blanc. La violence du système esclavagiste est elle aussi à son apogée. La colonie française de Saint-Domingue compte près de 500 000 esclaves, dominés par 30 à 40 000 colons français. « La perle des Antilles », est une véritable poudrière. Deux années après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789Ouverture dans un nouvel onglet, les esclaves, loin de vivre dans l’ignorance de ce qui se passe dans la métropole, aspirent eux aussi à devenir des hommes libres… et parmi eux les métis qui réclament les mêmes droits que leurs maîtres. Toussaint Louverture est l’un d’eux.
Né vraisemblablement en 1743, il porte le nom de sa plantation, « Bréda ». Esclave affranchi à l’âge de 36-37 ans par son maître Bayon de Libertat, l’ancien esclave charretier qui bénéficiait d’une certaine mobilité ou « droit de savane », va s’imposer tardivement, à 50 ans, comme l’homme de la situation. Seul capable de mener les esclaves vers la liberté au sein d’une société où la couleur de peau détermine le rang social.
Fin tacticien et guerrier valeureux, préférant la négociation à la violence, Toussaint devient seul maître à bord après l’insurrection des esclaves d’août 1791 qui provoque à Paris la promulgation de l’abolition de l’esclavage en 1794 (la première du monde colonial). Devenu Toussaint Louverture pour ses actes de bravoure, le général en chef protège Saint-Domingue des appétits des autres puissances (Espagne et Angleterre et États-Unis) en commerçant avec elles, contre la promesse de pas exporter son combat abolitionniste.
Auteur de la première constitution de l’île en 1801, partisan d’une société multiraciale, il est déporté par Bonaparte qui rétablit l’esclavage en 1802. Toussaint meurt de pneumonie en France en 1803, dans des conditions inhumaines, au fort de Joux dans le Doubs. Quelques mois avant l’indépendance de ce qui deviendra officiellement Haïti le 1ᵉʳ janvier 1804, la première république noire libre au monde.
Avec : Jacques de Cauna (historien, Bordeaux), Carolyn Fick (historienne, Montréal), Laënnec Hurbon (sociologue, Haïti), Sudhir Hazareesingh (historien, Oxford), Jean-Louis Donnadieu (historien, Toulouse), Bernard Gainot (historien, Paris), Lyonel Trouillot (écrivain, Haïti), Maboula Soumahoro (civilisationniste, Tours), Jean-Marie Théodat (géographe, Haïti, Paris), Cécile Vidal (historienne, Paris), Daniel Désormeaux (historien, Baltimore), Laurent Dubois (historien, Durham), Dominique Rogers (historienne, Martinique), Frédéric Régent (historien, Paris).
- Emil Abossolo Mbo est Toussaint Louverture
- Archives INA : Samia Djedaï
- Documentation : Annelise Signoret
- Prise de son : Nicolas Mathias, Philippe Thibault, Manuel Couturier, Marie-Claire Oumabady, Maxime de Peretti, Eric Boisset
- Programmation musicale : Antoine Vuilloz
- Mixage : Manuel Couturier
- Traduction : Sandrac Charles
- Merci à Belinda Tournier et Françoise Guyard, à la direction du château fort de Joux (Doubs)
Bibliographie :
· Daniel Désormeaux*, Mémoires du général Toussaint Louverture*, Classique Garnier
· Michel-Rolph Trouillot, Faire taire le passé, Lux éditions
· Laurent Dubois, Les vengeurs du nouveau monde, Les perséides
· Carolyn Fick, Ayiti l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue et la création de la république d’Haïti, Les perséides
· CLR James, Les Jacobins noirs, éditions Amsterdam
· Sudhir Hazareesingh, Toussaint Louverture, Flammarion
· Jacques de Cauna, Toussaint Louverture le grand précurseur, éditions Sud Ouest
· Jean-Louis Donnadieu, Toussaint Louverture, esclave, affranchi, maître de Saint-Domingue, 3 éditions
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