Transgabonais : 225 millions d’euros pour la phase III de modernisation – Africtelegraph

Le chantier de modernisation du Transgabonais franchit un nouveau cap. Réunis à Nairobi au cours du sommet Africa Forward, les dirigeants de Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) dédiée au secteur privé, et de la Société d’exploitation du Transgabonais (Setrag) ont signé un protocole d’accord portant sur une enveloppe de 225 millions d’euros. Ce financement doit accélérer la phase III du programme de remise à niveau de la ligne, artère stratégique qui relie Owendo, sur le littoral, à Franceville, dans le sud-est du pays.

Le tour de table associe la Société financière internationale (SFI), bras du groupe Banque mondiale dédié au secteur privé, ainsi que l’AFD. Cette architecture financière, qui combine acteurs publics et instruments privés, témoigne de l’intérêt persistant des bailleurs occidentaux pour les infrastructures de transport en Afrique centrale, malgré les recompositions diplomatiques en cours dans la sous-région.

Un axe ferroviaire structurant pour l’économie gabonaise

Longue de plus de 600 kilomètres, la voie ferrée exploitée par Setrag, filiale du groupe minier Eramet, constitue le seul corridor ferroviaire du Gabon. Elle assure l’évacuation du manganèse extrait à Moanda par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), dont le pays est l’un des premiers producteurs mondiaux. À ce trafic minier s’ajoute le transport du bois, des hydrocarbures raffinés et de passagers, ce qui place le Transgabonais au cœur des chaînes de valeur nationales.

La saturation de l’infrastructure et la vulnérabilité du tracé, exposé à l’érosion et aux glissements de terrain dans certaines zones, ont conduit Setrag à engager dès 2016 un vaste programme pluriannuel de remise en état. Les deux premières phases ont permis de renouveler la voie sur plusieurs centaines de kilomètres, de moderniser les ouvrages d’art et de renforcer le matériel roulant. La phase III doit prolonger cet effort en ciblant les segments les plus critiques et en augmentant la capacité de circulation.

Proparco et la SFI, partenaires récurrents du rail africain

Pour Proparco, l’opération s’inscrit dans une stratégie d’accompagnement des opérateurs privés d’infrastructures sur le continent. L’institution française avait déjà soutenu les phases précédentes du programme, aux côtés de la SFI et d’autres bailleurs. La reconduction de ces partenaires sur la phase III traduit une continuité opérationnelle et un alignement sur les standards environnementaux et sociaux exigés par les institutions financières de développement.

Concrètement, les 225 millions d’euros mobilisés permettront d’achever la régénération de la plateforme ferroviaire, d’investir dans la signalisation, de poursuivre l’acquisition de locomotives et de wagons, et de fiabiliser les délais de transit pour les chargeurs. Setrag table, à terme, sur une hausse significative du tonnage transporté, dans un contexte où la demande mondiale en manganèse, alimentée par la sidérurgie et les batteries, demeure soutenue.

Un signal pour la souveraineté logistique du Gabon

Au-delà de la dimension industrielle, la signature de Nairobi porte une charge politique. Le Gabon, engagé dans une transition institutionnelle depuis le changement de régime d’août 2023, cherche à rassurer les partenaires financiers et à conforter ses capacités d’exportation. La modernisation du Transgabonais, présentée par les autorités comme un projet d’intérêt national, constitue à ce titre un marqueur de la continuité économique du pays.

Reste que la viabilité du modèle dépendra de la capacité de Setrag à concilier l’amortissement de ces investissements avec une tarification soutenable pour les chargeurs, au premier rang desquels Comilog. La concession qui lie l’opérateur à l’État, signée en 2005, encadre ces équilibres et fixe les obligations de service public attachées à la ligne. Les prochaines années diront si la trajectoire financière de l’entreprise permet de pérenniser le rythme d’investissement engagé depuis dix ans.

Par ailleurs, la signature de Nairobi confirme le positionnement du sommet Africa Forward comme plateforme de bouclage de financements pour les grandes infrastructures du continent. Selon Gabon Review, le protocole acte une étape décisive dans la trajectoire de modernisation du réseau ferroviaire gabonais.

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